Après les progrès enregistrés à Astana les négociations reprennent à Genève le 16 mai 2017

Pendant que des négociations sont conduites à Astana sur la création de zones de sécurité pour faire baisser la violente d’intensité  sur le terrain,les négociations de fond reprennent à Genève dans le cadre de l’ONU. Cette négociation à deux niveaux est un exemple de la collaboration entre La Russie, l’Iran et la Turquie, soutiens des différentes parties et les Nations-Unies. C’est une approche pragmatique qui pourrait, à terme, porter ses fruits, espérons-le. (AFS)

L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie Staffan de Mistura à Genève, le 31 mars 2017 (afp)

Un nouveau cycle de négociations sur la Syrie doit commencer à Genève la semaine prochaine, ont annoncé lundi les Nations unies.
« L’envoyé spécial (de l’ONU pour la Syrie) Staffan de Mistura va à nouveau convoquer les négociations inter-syriennes sous les auspices des Nations unies à Genève le 16 mai 2017 », a fait savoir l’ONU dans un communiqué.
Cette annonce survient quelques jours après que les soutiens du gouvernement Syrien, la Russie et l’Iran, ainsi que la Turquie qui appuie les rebelles, aient signé un accord au Kazakhstan sur des « zones de désescalade » dans lesquelles gouvernement et opposition devraient accepter de cesser les hostilités.
M. de Mistura, qui a assisté en observateur aux négociations d’Astana, la capitale kazakhe, s’est félicité d’un accord constituant selon lui « un pas important, prometteur et positif dans la bonne direction ».
Lundi, ses services ont fait savoir qu’il espérait que l’accord d’Astana « serait pleinement mis en oeuvre, permettant ainsi une réduction significative des violences et concourant à l’établissement de conditions favorables aux négociations inter-syriennes à Genève ».
Les initiatives diplomatiques ne sont pas parvenues à ce jour à mettre un terme au conflit syrien, qui a fait plus de 320.000 morts et provoqué le déplacement de millions de personnes depuis qu’il a commencé en mars 2011 après des manifestations contre le gouvernement du Président Bachar al-Assad.
Jusqu’à présent, les négociations sous les auspices des Nations unies à Genève n’ont pas permis de produire de résultats concrets, malgré des progrès à l’occasion du dernier cycle en mars.
Conformément à ce que prévoyait la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU, les parties ont alors commencé à négocier sur quatre volets de discussion : la gouvernance (transition politique), une nouvelle Constitution, l’organisation d’élections et la lutte contre le terrorisme.
Mais les parties en conflit n’ont pas pu s’entendre sur la question du rôle du Président Bachar al-Assad pendant la période de transition.
Dans le cycle de négociations devant commencer la semaine prochaine, M. de Mistura « souhaite intensifier le travail (…) sur les questions se trouvant à l’ordre du jour des discussions, dans le (…) cadre des résolutions du Conseil de sécurité, en particulier de la résolution 2254 », a précisé le bureau de l’envoyé spécial de l’ONU lundi.
M. de Mistura informera le Conseil de sécurité de l’ONU sur les négociations « dans le courant du mois », a encore dit la même source. (AFP)

Comment demain faire Revivre la Syrie.

L’AFS vous communique l’invitation que nous a adressée Monsieur Michel Morzière  Président d’honneur de l’Association Revivre.

Après six années de barbarie, la Syrie est un pays ravagé et les Syriens sont un peuple martyrisé. Bien que la situation demeure très incertaine, il est temps de réfléchir au jour d’après, celui où la Syrie pourra penser à revivre.

Cette table ronde, organisée par l’association Revivre, ambitionne de réfléchir au jour où la Syrie émergera de cet interminable cauchemar.

L’Association Revivre vous invite à une table ronde

Sous le parrainage de Monsieur Jack Lang

Président de l’IMA

Animée par Madame Isabelle Hausser, écrivaine.

A l’Institut du Monde arabe Salle du haut Conseil

1, rue des Fossés– Saint Bernard Place Mohamed V, Paris 5e

Samedi 18 mars 2017, de 19h à 21h

Réservation conseillée avant le 16mars : invitations@imarabe.org

Vous trouverez ci-dessous le carton d’invitation et le programme.

IMA_CARTON_INVITATION_18_MARS

Haytham Manna: Le dégagement de 70.000 combattants non syriens de Syrie, un préalable à la stabilisation du conflit.

 

M. Haytham Manna, président du Mouvement QAMH (Valeurs, Citoyenneté, Droits), figure de proue de l’opposition démocratique syrienne, a estimé que le dégagement de 70.000 combattants non syriens de Syrie doit constituer un préalable à la stabilisation du conflit, jugeant que l’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, se livre à un vain exercice culinaire consistant à «faire cuire des cailloux».

Ci joint l’intégralité de sa mise au point parvenue au site www.madaniya.info samedi 25 Février 2017, au lendemain de la fin de la 4 ème phase des pourparlers inter syriens de Genève:

« De nombreux amis, de même que des journalistes et hommes politiques syriens et non syriens, ont multiplié les contacts avec moi pour s’enquérir des raisons de mon absence de la scène médiatique, en pleine phase de reprise des pourparlers inter syriens de Genève, une ville où je réside.

Suite à ces appels, il m’importe d’apporter les précisions suivantes »:

A PROPOS DE STAFFAN DE MISTURA: UN VAIN EXERCICE CULINAIRE CONSISTANT À «FAIRE CUIRE DES CAILLOUX», EN GUISE DE «CÉRÉMONIE D’ADIEU».

«En tant que citoyen syrien, agissant en toute indépendance d’esprit, j’ai considéré depuis plus d’un an que M. Staffan de Mistura, n’est plus le représentant spécial de l’ONU sur la Syrie, mais le simple coordinateur des positions des états parrains du conflit et que le diplomate n’est pas un élément de la solution mais du problème.

«En conséquence, je refuse de participer à la cérémonie d’adieu de M. De Mistura se déroulant sous couvert d’un mensonge collectif opéré tant sur le plan international que régional que syrien.

LE MANDAT DU HAUT COMITÉ DES NÉGOCIATIONS (SOUS LA COUPE SAOUDIENNE) A EXPIRÉ EN DÉCEMBRE 2016.

«De ma vie, je n’ai considéré une posture négative comme une forme d’attitude constructive. Aussi ai-je veillé depuis deux mois à tenir une conférence groupement les principales composantes de l’opposition syrienne avec la participation de personnalités syriennes indépendantes,

  • d’autant plus que le mandat d’un an du Haut Comité des Négociations a expiré en décembre 2016; et que cette instance n’est plus habilitée à négocier au nom de l’ensemble de l’opposition
  • que la composante Moscou est une instance consultative entre l’opposition et le pouvoir;
  • que la composante le Caire a été neutralisée par les efforts conjoints de l’Égypte et de la Russie;

De surcroît M. De Mistura a refusé de rencontrer des dirigeants de ce groupement, cédant en cela aux pressions d’un «état agissant sur le terrain», faisant avorter la rencontre projetée avant la tenue de la pseudo conférence de reprise des pourparlers de paix sur le Syrie (Genève 4).

