L’Est syrien, enjeu véritable des négociations d’Astana pour la paix en Syrie

Nous vous proposons un article rédigé par Caroline Galactéros,  Administrateur de l’AFS, qu’elle a publié sur son blog: Bouger les lignes sur lequel vous pourrez lire ses nombreux articles.

Il apporte un éclairage remarquable sur la complexité de la situation en Syrie au plus grand préjudice du peuple syrien.

Il permet de replacer les responsabilités de chacun à leur juste niveau.

Nous la remercions pour la qualité de son travail. (AFS)

11 Mai 2017.

Signature du mémorandum établissant les zones de désescalade lors du quatrième cycle des négociations pour la paix en Syrie, à Astana, Kazakhstan, le 4 mai 2017. Aliia Raimbekova/Anadolu Agency/Getty Images.

Signature du mémorandum établissant les zones de désescalade lors du quatrième cycle des négociations pour la paix en Syrie, à Astana, Kazakhstan, le 4 mai 2017. Aliia Raimbekova/Anadolu Agency/Getty Images.

Les 3 et 4 mai 2017 se sont tenues les quatrièmes rencontres internationales d’Astana sur la Syrieentre les délégations syrienne, russe, iranienne, turque et celle de « l’opposition armée », cette dernière étant représentée par le groupe salafiste Jaysh al-Islam. Etaient également présents l’envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, Staffan da Mistura, et pour la première fois les États-Unis, en la personne de Stuart Jones, Secrétaire d’Etat pour les affaires proche-orientales. Dans le même temps, Vladimir Poutine recevait Recep Tayyip Erdogan à sa résidence estivale de Botcharov Routcheï à Sotchi.

Mise en place de zones de désescalade

Un memorandum mettant en place quatre « zones de désescalade » fut signé par les trois pays garants des parties en conflit : la Russie et l’Iran pour la Syrie, la Turquie pour les « rebelles ». Ce mémorandum instaure un cessez-le-feu, poursuit l’évacuation des enclaves rebelles assiégées (notamment ceux de Damas), et permet retour des réfugiés volontaires dans leur région d’origine. Il fut toutefois dénoncé par l’opposition elle-même, pourtant partie aux négociations, notamment en raison de la présence de l’Iran. Selon Le Monde, Yasser abd ar-Rahim, membre de la délégation rebelle, aurait interrompu la séance en invectivant violemment la délégation iranienne : « Les Iraniens tentent de se présenter et d’agir en tant que garants. C’est quelque chose que nous ne pouvons accepter. Depuis le premier jour, ils tuent des civils sur le terrain », avant de « spectaculairement claquer la porte des négociations devant les caméras. »

Outre le fait que Yasser abd ar-Rahim a été en fait invité à évacuer la salle plus qu’il n’en a « claqué la porte », Le Monde oublie de rapporter que ce personnage est surtout connu pour être l’ancien commandant du groupe islamiste Fatah Halab (« Conquête d’Alep »), actif à Alep lors de l’offensive gouvernementale en 2016, et qui fit, en août de la même année : « le serment que la coalition des groupes armés se “vengerait” des Kurdes à Cheik Maqsoud [quartier d’Alep tenu par les Kurdes], précisant que ces derniers ne “trouveraient plus de place où enterrer leurs morts à Alep” », comme le rapporte les Nations Unies dans le Rapport de la Commission d’enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne de février 2017 (pp. 17-18). Déclarations hélas suivies d’effets envers les populations civiles, exactions considérées comme des crimes de guerre par l’ONU. La persistance occidentale à vouloir voir des rebelles modérés là où se déchainent des combattants islamistes ou salafistes ultra-radicaux, notamment au seine de la « veine » de Jaysh al-Islam, est une cécité volontaire très lourde de conséquences humaines.

Ce texte prévoit donc d’établir quatre zones de désescalade. Il s’agit des quatre enclaves rebelles dans l’ouest du pays : région d’Idlib au Nord de la Syrie, poche de Homs-nord, poche de Damas-est (ou Ghouta orientale), et enfin zone au sud de la Syrie, le long de la frontière syro-jordanienne et du Golan syrien occupé par Israël.

En gris clair : les zones de désescalade du mémorandum contrôlées par les rebelles ; en violet : la zone contrôlée par les rebelles pro-turcs ; en bleu : les zones rebelles non concernées par le mémorandum d’Astana ; en noir : les zones contrôlées par l’Etat islamique ; en vert : les zones contrôlées par les FDS ; en rouge : les zones contrôlées par les forces gouvernementales ; en marron le Golan israélien occupé par Israël et les forces de l’ONU. Al-Masdar News, modifiée.

En gris clair : les zones de désescalade du mémorandum contrôlées par les rebelles ; en violet : la zone contrôlée par les rebelles pro-turcs ; en bleu : les zones rebelles non concernées par le mémorandum d’Astana ; en noir : les zones contrôlées par l’Etat islamique ; en vert : les zones contrôlées par les FDS ; en rouge : les zones contrôlées par les forces gouvernementales ; en marron le Golan israélien occupé par Israël et les forces de l’ONU. Al-Masdar News, modifiée.

A noter que les zones tenues par les rebelles le long de la frontière syro-jordanienne et syro-irakienne (en bleu sur la carte), soutenus par les Etats-Unis, et récemment actifs dans ce secteur (nous y reviendrons), ne sont pas comprises dans cet accord que les Etats-Unis ont salué tout en exprimant naturellement des réserves à l’égard de son « patronage» par l’Iran. Enfin, les forces aériennes de la coalition internationale ont interdiction de pénétrer dans l’espace aérien de ces zones.

Situation militaire en Syrie au 11 mai 2017

Pour saisir les enjeux de cet accord, il convient d’effectuer un rapide tour d’horizon de la situation militaire en Syrie à jour (12/05/2017).

