La Botaniste de Damas

La Botaniste de Damas

Après Sciences et Technologies en Islam (UNESCO, 1990) et Syrie, Berceau des civilisations (Paris, ACR, 1997), Simone Lafleuriel-Zakri, historienne française mariée au calligraphe syrien Naaman Zakri, se tourne vers le roman ou plutôt l’histoire romancée.

L’auteure avait beaucoup écrit sur le pharmacologue Ibn Baytar (1195-1148), né à Séville et ayant exercé au Caire au service des Ayyoubides et à Damas. Son Traité des Simples fut traduit par le Dr. Lucien Leclercq (1816-1893), spécialiste de la médecine arabe, médecin en Algérie et dont l’Histoire de l’Algérie montre son excellente connaissance de ce pays au XIXe siècle.
La Botaniste de Damas peut attirer trois sortes de lecteurs ; ceux qui aiment le Vieux Damas superbement emmuraillé avec ses souqs médiévaux, sa « qaïssarya » (marché de Tissus), son bimaristan (hôpital ayyoubide) entourant le temenos séculaire de la Mosquée des Omeyades, dont les mosaïques byzantines, représentant la ville du VIIIe siècle, ont traversé les temps. C’est dans ce décor qu’évoluent les personnages réels ou « recomposés » à partir d’archives de l’époque ; la Ghouta est également décrite avec ses produits fruitiers, ses légumes, ses herbes médicinales. Ainsi voit-on confectionner les mets damascènes préparés par Hasifa, fille d’un médecin et elle-même botaniste,et les servantes et qui enchantent les hôtes du père de Hasifa, Ibn Baytar, le grand Ibn Arabi, d’autres intellectuels et médecins venus se restaurer dans cette maison accueillante.
Les amateurs d’histoire apprécieront le rayonnement de Damas dans le monde d’alors ; les marchands vénitiens s’y installent, et le fils de Hasifa deviendra maître verrier à Murano ; les pèlerins irakiens rejoignent le départ du Hajj (pèlerinage) dont la caravane se forme dans les faubourgs du Maïdan ; les contacts avec les Francs, parfois alliés, parfois ennemis, permettent de se rendre à Acre et d’Acre en Egypte, et de là dans le Kanem (Tchad actuel) dont les souverains étaient liés aux Hafsides de Tunis.

Malheureusement, des évènements tragiques vont survenir à Damas et à Alep dus aux combats fratricides entre les monarques ayyoubides, régnant en Syrie ou en Egypte et qui font appel à des mercenaires turcs du Khawarezm (Iran oriental), pillards chassés vers l’ouest par les Mongols. Puis ce seront ces mêmes Mongols qui détruiront la civilisation abbasside à Bagdad et ne pourront être chassés de Syrie que par des mercenaires mamelouks venus d’Egypte.

D’autres lecteurs examineront avec attention les descriptions de plantes médicinales consignées dans les ouvrages d’Ibn Baytar ou de son disciple damascène Ahmed Ibn Ali Ousaybiya (1195-1270). L’auteure rappelle que les découvertes de la pharmacopée arabe seront transférées en Andalousie et de là dans toute l’Europe.

Le chercheur consultera avec intérêt les annexes de l’ouvrage, les biographies d’Ibn Baytar, d’Ibn Arabi, l’évocation de la lignée célèbre des libraires de la famille Jazari, la notice sur les voyages à travers toute la Méditerranée d’Ibn Baytar depuis Malaga jusqu’à Antioche, son séjour en Egypte (une erreur à corriger : « Matariya », faubourg nord du Caire n’est pas situé en « Arabie Saoudite », laquelle d’ailleurs, au XIIIe siècle, n’existait pas), en Irak, en Palestine et au Maghreb ; la chronologie des sultans ayyoubides, un glossaire, un lexique des mots arabes passés en français, le rappel biblio-biographique de Lucien Leclercq et une bonne bibliographie consacrée au sujet du livre.

L’auteure a eu l’occasion de présenter son ouvrage récemment, au Centre Culturel Syrien ; nous lui souhaitons de le voir diffusé dans le plus grand nombre de sociétés savantes et auprès du grand public, car ces 485 pages constituent un travail considérable qui intéressera et passionnera de nombreux lecteurs

Christian Lochon

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