Les principaux groupements de l’opposition auxquels fait référence le document sont: le groupement du Caire (Groupement de personnalités indépendantes militaires et civiles de l’opposition démocratique syrienne), la Coalition Nationale (tendance Turquie-Qatar) et le Haut Comité pour les Négociations (tendance Arabie saoudite).

LE PROJET DE NOUVELLE CONSTITUTION DE LA SYRIE, UN DOCUMENT RÉDIGÉ PAR SIX ÉTATS.

«Dès le 30 septembre 2015, j’ai précisé à M. Qadri Jamil, ancien vice premier ministre syrien, proche de Moscou, lors d’un rencontre au Caire, que je ne me rendrai pas à Moscou tant que la Russie n’aura pas apporté la preuve tangible qu’elle se veut un intermédiaire et non comme une partie prenante au conflit, mais que je ne refuserai pas de rencontrer des responsables du ministère russe des Affaires étrangères dans tout autre pays neutre.

«J’ai refusé plus d’une invitation de Moscou, dont la dernière en date le 27 janvier 2017. Au point que l’ambassadeur russe s’étonnant de mon attitude m’a un jour apostrophé en ces termes: «Tu fais de la surenchère sur la coalition, qui, elle, nous rend visite» ?

« Je lui ai répondu: Il s’agit d’une position de principe qui n’implique ni surenchère, ni tentative de minoration du rôle de la Russie. J’ai qualifié la constitution irakienne de «Constitution Bremer» ( du nom du premier pro consul américian en Irak Paul Bremer) et vous présentez un texte aux Syriens, eux, qui ont contribué à la rédaction de la constitution de six Etats ? Quelle honte.

POUR UN DÉGAGEMENT DE 70.000 COMBATTANTS NON SYRIENS, D’OÙ QU’ILS VIENNENT ET QUELQUE SOIT LEUR ALLÉGEANCE

«J’ai précisé aux États parrains de la conférence d’Astana (Kazakhstan) que nous sommes favorables à toute négociation visant à mettre un terme à la violence haineuse et la mort gratuite de citoyens syriens. Un tel projet implique que le processus soit assorti d’un calendrier de retrait et d’une cartographie du déploiement des forces afin de mettre en œuvre le dégagement de tous les combattants étrangers de Syrie d’où qu’ils viennent, quelque soit leur allégeance.

«La présence de 70.000 combattants non syriens en Syrie signifie la prolongation de la violence sur plus d’une décennie.

«J’ai enfin confirmé à tous les intervenants que l’émissaire spécial de l’ONU en Syrie, M. Staffan De Mistura, se livre en fait à un vain exercice culinaire consistant à faire cuire des cailloux» (Tabkhet Bahs)

«Je m’abstiens de toute précision complémentaire afin de ne pas être accus de chercher à faire capoter les négociations.

en partenariat avec www.madaniya.info

A Palmyre, des musiciens veulent effacer les flétrissures de l’EI

Sur la scène du théâtre antique de Palmyre, que l’armée syrienne vient de reprendre au groupe Etat Islamique (EI), Angel Dayoub interprète le célèbre refrain arabe: « Nous serons de retour« .

La voix mélodieuse de cette chanteuse de 15 ans emplit cet édifice du IIe siècle, lourdement endommagé par l’EI, qui a abandonné la ville jeudi à l’approche de forces gouvernementales soutenues par la Russie.
« Les quelques destructions ne nous décourageront pas de venir chanter et jouer ici », dit-elle à l’AFP.
« Je veux jouer de la musique et chanter partout où l’EI a été chassé car ce groupe hait la chanson et interdit de jouer d’un instrument », ajoute-t-elle sur un ton de défi.

Pour son interprétation de la fameuse chanson de la diva libanaise Fayrouz, Angel est accompagnée par des amis musiciens jouant du violon, du tambourin ou de l’oud, le luth oriental.

« Nous serons de retour » (Fayrouz)

 

« Nous chantons ‘Nous serons de retour’ car nous allons revenir encore plus fort. Chacun reconstruira le pays à sa manière. Nous voulons le faire avec la musique et la chanson », explique-t-elle.
Palmyre, située en plein désert dans le centre du pays et dont les ruines ont été inscrites au patrimoine mondial de l’humanité en 1980, a changé plusieurs fois de mains lors des six ans de guerre.
L’EI s’en est emparé en mai 2015 et a détruit et vandalisé des trésors archéologiques durant dix mois d’un premier règne brutal.
A la recherche d’un spectaculaire mortifère, les jihadistes s’étaient livrés dans le théâtre romain à des exécutions, avant d’en être chassés en mars 2016.
Mais ils étaient revenus en décembre. Ils avaient alors détruit le tétrapyle, un monument de 16 colonnes érigé à la fin du IIIe siècle, et saccagé le théâtre.
Les jeunes musiciens ont donné un aperçu de leur talent devant une audience de soldats syriens et russes auxquels s’étaient joints des journalistes effectuant une visite organisée par l’armée.
Des explosions étaient encore audibles, en raison des combats des forces syriennes et de leurs alliés russes contre l’EI au nord et à l’est de la ville.
« Daech (acronyme en arabe de l’EI) voulait interdire le théâtre, la chanson, mais moi je veux les défier », assure Maysaa al-Nuqari, une jeune joueuse d’oud.
Vêtue d’une veste en cuir noir et de bottes de combat, cette jeune fille aux cheveux frisés teints en rouge appelle les autres musiciens à venir jouer.
« Daech, ce sont les ténèbres mais la musique, c’est la lumière », lance-t-elle.
Fondée il y a 2000 ans, Palmyre était une oasis caravanière qui tomba sous le contrôle romain dans la première moitié du Ier siècle et fut rattachée à la province romaine de Syrie.
La ville devint une cité prospère sur la route reliant l’Empire romain à la la Perse, l’Inde et la Chine, grâce au commerce d’épices et de parfums, de la soie et de l’ivoire de l’est, des statues et du travail du verre de Phénicie.
Ses temples magnifiques, ses tombes au style unique et ses allées de colonnades attiraient 150.000 touristes un an avant la début du conflit syrien.
Maintenant, l’inventaire de ce qu’ont subi les monuments a été confié à Wael al-Hafyan, un responsable du département des Antiquités de la province de Homs.
Ce quadragénaire arpente désormais le site, examine avec attention chaque pièce antique et note le tout sur petit carnet.
« Notre estimation préliminaire est que les nouvelles destructions sont limitées à la façade du théâtre, son abside, ainsi qu’à l’explosion du tétrapyle, assure-t-il à l’AFP.
Mais il s’effondre en larmes quand il arrive au théâtre et au tétrapyle, un édifice de 16 colonnes érigé à la fin du IIIe siècle.
L’EI l’a réduit en janvier à un amas de pierre, un acte qualifié par l’ONU de « nouveau crime de guerre et d’immense perte pour le peuple syrien et l’humanité ».
« Quiconque possédant un iota d’humanité ne peut pas ne pas se sentir triste en les voyant. Je suis triste et je le resterai jusqu’à ce que Palmyre redevienne ce qu’elle fut », martèle-t-il.
Mais cet ingénieur reste optimiste et considère que Palmyre sera restaurée grâce à l’aide de l’Unesco.
Quand on lui demande de faire le point sur ce qu’il reste des trésors de Palmyre, Wael al-Hafyan se mord la lèvre et réfléchit.
« Tout Palmyre demeure. Son histoire demeure. Quelques éraflures ne peuvent pas dénaturer sa beauté. L’énormité de ce qu’a commis Daech, tous ses crimes, ne peuvent porter atteinte à la gloire de cette ville », assure-t-il.