Les contres-offensives gouvernementales de mars-avril-mai 2017

A la veille de la signature du memorandum, les forces gouvernementales et pro-gouvernementales poursuivaient avec succès leur contre-offensive au nord de Hama, répondant à une offensive lancée le 21 mars dernier par le Hayat Tahrir al-Cham (HTS), alliance principalement constituée du Jabhat Fatah al-Cham (ex Jabhat al-Nosra, Al-Qaida en Syrie), Ahrar al-Cham, ainsi que de plusieurs autres groupes salafistes ou islamistes affiliés à l’Armée syrienne libre (ASL). C’est dans le cadre de cette contre-offensive que s’est inscrite l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, le 4 avril dernier.

Situation militaire au nord de Hama le 23/03 et 02/05/2017. En rouge : les forces gouvernementales ; en vert : les rebelles (cliquez pour agrandir).Situation militaire au nord de Hama le 23/03 et 02/05/2017. En rouge : les forces gouvernementales ; en vert : les rebelles (cliquez pour agrandir).

Situation militaire au nord de Hama le 23/03 et 02/05/2017. En rouge : les forces gouvernementales ; en vert : les rebelles (cliquez pour agrandir).

Parallèlement, une autre offensive était lancée le même jour depuis la Ghouta orientale, principalement dans le quartier de Jobar et la zone industrielle de Qaboun, menée par le Faylaq al-Rahman, HTS et Ahrar al-Cham. Cette offensive fut toutefois rapidement circonscrite par les forces gouvernementales, avant que ces dernières ne gagnent du terrain sur les rebelles.

Les quartiers rebelles de Qaboun, Jobar et Zamalka à l'est de Damas au 22/03 et 05/05/2017 (cliquez pour agrandir).Les quartiers rebelles de Qaboun, Jobar et Zamalka à l'est de Damas au 22/03 et 05/05/2017 (cliquez pour agrandir).

Les quartiers rebelles de Qaboun, Jobar et Zamalka à l’est de Damas au 22/03 et 05/05/2017 (cliquez pour agrandir).

Depuis, l’alliance entre les groupes rebelles de la Ghouta orientale a volé en éclats et de violentes confrontations ont eu lieu entre le Faylaq al-Rahman et les salafistes du Jaysh al-Islam (ceux-là même qui représentent la « rebellion » à Astana), entraînant de nombreuses pertes des deux côtés.

Progression pour la reprise de Raqqa par les Forces démocratiques syriennes

Comme nous l’évoquions en mars dernier, la reprise de Raqqa par la coalition arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS) soutenues par les Etats-Unis s’est poursuivie par la reprise du « verrou stratégique » de Taqba à l’Etat Islamique (EI), mercredi 10 mai. Dans la nuit du 21 au 22 mars dernier – coïncidence ou calcul tactique victorieux permis par la « fixation » des forces syriennes pour répondre aux assauts rebelles à Hama et Damas -, des troupes des FDS et des forces spéciales américaines ont été héliportées 15 km à l’ouest de Taqba, depuis l’autre rive du Lac Assad. Celles-ci libérèrent plusieurs localités avant de reprendre l’aéroport au sud de Taqba et d’encercler la ville, tandis que les FDS sur l’autre rive de l’Euphrate encerclaient la ville par le nord.

Carte des opérations de la bataille de Taqba (2017) du 22/03 au 10/05/2017. En noir : l'EI ; en jaune : les FDS. Wikipedia.

Carte des opérations de la bataille de Taqba (2017) du 22/03 au 10/05/2017. En noir : l’EI ; en jaune : les FDS. Wikipedia.

C’est la première fois que la coalition arabo-kurde franchit l’Euphrate, signe que Washington compte désormais s’appuyer pleinement sur cette force. Le contrôle de Taqba est triplement stratégique pour les FDS et les Etats-Unis, car il permet de :

  • couper la route ouest de Raqqa, accentuant la pression sur l’EI pour la reprise de la ville.
     
  • tenir le barrage de Taqba, important pour le contrôle de l’eau dans le pays.
     
  • bloquer la route reliant Alep à Raqqa aux forces gouvernementales syriennes qui pouvaient progresser depuis Alep.

Reste à savoir si les FDS vont désormais couper la route reliant Ithriya à Raqqa, au sud de cette dernière, encerclant complètement la ville et empêchant toute participation de Damas à cette opération, ce qui aurait évidemment d’importantes incidences politiques quant aux partage des zones d’influence qui se dessine et au rapport de force plus global américano-russe.

Carte des mouvements bloqués des forces gouvernementales pour reprendre Raqqa après la capture de Taqba par les FDS. SouthFront, modifiée.

Carte des mouvements bloqués des forces gouvernementales pour reprendre Raqqa après la capture de Taqba par les FDS. SouthFront, modifiée.

Fin de l’opération turque en Syrie

Le 29 mars dernier, Binali Yildrim, Premier ministre turc, annonçait la fin de l’intervention turque en Syrie (opération « Bouclier de l’Euphrate »). Nous étions revenus sur le fait qu’après la reprise d’al-Bab à l’EI par l’ASL pro-turque, la Turquie se retrouvait bloquée par les forces gouvernementales syriennes au sud, mais aussi, à l’ouest (Afrin) et à l’est (Manbij), par les FDS sous double et concurrente protection russe et américaine.

Au grand dam de R.T. Erdogan, la Turquie et l’ASL furent également exclues de la reprise de Raqqa par les Etats-Unis qui préférèrent s’appuyer sur les FDS arabo-kurdes, insupportable avanie aux yeux du président turc, puisqu’elles sont majoritairement composées des YPG kurdes, branche armée du PYD, organisation terroriste selon Ankara. Cela explique probablement les récentes frappes turques sur le territoire tenu par les FDS depuis deux semaines, et le rassemblement de troupes le long de la frontière turco-syrienne, menaçant d’une nouvelle intervention turque en Syrie, cette fois-ci dirigée directement contre les Kurdes. Tout comme ce fut le cas pour Manbij, qu’Erdogan menaça d’attaquer après la reprise d’al-Bab, les Etats-Unis déployèrent des patrouilles le long de la frontière syro-turque tenue par les FDS pour dissuader les velléités turques, tandis que Russes et forces gouvernementales se déployaient ostensiblement du côté d’Afrin.

Il s’agit une nouvelle fois pour Erdogan de faire pression sur ses alliés pour s’imposer à la table des négociations politiques. En forçant les YPG à se redéployer au nord pour anticiper la menace turque, les opérations pour la reprise de Raqqa ralentissent. Peine perdue puisque les Américains ont affirmé leur soutien au YPG en se rendant sur le lieu des frappes. Plus significatif encore, Jeff Davis, porte parole du Département de la Défense, a annoncé ce 9 mai que les Etats-Unis vont armer les FDS, « seule force capable de prendre Raqqa dans un futur proche » (lire l’article de Georges Malbrunot dans Le Figaro du 11 mai 2017), conformément à leur demande depuis des années. Washington prend toutefois la précaution de rappeler que ce soutien sera limité à « des mitraillettes, des armes légères, des munitions et des véhicules blindés ». Décidément sans aucun scrupule, R.T. Erdogan déclara que le combat contre l’EI « ne devait pas être mené en aidant une autre organisation terroriste ».

Il faut remarquer que la Russie, qui soutient aussi  les YPG plus ou moins directement selon les circonstances, trouve son intérêt dans ces bombardements turcs. Comme nous l’avons dit, ceux-ci ralentissent les opérations kurdo-américaines dans l’est syrien, ce qui permettra, nous allons le voir, aux forces gouvernementales et pro-gouvernementales syriennes de progresser dans la course pour l’Est syrien. Mais l’effet pourrait surtout être politique. Ces bombardements poussent en effet les Kurdes à revenir dans le giron de Damas et à renoncer à leur désir d’une possible autonomie territoriale que la Turquie n’accepterait de toute façon jamais et qui pourrait raidir en conséquence la relation russo-turque importante aux yeux de Moscou à plus d’un titre. C’est la tactique que perçoit et dénonce Riza Altrun, membre du conseil exécutif du KCK, émanation politique kurde du PKK turc.

La course pour l’Est syrien, entre entente et concurrence russo-américaine

     Maintenant que le front occidental contre les rebelles se trouve stabilisé grâce au memorandum, Damas peut redéployer ses forces sur le front oriental contre l’EI et se consacrer à la reprise d’une autre partie du territoire national .

Une carte publiée le 5 mai sur le compte Twitter de Syrian Generation montre quels pourraient être les prochains mouvements du gouvernement syrien. Les faits ont depuis démontré la justesse de ces prédictions.

Mouvements potentiels des forces gouvernementales. En bleu : la première phase des opérations ; en rouge foncé : la deuxième ; en violet : la troisième potentielle. Syrian Generation.

Mouvements potentiels des forces gouvernementales. En bleu : la première phase des opérations ; en rouge foncé : la deuxième ; en violet : la troisième potentielle. Syrian Generation.

L’enjeu prioritaire pour Damas est tout d’abord de consolider son flanc oriental, notamment la mince bande sous leur contrôle reliant Hama à Alep, ainsi que la route reliant Homs à Palmyre, sur laquelle se trouve la base aérienne T4 (stratégique pour le ravitaillement iranien). L’objectif principal serait à terme la reprise de la ville de Deir ez-Zoor.

Comme nous le rappelions dans notre billet de mars dernier, la reprise des villes de Raqqa et Deir ez-Zor, et plus largement de tout l’est syrien sous domination de l’Etat islamique, est l’enjeu actuel de l’entente russo-américaine en Syrie. Il s’agit à la fois d’une entente et d’une concurrence dans la mesure où Russes comme Américains entendent, via leurs « proxies » respectifs, avancer leurs pions qui vont déterminer le sort de la future Syrie mais aussi celui de l’équilibre des rapports de force au Moyen-Orient dans son ensemble, avec les incidences énergétiques, sécuritaires et économiques considérables. Cette entente-concurrence a été comparée avec justesse par Elijah J. Magnier pour le journal koweïtien Al Rai (“The US-Russia race in Syria: towards a military confrontation?” disponible en anglais sur son blog) avec la course pour Berlin en 1945 entre les Alliés et l’URSS, course qui allait délimiter les zones d’influence future une fois l’Allemagne nazie anéantie. C’est également la première fois depuis 1945 que des troupes russes et américaines affrontent le même ennemi au sol.

La course pour l’Est syrien entre les forces gouvernementales et pro-gouvernementales (soutenues par la Russie et l’Iran) et les FDS et groupes « rebelles » (soutenus par les Etats-Unis et la Coalition) est en réalité le véritable enjeu de ces accords de cessez-le feu. Ainsi, les zones urbaines de Raqqa et Deir ez-Zor, ainsi que les passages d’Al-Tanf et Al Boukamal (respectivement Al Walid et Al Qaim pour les Irakiens) – situés le long de la frontière syro-irakienne – sont les quatre points que vont se disputer toutes les forces en présences dans un futur proche.

Situation militaire en Syrie au 11/05/2017. En rouge : les forces gouvernementales ; en vert : les rebelles ; en jaune : les FDS ; en noir : l'EI. Les cercles bleus indiquent les zones stratégiques disputées pour le contrôle de l'Est syrien. SouthFront, modifiée.