Syrie: fin des discussions de Genève avec un « agenda clair »

Staffan de Mistura, à Genève, le 3 mars 2017 (Afp)

Les discussions de Genève ont pris fin avec l’acceptation par les belligérants syriens d’un « agenda clair » incluant la gouvernance et la lutte contre le terrorisme, et l’ONU prévoit un nouveau rendez-vous en mars.

Après un peu plus d’une semaine de discussions difficiles, l’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a fait vendredi soir le bilan de ce quatrième round de négociations.PUBLICITÉ »Le train est prêt, il est en gare, les moteurs chauffent. Tout est prêt, il a juste besoin d’un accélérateur », a déclaré M. de Mistura.

« Je crois que nous avons à présent un agenda clair devant nous », a indiqué l’émissaire. « Nous avons discuté de procédure, mais nous avons aussi discuté de substance », a-t-il dit.

Ce diplomate chevronné, dont l’optimisme chronique bute depuis près de trois ans sur le du conflit syrien, a prévu de se rendre la semaine prochaine au Conseil de sécurité de l’ONU à New York.

Ensuite, a-t-il dit, « nous aurons Astana (…) pour consolider le cessez-le-feu, et puis à nouveau Genève », en mars.

La Russie, alliée de Damas, et la Turquie, soutien des rebelles, parrainent en effet depuis fin décembre un processus parallèle de négociation à Astana (Kazakhstan), centré sur les questions militaires.

Si huit jours de discussions à Genève n’ont pas permis d’avancée majeure, de tous petits pas ont été accomplis, et aucun des belligérants n’a pris le risque de claquer la porte.

Le médiateur de l’ONU a enchaîné les rendez-vous avec toutes les parties: la délégation du régime, celle du Haut comité des négociations (HCN, principale délégation de l’opposition), et les opposants proches de la Russie, le « Groupe du Caire » et le « Groupe de Moscou ».

Les pourparlers n’ont en effet pas permis d’entamer des discussions directes entre les belligérants. Les deux parties se sont simplement fait face lors de la cérémonie d’ouverture jeudi dernier, dans une ambiance polaire.

A l’issue des négociations, Bachar al-Jaafari, l’austère chef de la délégation du régime, a quitté l’ONU sans s’adresser aux médias, tandis que le chef des négociateurs de l’opposition syrienne, Nasr al-Hariri, a jugé cette session « plus positive ».

Terrorisme et transition politique

Les discussions ont essentiellement porté sur des questions d’agenda mais ont permis, pour la première fois, d’obtenir un « agenda clair » en quatre points, selon Staffan de Mistura.

Le gouvernement avait insisté à plusieurs reprises ces derniers jours sur sa volonté d’ajouter la lutte contre le terrorisme aux trois autres éléments prévus par l’émissaire avant le début des négociations, à savoir la gouvernance – thème flou pour évoquer une transition politique -, la Constitution, et les élections. Il a obtenu gain de cause.

Ces quatre sujets seront discutés « en parallèle », a assuré l’envoyé spécial, mais les questions de stratégie contre le terrorisme seront discutées à Genève tandis que la partie opérationnelle de la lutte contre le terrorisme sera abordée à Astana.

Pression russe

Les pourparlers de Genève visent à mettre fin à la guerre en Syrie, qui a fait plus de 310.000 morts et des millions de réfugiés alors que le conflit va entrer le 15 mars dans sa septième année.

Trois sessions de discussions en 2016 s’étaient soldées par un échec, en raison des violences sur le terrain et de l’insistance du régime à parler de terrorisme, quand l’opposition réclamait des discussions sur une transition politique.

Mais les positions se sont nuancées, sous l’influence de l’acteur majeur du dossier, Moscou. Présent à Genève pour le Conseil des droits de l’Homme, le ministre adjoint des Affaires étrangères russes, Guennadi Gatilov, a rencontré la délégation du régime, et, fait sans précédent, celle du HCN.

La Russie intervient militairement en Syrie depuis septembre 2015 et a permis au régime du président Bachar al-Assad de se renforcer sur le terrain. Elle tire aussi les ficelles sur le plan politique, en l’absence des Etats-Unis, dont le président Donald Trump n’a donné jusqu’à présent aucun signe d’implication dans la recherche d’un règlement du conflit syrien.

Et les pressions russes semblent avoir payé, puisque pour la première fois le régime a annoncé publiquement à Genève qu’il était prêt à discuter des trois thèmes politiques fixés par M. De Mistura.

La pression de Moscou s’est exercé aussi sur l’opposition. Jeudi, la porte-parole de la diplomatie russe a accusé le HCN de « saboter » le processus de Genève, intimant implicitement à l’opposition d’intégrer en son sein les représentants des groupes du Caire et de Moscou.

Syrie: blocage généralisé, au Conseil de sécurité comme à Genève

L’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura (cetre) lors des négociations sur la Syrie à Genève, le 28 février 2017 (Afp)

Le blocage est général autour du dossier syrien: au Conseil de sécurité, où Russie et Chine ont empêché des sanctions contre le régime de Damas, et à Genève, où les pourparlers de paix s’enlisent.

Le vote de mardi à l’ONU à New York, sur l’éventualité de sanctionner le régime syrien pour utilisation d’armes chimiques, a marqué le premier grand désaccord entre Washington et Moscou depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche.
Le président russe Vladimir Poutine l’avait répété avant le vote: des sanctions contre le pouvoir syrien seraient « inopportunes » dans le contexte des pourparlers engagés à Genève sous l’égide de l’ONU. Et les actes ont suivi les paroles, avec le veto de la Russie mais aussi celui de la Chine et le vote négatif de la Bolivie face à neuf voix en faveur des sanctions et trois abstentions.
« C’est un triste jour pour le Conseil de sécurité quand les membres commencent à trouver des excuses à d’autres Etats membres qui tuent leur propre peuple », a réagi l’ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Nikki Haley.
Les Etats-Unis et la Russie sont chacun impliqués sur le terrain en Syrie, Washington à la tête d’une coalition internationale luttant contre le groupe jihadiste Etat islamique, la Russie en soutien de son allié le président syrien Bachar al-Assad.
Les Européens s’étaient montrés inquiets ces dernières semaines d’un éventuel changement de position radical des Etats-Unis vis-à-vis de la Russie. Mais sur le dossier syrien, Washington s’est donc de nouveau rangé du côté du Royaume-Uni et de la France.
Le ministre des Affaires étrangères français Jean-Marc Ayrault a accusé la Russie de porter « une lourde responsabilité vis-à-vis du peuple syrien et du reste de l’humanité ».
C’est la septième fois que Moscou utilise son veto pour protéger le régime de Bachar al-Assad face aux sanctions de l’ONU. La Chine a rejoint la Russie pour bloquer six de ces sept résolutions.
La nouvelle proposition de sanctions suivait une enquête conjointe menée par les Nations unies et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), qui avait conclu en octobre que le régime syrien avait mené au moins trois attaques avec des armes chimiques en 2014 et 2015.
Les enquêteurs avaient déterminé que les jihadistes du groupe Etat islamique avaient eux aussi utilisé du gaz moutarde en 2015.
La Syrie a toujours nié avoir utilisé des armes chimiques dans ce conflit qui a fait plus de 310.000 morts depuis 2011.
Mercredi, à 13h00 GMT, de nouvelles révélations pourraient intervenir sur les exactions dans les deux camps, avec les conclusions de la commission d’enquête de l’ONU sur les allégations de violations des droits de l’Homme à Alep entre juillet et décembre 2016.
Blocage à l’ONU donc, et blocage à Genève, où les négociations patinent depuis leur ouverture jeudi, butant sur des questions de procédures et sur le fossé immense entre les deux parties.
Si l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura enchaîne les rencontres bilatérales avec les délégations syriennes, la perspective de négociations directes entre belligérants apparaît toujours très éloignée. Vladimir Poutine a fait allusion à ces difficultés mardi, reconnaissant depuis le Kirghizstan que « tout ne se passe pas aussi facilement qu’on le voudrait ».
Les discussions achoppent notamment sur la volonté de la Russie de faire de la lutte contre le terrorisme une priorité à l’agenda, ce qui pourrait aliéner certains groupes d’opposition ayant des liens avec des combattants islamistes.
Le régime syrien « n’est pas contre l’agenda proposé, mais il dit aussi que la question du terrorisme ne peut pas être ignorée », a insisté le ministre adjoint des Affaires étrangères russe, Guennadi Gatilov, qui doit rencontrer la délégation de l’opposition ce mercredi.
Ecarté de ces négociations de Genève, comme le groupe Etat islamique, l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda ne compte pas renoncer à combattre militairement le régime de Damas.
Dans une rare vidéo, le chef de Fateh al-Cham a revendiqué une nouvelle fois les attaques qui ont tué des dizaines de personnes samedi à Homs, dont un proche du président Bachar al-Assad.
« Le régime ne comprend que le langage de la force et du sang », a déclaré Abou Mohammad al-Jolani, estimant que les « politiciens (présents à Genève) offrent au régime une victoire sans combat ». Et d’avertir que ces attaques « ne sont qu’une étape dans une série qui va se poursuivre ».
Al-Qaïda était également au coeur des préoccupations mardi aux Etats-Unis où, selon un responsable anonyme, les agences de renseignement sont mobilisées pour confirmer la mort en Syrie du numéro 2 d’Al Qaïda, Abou Kheir al-Masri.
Sa mort, si elle est confirmée, appellera « presque certainement » une riposte des jihadistes, « depuis la Syrie ou autre part dans le monde », a commenté Charles Lister, du Middle East Institute, un centre de recherche basé à Washington.

(01-03-2017 – avec les agences de presse)

 

Syrie: Les attentats fragilisent le processus de paix à Genève

Syrie: Les pourparlers de Genève pour tenter d’amorcer un règlement politique au conflit syrien apparaissent comme plus fragiles que jamais, au lendemain d’un attentat meurtrier contre un symbole du pouvoir à Homs qui a replacé le « terrorisme » au coeur du débat.

Contrôle de sécurité à Homs en Syrie, le 25 février 2017 (Afp)