Situation militaire en Syrie au 11/05/2017. En rouge : les forces gouvernementales ; en vert : les rebelles ; en jaune : les FDS ; en noir : l’EI. Les cercles bleus indiquent les zones stratégiques disputées pour le contrôle de l’Est syrien. SouthFront, modifiée.

Nous l’avons vu la reprise de Raqqa est en bonne voie par les FDS, malgré les bombardements turcs.

Concernant Deir ez Zor, la ville est contrôlée majoritairement par l’EI qui en  a chassé le Front al-Nosra (ex Al-Qaida en Syrie) à l’été 2014, mais n’a pu reprendre deux zones restées aux forces gouvernementales et qui demeurent assiégées depuis, résistant grâce aux ravitaillements aériens en hommes et en matériels. Ces deux poches aux mains de Damas sont situées d’une part à l’ouest de la ville, autour d’une base de l’Armée syrienne, et d’autre part à l’est, autour de l’aéroport de la ville.

Situation militaire à Deir ez-Zor le 05/05/2017. En noir : l'Etat islamique ; en rouge : les forces gouvernementales ; en bleu : les avancées des forces gouvernementales ; en violet : les zones de combat. Les deux poches ont depuis fait jonction.

Situation militaire à Deir ez-Zor le 05/05/2017. En noir : l’Etat islamique ; en rouge : les forces gouvernementales ; en bleu : les avancées des forces gouvernementales ; en violet : les zones de combat. Les deux poches ont depuis fait jonction.

Ces derniers jours, Russes et Syriens concentrent leurs frappes sur la ville tenue par l’EI. La Garde républicaine syrienne a été déployée dans les zones assiégées, tandis que les Tiger Forces ont été redéployées depuis Hama et Alep vers l’ouest de Palmyre. Le déploiement de ces deux unités d’élites de l’armée syrienne indique qu’une large offensive pourrait être en préparation prochainement depuis Palmyre via la route « Homs – Deir ez-Zor » reliant les deux villes à travers le désert syrien. La ville pourrait donc retourner dans le giron de l’Etat Syrien, lui permettant de couper en deux le territoire encore sous contrôle de l’EI et de l’encercler au nord .

Lutte pour le contrôle de la frontière syro-irakienne et l’avenir de l’arc chiite

Mais, au delà de ces manoeuvres tactiques d’ampleur, le véritable enjeu de cette course à l’est est celui du contrôle des frontières syro-jordanienne et syro-irakienne, et à terme, celui de la continuité ou non du fameux « arc chiite ».

Au début de cet article nous mentionnons le fait qu’une importante zone rebelle au sud-est de la Syrie est exclue du mémorandum signé à Astana. Longeant la frontière syro-iakienne, cette zone est sous le contrôle de la seule frange de l’ASL qui soit à dominante séculière dans toute la Syrie. Les rebelles de cette zone sont soutenus par la Jordanie et les Etats-Unis. Le principal point stratégique est le passage d’Al-Tanf à la frontière syro-irakienne, une des trois routes officielles reliant la Syrie à l’Irak servant de base aux rebelles entraînés par les Etats-Unis. Les forces spéciales US n’avaient d’ailleurs pas hésité à apporter leur soutien au Jaysh Ossoud al-Charkiya pour contrer plusieurs offensives de l’EI visant à reprendre ce lieu. Une avancée significative a été faite fin-avril début-mai dans cette région par les rebelles.

Situations militaires en Syrie au 27/04 et 11/05/2017. On voit distinctement l'important gain territorial rebelle le long de la frontière syro-irakienne (cliquez pour agrandir).Situations militaires en Syrie au 27/04 et 11/05/2017. On voit distinctement l'important gain territorial rebelle le long de la frontière syro-irakienne (cliquez pour agrandir).

Situations militaires en Syrie au 27/04 et 11/05/2017. On voit distinctement l’important gain territorial rebelle le long de la frontière syro-irakienne (cliquez pour agrandir).

Outre le fait de s’implanter dans le sud-est syrien en lieu et place de l’EI, l’objectif de cette avancée est de prendre le contrôle du passage d’Al Boukamal situé le long de l’Euphrate, au sud de Deir ez-Zor.

Ce regain d’activité expliquerait le renforcement de la présence militaire américaine en Jordanie. La branche média du Hezbollah présent en Syrie aurait géolocalisé, grâce à des drones, une base américaine utilisée par la Jordanie et les Etats-unis pour leurs opérations en Syrie, et constaté un renforcement significatif de leur nombre.

Carte de la base américaine supposée en Jordanie. En bleu : les zones contrôlées par les rebelles ; en rouge : les zones contrôlées par les forces gouvernementales (cliquez pour faire défiler).
Carte de la base américaine supposée en Jordanie. En bleu : les zones contrôlées par les rebelles ; en rouge : les zones contrôlées par les forces gouvernementales (cliquez pour faire défiler).
 
 

Carte de la base américaine supposée en Jordanie. En bleu : les zones contrôlées par les rebelles ; en rouge : les zones contrôlées par les forces gouvernementales (cliquez pour faire défiler).

Ces deux points pour le contrôle de la frontière syro-irakienne pourraient être le lieu d’affrontements futurs entre les forces gouvernementales et pro-gouvernementales et les « rebelles », une confrontation par proxies interposés pour Moscou et Washington. Il faudra également compter avec l’EI qui, avec la perte prochaine de Raqqa et Mossoul, joue désormais sa survie territoriale. De nombreux renforts ont d’ailleurs été récemment observés le long de l’Euphrate entre Al Boukamal et Deir ez-Zor.