L’attentat contre les services de renseignement du régime, sans précédent depuis une attaque en 2012 à Damas, a fait entre 30 et 42 morts selon les sources, et tué un proche du président syrien Bachar al-Assad, le chef du renseignement militaire de Homs, Hassan Daaboul. L’attaque, perpétrée par plusieurs kamikazes, a été revendiquée par le groupe Fateh al-Cham, l’ex-branche syrienne d’Al-Qaïda.
Immédiatement, l’ONU s’est inquiétée d’une tentative de faire « dérailler » les négociations de Genève.
« A chaque fois que nous avons des pourparlers, il y a toujours quelqu’un qui essaye de faire dérailler le processus. Nous nous y attendions », a déclaré l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura.
Mais la réaction la plus forte est venue de Damas, qui a promis de ne pas laisser cet attentat impuni, et estimé, par la voix de son représentant aux négociations de Genève, que l’attentat envoyait un « message clair ».
Dans une conférence de presse particulièrement offensive après avoir rencontré M. de Mistura, le chef de la délégation du régime, Bachar al-Jaafari, a sommé l’ONU et surtout l’opposition de condamner clairement les attaques de Homs.
« Aujourd’hui, nous attendons de l’opposition qu’elle condamne le terrorisme », a martelé M. Jaafari, ajoutant que Damas considérerait comme « complice » toute partie refusant de condamner l’attentat.
« Ce qui s’est passé aujourd’hui a jeté une ombre sur les pourparlers de Genève », a-t-il poursuivi, même s’il a nié vouloir lier la poursuite des pourparlers à la condamnation des attentats par l’opposition.
« La priorité numéro un à Genève est de discuter du terrorisme », a-t-il répété à plusieurs reprises.
L’opposition, qui s’est exprimée dans la foulée lors d’une conférence de presse, a condamné « le terrorisme », mais sans mentionner explicitement Homs.
« Notre position est claire, nous condamnons le terrorisme et les terroristes, nous condamnons Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique) et Al Nosra (ex-branche syrienne d’Al-Qaïda) », a déclaré le chef de la délégation du Haut comité des Négociations (HCN, opposition), Nasr al-Hariri.
Interrogé pour savoir s’il parlait de Homs, il a répondu: « Nous condamnons toutes les opérations terroristes, et si ce qui s’est passé à Homs est une opération terroriste, alors mes déclarations sont claires ».
Un autre membre de la délégation du Haut comité des négociations (HCN, opposition), Fateh Hassoun, représentant d’un groupe armé, a lui accusé implicitement Damas d’avoir facilité l’attentat pour servir ses objectifs.
L’attentat de Homs, tout comme les 13 civils tués par des frappes aériennes du régime à travers le pays samedi, selon les chiffres de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), sont venus fragiliser des discussions de paix déjà singulièrement mal engagées.
Les négociations de Genève engagées jeudi font suite à trois précédentes sessions en 2016. A chaque fois elles avaient échoué, victimes de la reprise de la violence sur le terrain et du fossé entre les belligérants. Et comme samedi, Damas répétait à l’époque que sa priorité était de « lutter contre le terrorisme », quand l’opposition réclamait des négociations sur une transition politique.
Aucune avancée n’a été enregistrée depuis la cérémonie d’ouverture jeudi où les deux délégations se sont fait face à face dans une ambiance tendue. M. de Mistura a multiplié les bilatérales, mais les discussions s’enlisent dans des questions de procédure.
« Nous avons exclusivement parlé de questions relatives au format des discussions », avait ainsi déclaré M. Jaafari vendredi.
Censées aborder sur le fond la question d’un règlement politique du conflit, les discussions se retrouvent de nouveau dominées par la question du « terrorisme ».
Les attaques de Homs se sont produites au lendemain d’un autre jour sanglant en Syrie vendredi, où des attentats revendiqués par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) ont fait 83 morts, dont 45 civils, près d’Al-Bab dans le nord du pays.
Comme Fateh al-Cham, l’EI est exclu des négociations et du cessez-le-feu parrainé par la Russie, alliée de Damas, et la Turquie, qui soutient les rebelles.
Ce cessez-le-feu, entré en vigueur le 30 décembre, est censé concerner uniquement le régime de Damas et l’opposition non jihadiste, mais il est régulièrement violé.
Cette violence générale illustre la fragilité de toute « normalisation » dans un pays ravagé par six ans de guerre, où interviennent des acteurs multiples aux agendas différents. La guerre en Syrie a fait plus de 300.000 morts et des millions de réfugiés.

(26-02-2017 – avec les agences de presse)

Discours du Président Patrice Mouchon à l’AG de l’AFS

Discours du Président Patrice Mouchon à l’Assemblée Générale de l’AFS du 26 janvier 2017 et présentation de la conférence d’Antoine SFEIR .

 

Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Je réitère tous mes vœux pour cette année 2017, qu’elle vous soit bonne et profitable, ainsi qu’à vos familles.

Je veux également m’adresser, avec les membres du Conseil d’Administration qui m’entourent, et que je remercie pour leur disponibilité et l’excellence de leur travail, pour dire aux Syriens de Syrie combien nous pensons à eux.

Car ils continuent à souffrir dans toute la Syrie, ceux d’Alep qui ont subi les conséquences d’une guerre terrible.

Heureusement les canons se sont tus ainsi qu’à Damas qui continue à recevoir des obus de mortier et subir la guerre de l’eau.

Je tiens à citer les mots justes empreints d’une grande émotion de notre ami Samir Abdulac qui revient de Damas, et qui a retrouvé une ville appauvrie et en proie aux pénuries de la guerre.

Rendez-vous sur le site de la Direction Générale des Antiquités et des Musées de Syrie qui publie les photos des villes meurtries par la guerre.

La reprise de Palmyre par l’État islamique est tombée comme une douche froide alors que sa libération avait suscité un espoir.

Plus grave encore, notre amie Ségolène de Pontbriand a été la première à nous annoncer la destruction des tétrapiles et une partie du Théâtre Romain de Palmyre.

Nous avons légitimement posé la question de savoir comment l’aviation russe et celle de la coalition avaient pu laisser passer des colonnes de camions de l’État islamique entre Deir ez-Zor ou Raqqa et Palmyre.

Le patrimoine de l’Humanité est en train de disparaître à Palmyre.

Certains dans leurs commentaires nous exhortent à nous occuper des humains et non des vieilles pierres.

Or, comme vous le savez, nous faisons à l’Association les deux, mais nous avons toujours dit avec nos amis archéologues du Conseil d’Administration, Christiane Delplace et Pierre Leriche, qu’un peuple sans histoire, sans mémoire est un peuple errant qui risque de perdre son identité.

Mais rassurez-vous, il suffit d’écouter nos amis Syriens pour se rendre compte à quel point ils sont attachés à leur culture, à leur patrimoine qu’ils sauront défendre face à la barbarie.

En ce début d’année 2017, nous avons néanmoins une note d’espoir.

Je veux parler de la Conférence d’Astana du 24 janvier.

Elle a permis de rassembler l’opposition et les représentants du gouvernement syrien sous le patronage de la Russie, de l’Iran et de la Turquie.

Outre la garantie du cessez-le-feu, cette rencontre a ouvert la voie aux négociations qui auront lieu à Genève le 8 février prochain.

Dans la déclaration commune, il a été déclaré qu’il n’y avait aucune solution militaire au conflit syrien, qui ne peut être résolu qu’au travers d’un processus politique.

Staffan de Mistura, l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, a salué : « un évènement comme il n’y en avait jamais eu jusque-là » à l’occasion duquel « les représentants des groupes armées et le gouvernement syrien ont pu se parler ».

C’est ce que l’AFS n’a cessé de réclamer depuis le début de ce conflit.

Espérons que ce dialogue va se poursuivre et qu’une solution sera trouvée, mais tout cela est bien naturellement très fragile.

En tant qu’Association d’Amitié France-Syrie, nous déplorons que la France ne fasse pas partie de ces négociations.

Espérons qu’elle soit présente à Genève.

Car nous persistons à penser que la France a un rôle important à jouer.

L’amitié entre la France et la Syrie est très ancienne.

Elle fait partie des fondamentaux entre nos deux peuples, même si les Syriens de tous bords la critiquent d’une manière acerbe.

Au sein de l’AFS, nous continuons d’y croire, de croire qu’un esprit de médiation va continuer à souffler en Syrie et nous militons ardemment pour que le dialogue entre les Syriens s’amplifie et que la paix revienne.

Car nous ne nous y trompons pas, la Syrie au Moyen-Orient a toujours été un espace pluriculturel et pluriconfessionnel, représentant un modèle du vivre ensemble nourri de sa grande culture millénaire.

Ici à Paris et en France, l’AFS continuera à développer ces échanges, et le dialogue et, comme vous l’a annoncé notre ami Sami Chatila dans son rapport moral, nous allons lancer des rencontres dans des cafés pour permettre ce dialogue entre des personnes de bonne volonté qui vont s’appeler « carrefour de l’amitié franco-syrienne ». Nous vous y convions nombreux afin de faire vivre cette amitié.

Vive l’amitié franco-syrienne.

Je vous remercie de votre attention.

 

Restez tous en place car nous allons maintenant accueillir Monsieur Antoine Sfeir qui va donner une conférence sur le thème :

La crise syrienne : les conséquences géopolitiques.

Le modérateur de cette conférence sera notre amie Caroline Galactéros, Administrateur de l’AFS et Géopoliticienne et je coordonnerai le dialogue avec vous tous.

Bilan de la conférence d’Astana du 24 janvier 2017

Bilan de la conférence d’Astana : une «première réussite» en vue d’une paix future en Syrie

Bilan de la conférence d'Astana : une «première réussite» en vue d'une paix future en SyrieSource: Reuters
La conférence d’Astana a permis de rassembler des parties qui s’étaient montrées jusqu’ici plus que réticentes à se rencontrer

L’opposition et le gouvernement syriens se sont enfin rencontrés sous le parrainage de la Russie, l’Iran et la Turquie. Outre la garantie du cessez-le-feu, la rencontre a ouvert la voie aux négociations qui auront lieu à Genève en février prochain.

La conférence d’Astana, réunissant le gouvernement syrien et les groupes d’opposition, sous le parrainage de la Turquie, la Russie et l’Iran, a pris fin ce mardi 24 janvier. Les trois pays l’ont qualifié de «succès» après avoir publié une déclaration commune par laquelle ils ont annoncé être parvenus à un accord pour «soutenir le cessez-le-feu en Syrie» et ainsi «ouvrir la voie aux discussions de Genève» qui auront lieu le 8 février prochain. «Il n’y a aucune solution militaire au conflit syrien, car celui-ci ne peut être résolu qu’à travers un processus politique», ont-ils ajouté.


Moscou, Téhéran et Ankara ont salué la volonté de ces derniers de «prendre part à la prochaine étape» des négociations à Genève. Afin de garantir la trêve, un mécanisme trilatéral sera mis en place dès le mois de février. Les groupes d’opposition armés seront d’ailleurs «invités à y jouer un rôle».

Le gouvernement syrien et l’opposition armée pour la première fois à la même table

C’était la toute première fois, depuis le début du conflit syrien, que l’opposition armée et le gouvernement se retrouvaient autour d’une même table d’une éventuelle sortie de crise en Syrie, sous le parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran. L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a salué «un événement comme il n’y en avait jamais eu jusque là», à l’occasion duquel «les représentants des groupes armés et le gouvernement syrien ont pu se parler». «Cela exigeait un vrai courage politique de s’asseoir dans la même pièce et d’écouter leurs demandes respectives», a-t-il souligné.

Cette rencontre exigeait un vrai courage politique

En effet, du côté de l’opposition armée, la tension était plus que palpable. «Notre délégation est venue du front pour obtenir quelque chose, sinon nous avons toujours entre nos mains les armes» avait prévenu Oussama Abou Zeid, un de leurs représentants, le lundi 23 au soir. Les groupes d’opposition ont également à plusieurs reprises accusé l’Iran de continuer les combats ou la Turquie d’être trop faible négociatrice et de ne pas soutenir leur voix.

Une «réussite» qui augure bien de la suite des négociations à Genève

Le chef de la délégation russe à Astana, Alexandre Lavrentiev, s’est félicité que les groupes d’opposition armés syriens aient compris que «Moscou n’est pas un ennemi». Tout d’abord «réticents» à travailler avec les Russes, ceux-ci se sont montrés «finalement plus ouverts», selon lui. La délégation russe a même annoncé avoir proposé un projet de constitution pour la Syrie aux représentants des groupes d’opposition armés afin d’«accélérer la résolution du conflit». Selon Moscou, ces derniers se seraient montrés «coopératifs» et prêts à participer aux négociations futures.

 S’il a admis qu’un «un compromis sur la question constitutionnelle n’a pas encore été atteint», Alexandre Lavrentiev a néanmoins souligné que «le nombre croissant de points de contact entre les forces gouvernementales et l’opposition sur le terrain» allaient permettre d’améliorer la situation humanitaire. Mais elle sera également «un élément crucial pour instaurer de la confiance à l’avenir», et permettre ainsi «de construire la paix».

Les contacts croissants entre forces gouvernementales et d’opposition permettent de restaurer la confiance

Washington, qui a fait preuve ces derniers mois d’un désengagement progressif dans le règlement du conflit syrien, a «salué ces actions visant à réduire les violences et les souffrances en Syrie», appelant à créer un «environnement plus propice à des discussions politiques inter-syriennes». De même, la Grande-Bretagne, qui ne prenait pas part aux pourparlers, a apprécié l’initiative. «Nous saluons tout processus à Astana qui pourrait mettre fin aux violences, améliorer l’accès humanitaire et nous faire revenir aux négociations de Genève sur la transition [politique] en Syrie», a écrit sur Twitter le représentant britannique pour la Syrie Gareth Bailey.

 Si la déclaration conjointe de Moscou, Téhéran et Ankara évoque une «première vraie réussite», elle précise néanmoins que l’essentiel restait à venir. «Il y aura des spéculations sur le fait que Astana est considéré comme un substitut du processus de Genève. Ce n’est pas vrai – Astana est complémentaire de Genève», a expliqué Alexandre Lavrentiev. Tenues sous l’égide de l’ONU, les discussions qui auront lieu à Genève devront, entre autres, régler d’épineuses questions, comme celles des prisonniers ou de la transition politique.
Bilan de la conférence d'Astana : une «première réussite» en vue d'une paix future en SyrieSource: Reuters
La conférence d’Astana a permis de rassembler des parties qui s’étaient montrées jusqu’ici plus que réticentes à se rencontrer

L’opposition et le gouvernement syriens se sont enfin rencontrés sous le parrainage de la Russie, l’Iran et la Turquie. Outre la garantie du cessez-le-feu, la rencontre a ouvert la voie aux négociations qui auront lieu à Genève en février prochain.

La conférence d’Astana, réunissant le gouvernement syrien et les groupes d’opposition, sous le parrainage de la Turquie, la Russie et l’Iran, a pris fin ce mardi 24 janvier. Les trois pays l’ont qualifié de «succès» après avoir publié une déclaration commune par laquelle ils ont annoncé être parvenus à un accord pour «soutenir le cessez-le-feu en Syrie» et ainsi «ouvrir la voie aux discussions de Genève» qui auront lieu le 8 février prochain. «Il n’y a aucune solution militaire au conflit syrien, car celui-ci ne peut être résolu qu’à travers un processus politique», ont-ils ajouté.