Cartes des mouvements potentiels à venir pour le contrôle de l'Est syrien. En rouge : les forces gouvernementales ; en vert : les rebelles ; en orange : les FDS ; en noir : l'EI ; en violet : les forces gouvernementales irakiennes. SouthFront, modifiée.

Cartes des mouvements potentiels à venir pour le contrôle de l’Est syrien. En rouge : les forces gouvernementales ; en vert : les rebelles ; en orange : les FDS ; en noir : l’EI ; en violet : les forces gouvernementales irakiennes. SouthFront, modifiée.

Selon Elijah J. Magnier (article cité), la récente activité « rebelle » sous supervision américaine dans le sud Syrien expliquerait également pourquoi Bagdad aurait également multiplié ses forts le long de la frontière irako-syrienne.

Toujours de même source, ce serait Faleh al-Fayad, Conseiller à la Sécurité nationale du gouvernement irakien, chef des Unités de mobilisation populaires, milices chiites irakiennes formées en 2014 pour combattre l’EI, qui aurait informé Damas et le Hezbollah des plans « suggérés » avec insistance par les Américains à Bagdad. C’est pourquoi la reprise rapide de Deir ez-Zor est un enjeu crucial pour l’avenir de la Syrie et de la région.

Au-delà de l’intégrité territoriale de la Syrie, c’est donc la continuité territoriale de « l’arc chiite » qui se joue actuellement. Si l’est syrien devait tomber aux mains des FDS et des groupuscules « rebelles » sunnites salafistes soutenus par les Américains, l’arc s’en trouverait brisé.

Conclusion

Les prochaines semaines vont être riches en rebondissements. Au-delà de certaines postures ou déclarations et en dépit de la persistance d’un courant idéologique radicalement opposé à toute amélioration de leur relation, Moscou et Washington font montre d’une volonté de s’entendre sur le terrain pour mettre un terme à cette guerre. C’est ce qu’atteste la visite de Sergueï Lavrov à Washington mercredi 10 mai, une première depuis 2013 pour le ministre russe des Affaires étrangères, au cours de laquelle ce dernier a pu s’entretenir avec son homologue Rex Tillerson et le président Donald Trump. Une telle rencontre montre bien que les frappes américaines du 7 avril dernier en Syrie n’ont pas constitué de rupture, s’agissant peut-être même d’un moyen pour le président américain de desserrer l’étreinte politique interne qui l’empêche toujours d’enclencher le reset voulu originellement dans la relation américano-russe. Ces frappes n’ont pas vraiment affecté le rapprochement tactique observé précédemment, même si la rivalité globale demeure évidemment vive ; rivalité dont les enjeux sont lourds et touchent l’équilibre des puissances et des influences sur un monde de plus en plus difficile à contrôler ou à inspirer.

Sur le théâtre syrien, ce sont néanmoins les puissances régionales qui risquent de faire déraper cette fragile entente. L’Iran voudra à coup sûr préserver cet  « axe chiite », tandis que les monarchies du Golfe feront tout pour qu’il soit brisé. Si Israël peut trouver son compte dans les zones de désescalade dans au sud de la Syrie et le redéploiement du Hezbollah sur un autre front, elle voit aussi d’un bon oeil l’avancé des rebelles dans le sud-est syrien pour briser l’arc chiite et l’influence iranienne dans la région. Quant à la Turquie d’Erdogan, vexée que ses intérêts soient parfois négligés au plan militaire ou politique, elle pourrait exercer, ici ou là la capacité de nuisance ou de paralysie de certains mouvements militaires. C’est ce qu’atteste la récente création du First Corps dans la zone rebelle pro-turc au nord de la Syrie. Il s’agit d’une coalition rebelle en vue de combattre le YPG, PKK. Tout cela risque de retarder d’autant la maturation d’une consensus politique viable qui puisse augurer pour le malheureux peuple syrien de la fin d’un trop long martyr.

Après les progrès enregistrés à Astana les négociations reprennent à Genève le 16 mai 2017

Pendant que des négociations sont conduites à Astana sur la création de zones de sécurité pour faire baisser la violente d’intensité  sur le terrain,les négociations de fond reprennent à Genève dans le cadre de l’ONU. Cette négociation à deux niveaux est un exemple de la collaboration entre La Russie, l’Iran et la Turquie, soutiens des différentes parties et les Nations-Unies. C’est une approche pragmatique qui pourrait, à terme, porter ses fruits, espérons-le. (AFS)

L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie Staffan de Mistura à Genève, le 31 mars 2017 (afp)

Un nouveau cycle de négociations sur la Syrie doit commencer à Genève la semaine prochaine, ont annoncé lundi les Nations unies.
« L’envoyé spécial (de l’ONU pour la Syrie) Staffan de Mistura va à nouveau convoquer les négociations inter-syriennes sous les auspices des Nations unies à Genève le 16 mai 2017 », a fait savoir l’ONU dans un communiqué.
Cette annonce survient quelques jours après que les soutiens du gouvernement Syrien, la Russie et l’Iran, ainsi que la Turquie qui appuie les rebelles, aient signé un accord au Kazakhstan sur des « zones de désescalade » dans lesquelles gouvernement et opposition devraient accepter de cesser les hostilités.
M. de Mistura, qui a assisté en observateur aux négociations d’Astana, la capitale kazakhe, s’est félicité d’un accord constituant selon lui « un pas important, prometteur et positif dans la bonne direction ».
Lundi, ses services ont fait savoir qu’il espérait que l’accord d’Astana « serait pleinement mis en oeuvre, permettant ainsi une réduction significative des violences et concourant à l’établissement de conditions favorables aux négociations inter-syriennes à Genève ».
Les initiatives diplomatiques ne sont pas parvenues à ce jour à mettre un terme au conflit syrien, qui a fait plus de 320.000 morts et provoqué le déplacement de millions de personnes depuis qu’il a commencé en mars 2011 après des manifestations contre le gouvernement du Président Bachar al-Assad.
Jusqu’à présent, les négociations sous les auspices des Nations unies à Genève n’ont pas permis de produire de résultats concrets, malgré des progrès à l’occasion du dernier cycle en mars.
Conformément à ce que prévoyait la résolution 2254 du Conseil de sécurité de l’ONU, les parties ont alors commencé à négocier sur quatre volets de discussion : la gouvernance (transition politique), une nouvelle Constitution, l’organisation d’élections et la lutte contre le terrorisme.
Mais les parties en conflit n’ont pas pu s’entendre sur la question du rôle du Président Bachar al-Assad pendant la période de transition.
Dans le cycle de négociations devant commencer la semaine prochaine, M. de Mistura « souhaite intensifier le travail (…) sur les questions se trouvant à l’ordre du jour des discussions, dans le (…) cadre des résolutions du Conseil de sécurité, en particulier de la résolution 2254 », a précisé le bureau de l’envoyé spécial de l’ONU lundi.
M. de Mistura informera le Conseil de sécurité de l’ONU sur les négociations « dans le courant du mois », a encore dit la même source. (AFP)