Affirmant leur volonté de distinguer les organisations terroristes des «groupes d’opposition armés», Moscou, Téhéran et Ankara ont salué la volonté de ces derniers de «prendre part à la prochaine étape» des négociations à Genève. Afin de garantir la trêve, un mécanisme trilatéral sera mis en place dès le mois de février. Les groupes d’opposition armés seront d’ailleurs «invités à y jouer un rôle».

Le gouvernement syrien et l’opposition armée pour la première fois à la même table

C’était la toute première fois, depuis le début du conflit syrien, que l’opposition armée et le gouvernement se retrouvaient autour d’une même table d’une éventuelle sortie de crise en Syrie, sous le parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran. L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a salué «un événement comme il n’y en avait jamais eu jusque là», à l’occasion duquel «les représentants des groupes armés et le gouvernement syrien ont pu se parler». «Cela exigeait un vrai courage politique de s’asseoir dans la même pièce et d’écouter leurs demandes respectives», a-t-il souligné.

Cette rencontre exigeait un vrai courage politique

En effet, du côté de l’opposition armée, la tension était plus que palpable. «Notre délégation est venue du front pour obtenir quelque chose, sinon nous avons toujours entre nos mains les armes» avait prévenu Oussama Abou Zeid, un de leurs représentants, le lundi 23 au soir. Les groupes d’opposition ont également à plusieurs reprises accusé l’Iran de continuer les combats ou la Turquie d’être trop faible négociatrice et de ne pas soutenir leur voix.

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La délégation du gouvernement syrien n’était pas non plus en parfaite confiance lors de l’ouverture des discussions. L’ambassadeur syrien à l’ONU, Bachar Jaafari, avait déclaré, un peu plus tôt, qu’il était «extrêmement douloureux» pour la délégation de Damas de faire face aux groupes qui «ont commis des actes terroristes». Il a néanmoins concédé que «la politique requiert parfois d’avoir affaire à ses ennemis pour sauver son pays». Il a finalement qualifié la rencontre de «succès». «Finalement, nous avons atteint un consensus auquel chacun a souscrit», s’est-il réjoui.

Une «réussite» qui augure bien de la suite des négociations à Genève

Le chef de la délégation russe à Astana, Alexandre Lavrentiev, s’est félicité que les groupes d’opposition armés syriens aient compris que «Moscou n’est pas un ennemi». Tout d’abord «réticents» à travailler avec les Russes, ceux-ci se sont montrés «finalement plus ouverts», selon lui. La délégation russe a même annoncé avoir proposé un projet de constitution pour la Syrie aux représentants des groupes d’opposition armés afin d’«accélérer la résolution du conflit». Selon Moscou, ces derniers se seraient montrés «coopératifs» et prêts à participer aux négociations futures.

S’il a admis qu’un «un compromis sur la question constitutionnelle n’a pas encore été atteint», Alexandre Lavrentiev a néanmoins souligné que «le nombre croissant de points de contact entre les forces gouvernementales et l’opposition sur le terrain» allaient permettre d’améliorer la situation humanitaire. Mais elle sera également «un élément crucial pour instaurer de la confiance à l’avenir», et permettre ainsi «de construire la paix».

Les contacts croissants entre forces gouvernementales et d’opposition permettent de restaurer la confiance

Washington, qui a fait preuve ces derniers mois d’un désengagement progressif dans le règlement du conflit syrien, a «salué ces actions visant à réduire les violences et les souffrances en Syrie», appelant à créer un «environnement plus propice à des discussions politiques inter-syriennes». De même, la Grande-Bretagne, qui ne prenait pas part aux pourparlers, a apprécié l’initiative. «Nous saluons tout processus à Astana qui pourrait mettre fin aux violences, améliorer l’accès humanitaire et nous faire revenir aux négociations de Genève sur la transition [politique] en Syrie», a écrit sur Twitter le représentant britannique pour la Syrie Gareth Bailey.

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Témoignage de Samir Abdulac de retour de Damas

Témoignage remarquable de Samir Abdulac, Président du groupe de travail ICOMOS pour la sauvegarde du patrimoine culturel en Irak et en Syrie, qui s’est rendu récemment à Damas pour assister à un congrès d’archéologues organisé par la DGAM( Direction Générale des Antiquités et des Musées de Syrie). 02/01/2017.

« Je suis récemment rentré de Damas où je viens de passer quelques jours après une absence de près de six ans. J’y ai certes retrouvé des membres de ma famille, mais plonger dans une ville appauvrie et en proie aux pénuries de la guerre n’est guère une expérience agréable croyez-moi. La vieille ville d’Alep était déjà tombée sans davantage d’affrontements meurtriers et destructeurs. Le site internet de la direction générale des antiquités et des musées (DGAM) publie d’ailleurs en ce moment, quasi-quotidiennement des photos des différents quartiers de la vieille ville meurtris par la guerre fratricide menée par air, par terre et même sous terre. La nouvelle de la chute de Palmyre est par contre tombée comme une douche froide. Les nouveaux combats auraient épargné le site antique mais le pire reste à craindre. La population n’était presque pas rentrée encore.

Je me suis évidemment rendu dans la vieille ville de Damas que je connais bien. J’y étais accompagné de Stefan Simon de l’université de Yale. Elle change et sa composition sociale serait en cours d’évolution avec l’arrivée de nombreuses personnes déplacées. Une centaine de restaurants et d’hôtels y avaient ouvert au cours des années 2000, mais la plupart ont fermé leurs portes. Le vieillissement, le manque d’entretien et des adjonctions affaiblissent le bâti. Les services municipaux chargés des contrôles semblent relâcher leur vigilance. Beaucoup se plaignent du manque de matériaux traditionnels. Dernièrement plusieurs incendies se sont spontanément déclarés dans les souks. Il convient de mieux comprendre leur origine spécifique et de les prévenir. La chute aléatoire d’obus, la recherche de combustibles alternatifs, la multiplication de branchements électriques hasardeux et la pression insuffisante du réseau d’incendie représentent des menaces désormais permanentes. La reconstruction des locaux commerciaux est effectuée généralement vite, avec le respect d’une bonne échelle certes, mais trop vite, avec des fautes et sans matériaux appropriés dans un site du patrimoine mondial. L’ICOMOS avait déjà commencé des formations à la préparation aux risques avec l’ICCROM et l’UNESCO, mais il paraît nécessaire d’aller beaucoup plus loin encore.

Une visite au service de l’inventaire architectural de la direction générale des antiquités et des musées (DGAM) nous a révélé dans leurs archives des trésors concernant les monuments de Syrie, qu’il s’agisse des travaux passés de restauration à Palmyre dans les années 1930 signés Robert Amy ou des relevés de la synagogue de Jobar aujourd’hui détruite par des bombardements. J’ai en tout cas eu le bonheur de rencontrer une jeune équipe très enthousiaste de l’inventaire que nous (ICOMOS, CyArk, Université de Yale, Fonds Arcadia et UNESCO) équipons et formons aux techniques de relevés 3D. Ils commencent déjà des exercices pratiques dans le vieux Damas. Nous avons pu discuter de leurs attentes et des premiers problèmes concrets rencontrés. Une prochaine session de formation de deux semaines est prévue dès janvier prochain à Beyrouth. Nous espérons ainsi lancer, au sein d’une institution reconnue, une activité durable maitrisée et prise en charge par des enfants du pays.

Le musée national avait été jadis commencé par l’architecte français Michel Ecochard en 1936. Son architecture de style moderne correspond aux meilleures conceptions muséographiques de son temps. Ce bâtiment est en soi un monument du 20e siècle qui mériterait d’être classé. Sa visite commence désormais par l’ouverture d’un rideau d’acier qui se soulève lentement dans un vacarme épouvantable. Toutes les collections de petits objets ont été évacuées et les vitrines sont tristement vides. Par contre les grandes sculptures, les mosaïques et les peintures murales du musée national restent en place. Bien que la guerre se soit éloignée de Damas, un retournement de situation est toujours possible et des solutions adaptées doivent être planifiées. Le musée de Beyrouth est, d’une façon plus classique, un monument aussi. Autrefois situé sur la ligne de front, sa direction avait su protéger ses plus grandes pièces par des sarcophages de béton. Je suis allé au retour le visiter, il fait désormais l’objet d’une merveilleuse renaissance et vient tout juste d’inaugurer un sous-sol réaménagé.

Un colloque scientifique de haut niveau a été organisé par la DGAM pendant une partie de ce séjour dans la prestigieuse salle damascène de ce même musée national sur le thème « propositions pour la résilience du patrimoine syrien ». Une centaine de participants ont suivi les travaux : une vingtaine d’experts étrangers de toutes nationalités dont un seul russe et des Syriens : archéologues, architectes, universitaires, représentants d’associations, étudiants et- il faut le mentionner- des membres individuels de l’ICOMOS anciens, récents et postulants. Un condensé de société civile en somme. Au cours d’un programme dense, l’ordre des exposés alternait les contributions d’experts syriens et étrangers. Les différents services de la DGAM ont présenté les travaux qu’ils menaient par exemple sur les musées, les monuments, de la vieille ville de Damas, etc. Les exposés des spécialistes étrangers étaient riches aussi : les analyses de la forteresse croisée de Marqab, les prises de vues par drone, le projet d’inventaire national en 3D, la protection des ruines fragiles déterrées,  la recomposition de sites archéologiques bouleversés par le pillage, etc. Quelques propositions pour une évaluation rapide de l’état des lieux à Alep furent évoquées. Sa reconstruction n’est pas à l’ordre du jour, mais chacun pressent qu’elle pourrait être terriblement compliquée. Le professeur Pierre Leriche, l’archéologue de Doura Europos (il préfère dire Europos Doura) a proposé à ses collègues un moratoire généralisé sur les fouilles en Syrie, c’est à dire de ne plus fouiller pendant plusieurs années et se consacrer plutôt à la publication de la grande masse existante des travaux déjà entrepris et encore jamais divulgués aux collègues et au public. Les ministres annoncés ont par contre déserté la rencontre. Probablement inspirée de l’exemple des expositions le long des grilles du jardin du Luxembourg ou du siège de l’UNESCO, la start-up française ICONEM présentait des panneaux informatifs sur ses travaux en Syrie, accrochés sur la clôture extérieure du jardin du musée national. Une autre exposition, ailleurs en ville, présentait des pièces archéologiques volées et récemment récupérées.

Enfin, une visite à la faculté d’architecture de l’université de Damas en compagnie de Abir Arkawi et de Talal Akili, tous deux membres de l’ICOMOS, m’a enfin permis de rencontrer plusieurs professeurs et étudiants et de longuement discuter avec eux. J’ai été impressionné par la mise au point d’une grande maquette de la vieille ville de Damas, dans laquelle chacune des maisons figurait avec son patio. Par ailleurs des dizaines de panneaux accrochés aux murs d’une grande salle présentaient les quatre parties complémentaires de récents travaux d’étudiants sur Palmyre. La partie concernant l’analyse des ruines et de leur passé était franchement attendue, mais les projets d’évocation sur place des ruines dynamitées par des panneaux de verre ou des rayons lumineux l’étaient moins. La partie concernant la ville moderne commençait par un état des lieux, des statistiques chiffrées sur la dispersion actuelle de la population de Palmyre et se poursuivaient par un programme échelonné dans le temps de réparation des infrastructures, des logements et des services et même de sa future extension. La partie « écologique » était basée sur les ressources naturelles en eau du site et envisageait une future ville verte. Enfin la partie concernant la planification régionale tournait complètement le dos à l’ancien rôle touristique du site et tentait de lui donner un nouvelle vocation par le création de réserves naturelles et le développement d’énergies alternatives à l’échelle du pays. Par contre le temps m’a manqué pour visiter le centre Baroudi de l’université situé dans le quartier Qanawat, qui abrite l’ancienne antenne de l’Ecole de Chaillot et où se poursuivent des cours de restauration architecturale. Je n’ai pas non plus pu accompagner ses professeurs et étudiants à Maaloula, ce village inscrit sur la liste indicative et où s’effectuent actuellement des travaux de restauration et de reconstruction.

Que dire d’autre, sinon que Maamoun Abdulkarim, ce consensuel directeur général de la DGAM, était atterré (comme nous tous) par le retour de Daech à Palmyre. Il était également préoccupé par un projet turc de modification du cours du Tigre, qui risquait -par absence de concertation- de faire disparaître le pont de Ain Dewar de l’époque seljoukide au nord-est du pays (le « bec de canard »). Le soutien chaleureux de scientifiques étrangers difficilement parvenus à Damas le renforçait toutefois moralement dans sa bien difficile mission entamée en 2012″.

Samir ABDULAC

Docteur en urbanisme • Architecte DPLG • Dip. UCL Bartlett
Président, Groupe de travail ICOMOS pour la sauvegarde du patrimoine culturel en Syrie et en Irak

Vice-président, Comité scientifique international ICOMOS pour les villes et villages historiques (CIVVIH)

Membre, Comité d’Orientation, ICOMOS France
Membre de l’AFS.