Six ans de guerre en Syrie: le miroir de nos échecs

 

Deux chercheurs de sensibilité opposée, Jean-Pierre Filiu et Frédéric Pichon publient chacun un livre clair et argumenté. Ces deux ouvrages permettent de mieux comprendre ce pays ravagé par la guerre civile. Et nos propres erreurs

Il y a six ans, le 15 mars 2011, le pouvoir syrien de Bachar al-Assad réprimait violemment des manifestations d’opposants. Le début d’une atroce guerre, toujours pas terminée.

Une seule chose réunit Jean-Pierre Filiu et Frédéric Pichon : leur amour de la Syrie. En revanche, sur la guerre civile qui s’y déploie depuis six ans, leurs désaccords d’historiens et d’arabisants sont profonds. C’est dire si la lecture parallèle de leurs deux livres permet, non de se faire une opinion moyenne et insipide, mais d’aller plus loin dans la compréhension d’une situation tragique, en évitant l’écueil des anathèmes et des polémiques.

Depuis le premier jour, Jean-Pierre Filiu soutient activement ceux qu’ils appellent les « révolutionnaires », c’est-à-dire l’opposition modérée, au risque de privilégier son engagement personnel à la froide réflexion. Au risque, lui, de passer pour un soutien du régime, Frédéric Pichon se méfie des amis syriens de Filiu, par crainte de l’islamisme et attachement aux chrétiens d’Orient. Et si le premier approuve la politique anti-Assad de la France, le second y voit un « naufrage de la diplomatie française ».

Jean-Pierre Filiu n’en est pas à son premier livre sur la Syrie. Son Je vous écris d’Alep (Denoël, 2013) était un témoignage à chaud de la situation sur le terrain. En 2015, l’universitaire publie une BD (avec Cyrille Pomès) intitulée La Dame de Damas (Futuropolis, 2015), une manière pour lui de raconter cette « révolution » à un autre public. Avec Le miroir de Damas, Jean-Pierre Filiu en revient à l’histoire. Il entreprend de nous convaincre que « nous avons tous en nous une part de Syrie ». Si son livre part d’un cri de colère contre « l’indifférence » de « notre monde [qui] a abandonné la Syrie et son peuple à une horreur inimaginable », il nous montre comment « Damas nous tend aujourd’hui son miroir », tant « la descente aux enfers de la Syrie et de son peuple n’est ni un problème d’Arabes, ni le solde de querelles immémoriales ». C’est une histoire partagée que Filiu nous raconte dans ce livre savant mais très accessible.

Chemin de Damas. Tout débute avec Saint Paul et sa conversion « sur le chemin de Damas » : « C’est en Syrie que le christianisme a commencé à s’émanciper du judaïsme » et, là aussi, qu’a « grandi une chrétienté consciente d’elle-même au point de nourrir une ambition universelle ». Suivrons « les schismes d’Orient », « le premier empire de l’Islam », « les croisades et Saladin », la terreur mongole, puis le retour des Européens avec « les échelles du Levant » ou « la trahison des Alliés » au lendemain de la Première Guerre mondiale. L’auteur rappelle que ce « pays de Cham » est, dans l’eschatologie islamique, « la terre de la fin des temps », des concepts médiévaux repris par Daech.

Jean-Pierre Filiu insiste sur les erreurs et les crimes commis par les Français durant la période du mandat (1920-1946). Cette histoire est peu connue dans notre pays et il faut, par exemple, lire l’Histoire des Arabes d’Eugène Rogan (Tempus) pour mesurer l’ampleur des dégâts. « Comment ne pas retrouver dans ce triste feuilleton mandataire les échos de la conflagration actuelle ? », s’interroge Filiu, fidèle à sa méthode de « concordance des temps ». C’est, selon l’auteur, le refus obstiné de comprendre qu’il s’agit d’une révolution et l’accent, excessif à ses yeux, mis sur le sort des « minorités ». « Ce discours n’a pas pris une ride depuis les propagandistes du mandat [français] jusqu’aux thuriféraires d’Assad », dit-il.

S’il n’est pas cité, Frédéric Pichon fait évidemment partie de ceux dont Jean-Pierre Filiu dénonce les thèses. Jeune spécialiste de géopolitique, auteur d’une thèse sur le village chrétien de Maaloula, Pichon considère que la Syrie est « une guerre pour rien ». Au vu de l’échec de la « révolution » déclenchée en mars 2011 et de la « résilience » du régime, il est difficile de lui donner tort. Il place son livre sous les auspices de George Orwell, qui écrivait à propos de la guerre d’Espagne : « J’ai vu l’histoire s’écrire non pas en fonction de ce qui s’était passé, mais en fonction de ce qui aurait dû se passer ».

Progressive paralysie. Pour Frédéric Pichon, « la guerre régionale qui se joue en Syrie est devenue le symptôme de l’agonie d’un ordre international en même temps que la prémisse de celui qui vient. » Il diagnostique « la progressive paralysie de l’Occident, entravé dans ses actes mais aussi ses mots, donnant la pénible impression d’un monde qui lui échappe ». Il insiste sur « la dimension religieuse de ce conflit que les acteurs, à tort ou à raison, envisagent comme un élément essentiel, tandis que ce phénomène structurant est de plus en plus inconcevable dans nos sociétés qui vivent le crépuscule du religieux ».

Moins historique que celui de Filiu, le livre de Pichon décrit la situation actuelle, après la chute d’Alep-Est, en décembre dernier. Il revient toutefois sur les fondamentaux géopolitiques, sur lesquels s’est construit le régime baasiste depuis les années soixante. « Le système est confronté à deux contradictions majeures : celle du nombre et de l’espace », écrit-il. « Issu d’une communauté minoritaire, les Alaouites, et gouvernant avec d’autres groupes minoritaires, y compris la bourgeoisie sunnite, l’État baasiste manque d’un socle suffisant. Il lui est donc nécessaire de négocier quand c’est possible et de frapper brutalement quand il le faut, c’est-à-dire la plupart du temps ».

Finalement, note-t-il, « la contestation est venue de la plus grosse partie des mécontents, les populations des petits bourgs ruraux et des campagnes, véritablement sacrifiés sur l’autel des réformes économiques et ce paradoxalement alors que le Baas avait fondé ses succès et son arrivée au pouvoir sur cette ruralité ». En 2011, « c’est la Syrie périphérique qui se soulève brutalement ». Une thèse qui séduirait sans doute le géographe français Christophe Guilluy et sa « France périphérique »…

« Les révolutionnaires qui se sont soulevés en 2011 étaient persuadés de la chute imminente du régime Assad et ce fut sans doute leur plus grave erreur », juge Jean-Pierre Filiu. Un constat qui s’apparente finalement au « sursaut d’intelligibilité » revendiqué par Frédéric Pichon.

Le miroir de Damas », de Jean-Pierre Filiu, La Découverte, mars 2017, 14 euros.

Syrie, une guerre pour rien, de Frédéric Pichon, les éditions du Cerf, mars 2017, 16 euros.

 

Syrie: fin des discussions de Genève avec un « agenda clair »

Staffan de Mistura, à Genève, le 3 mars 2017 (Afp)

Les discussions de Genève ont pris fin avec l’acceptation par les belligérants syriens d’un « agenda clair » incluant la gouvernance et la lutte contre le terrorisme, et l’ONU prévoit un nouveau rendez-vous en mars.

Après un peu plus d’une semaine de discussions difficiles, l’émissaire de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a fait vendredi soir le bilan de ce quatrième round de négociations.PUBLICITÉ »Le train est prêt, il est en gare, les moteurs chauffent. Tout est prêt, il a juste besoin d’un accélérateur », a déclaré M. de Mistura.

« Je crois que nous avons à présent un agenda clair devant nous », a indiqué l’émissaire. « Nous avons discuté de procédure, mais nous avons aussi discuté de substance », a-t-il dit.

Ce diplomate chevronné, dont l’optimisme chronique bute depuis près de trois ans sur le du conflit syrien, a prévu de se rendre la semaine prochaine au Conseil de sécurité de l’ONU à New York.

Ensuite, a-t-il dit, « nous aurons Astana (…) pour consolider le cessez-le-feu, et puis à nouveau Genève », en mars.

La Russie, alliée de Damas, et la Turquie, soutien des rebelles, parrainent en effet depuis fin décembre un processus parallèle de négociation à Astana (Kazakhstan), centré sur les questions militaires.

Si huit jours de discussions à Genève n’ont pas permis d’avancée majeure, de tous petits pas ont été accomplis, et aucun des belligérants n’a pris le risque de claquer la porte.

Le médiateur de l’ONU a enchaîné les rendez-vous avec toutes les parties: la délégation du régime, celle du Haut comité des négociations (HCN, principale délégation de l’opposition), et les opposants proches de la Russie, le « Groupe du Caire » et le « Groupe de Moscou ».

Les pourparlers n’ont en effet pas permis d’entamer des discussions directes entre les belligérants. Les deux parties se sont simplement fait face lors de la cérémonie d’ouverture jeudi dernier, dans une ambiance polaire.

A l’issue des négociations, Bachar al-Jaafari, l’austère chef de la délégation du régime, a quitté l’ONU sans s’adresser aux médias, tandis que le chef des négociateurs de l’opposition syrienne, Nasr al-Hariri, a jugé cette session « plus positive ».

Terrorisme et transition politique

Les discussions ont essentiellement porté sur des questions d’agenda mais ont permis, pour la première fois, d’obtenir un « agenda clair » en quatre points, selon Staffan de Mistura.

Le gouvernement avait insisté à plusieurs reprises ces derniers jours sur sa volonté d’ajouter la lutte contre le terrorisme aux trois autres éléments prévus par l’émissaire avant le début des négociations, à savoir la gouvernance – thème flou pour évoquer une transition politique -, la Constitution, et les élections. Il a obtenu gain de cause.

Ces quatre sujets seront discutés « en parallèle », a assuré l’envoyé spécial, mais les questions de stratégie contre le terrorisme seront discutées à Genève tandis que la partie opérationnelle de la lutte contre le terrorisme sera abordée à Astana.

Pression russe

Les pourparlers de Genève visent à mettre fin à la guerre en Syrie, qui a fait plus de 310.000 morts et des millions de réfugiés alors que le conflit va entrer le 15 mars dans sa septième année.

Trois sessions de discussions en 2016 s’étaient soldées par un échec, en raison des violences sur le terrain et de l’insistance du régime à parler de terrorisme, quand l’opposition réclamait des discussions sur une transition politique.

Mais les positions se sont nuancées, sous l’influence de l’acteur majeur du dossier, Moscou. Présent à Genève pour le Conseil des droits de l’Homme, le ministre adjoint des Affaires étrangères russes, Guennadi Gatilov, a rencontré la délégation du régime, et, fait sans précédent, celle du HCN.

La Russie intervient militairement en Syrie depuis septembre 2015 et a permis au régime du président Bachar al-Assad de se renforcer sur le terrain. Elle tire aussi les ficelles sur le plan politique, en l’absence des Etats-Unis, dont le président Donald Trump n’a donné jusqu’à présent aucun signe d’implication dans la recherche d’un règlement du conflit syrien.

Et les pressions russes semblent avoir payé, puisque pour la première fois le régime a annoncé publiquement à Genève qu’il était prêt à discuter des trois thèmes politiques fixés par M. De Mistura.

La pression de Moscou s’est exercé aussi sur l’opposition. Jeudi, la porte-parole de la diplomatie russe a accusé le HCN de « saboter » le processus de Genève, intimant implicitement à l’opposition d’intégrer en son sein les représentants des groupes du Caire et de Moscou.

Quelle place pour la France dans le conflit syrien au lendemain de la chute d’ALEP?

Gérard Bapt, Président du Groupe d’Amitié France Syrie a eu l’obligeance de communiquer à l’Association d’Amitié France Syrie (AFS) une intéressante analyse du Centre d’Analyse, de Prévision et de Stratégie (CAPS) près le Ministère des Affaires étrangères pour tenter de répondre à la question: Quelle place pour la France dans le conflit syrien au lendemain de la chute d’ALEP?

Note du CAPS Affaires Etrangères du 3 janvier 2017

Nous nous permettons dans un soucis d’objectivité de dire d’ALEP-Est, ce qui n’est pas la même chose puisque la plus grande partie et la plus peuplée est à ALEP-Ouest.

L’Association d’Amitié France Syrie qui s’efforce de respecter son engagement de neutralité peut toutefois se caractériser par une analyse critique et équilibrée des positions exprimées par les différents groupes de réflexion sur la Syrie.

C’est la raison pour laquelle nous publions également une note de commentaires et en réponse de Fabrice Balanche à cette note du CAPS.

Fabrice Balanche-Les analyses désastreuses du CAPS sur la Syrie

Chacun pourra ainsi se faire sa propre opinion sur ce qu’il faudrait faire ou ne pas faire.

En tout état de cause pour une Association comme la nôtre, qui a pour objet de développer par tous les moyens l’amitié entre la France et la Syrie, il nous apparaissait essentiel de mettre en perspective ces analyses stratégiques sachant qu’au delà des aspects de haute politique géostratégique, il faut rappeler au Gouvernement Français que la population syrienne continue à souffrir après 6 ans de guerre et qu’elle ne saurait, quelque que soit sa position pro ou anti régime, continuer à être l’otage des enjeux politiques internationaux ou régionaux. Il est du devoir éthique de la communauté internationale d’arrêter les sanctions envers la Syrie donc envers les syriens et nous pensons que Madame Mogherini la Haute Représentante de l’Union Européenne a raison de plaider pour lancer une aide importante de l’Europe pour la reconstruction de la Syrie ce qui passe par un rétablissement des relations diplomatique avec Damas.

Reprise de la région de Wadi Barada après celle d’ALEP-EST

Interview de Fabrice Balanche à l’AFP version originale en anglais

Les forces loyales au président Bachar al-Assad ont porté un nouveau coup au mouvement rebelle syrien, reprenant le contrôle d’un secteur stratégique près de Damas le week-end. La reprise de la région de Wadi Barada est un autre revers pour les rebelles après la perte de la deuxième ville d’Alep-Est en décembre 2016, le plus gros coup infligé à l’opposition depuis que le conflit a commencé avec des manifestations anti-gouvernementales en mars 2011.

  1. Que s’est-il passé à Wadi Barada?

R: Les forces gouvernementales syriennes ont repris dimanche Wadi Barada à l’extérieur de Damas, après un accord qui a permis à des centaines de rebelles de partir pour la province d’Idlib, située dans le nord de la Syrie.

Wadi Barada est la principale source d’eau de la capitale, et le gouvernement a accusé les rebelles de délibérément cesser les approvisionnements depuis le 22 décembre, laissant 5,5 millions de personnes sans eau. Les rebelles ont déclaré que les attaques gouvernementales avaient endommagé les infrastructures de pompage. Mais ils ont finalement accepté un accord qui a vu 700 rebelles et 1400 civils quitter Wadi Barada pour Idlib, selon l’Observatoire syrien pour les droits de l’homme. Au cours de ces derniers mois, le gouvernement a lancé des accords semblables de rapprochement dans au moins six autres régions de la capitale. “Le mouvement rebelle a définitivement perdu Damas”, a déclaré Fabrice Balanche, analyste au Washington Institute pour la Politique du Proche-Orient. Il a déclaré à l’AFP que l’armée syrienne et ses milices alliées – comme le mouvement libanais Hezbollah – ont méthodiquement repris les villes tenues par les rebelles autour de la capitale depuis 2013. “Les rebelles les plus rationnels cherchent un moyen de négocier une amnistie avec le gouvernement syrien. Pour d’autres, leur seul espoir est d’être transférés à Idlib”, a déclaré M. Balanche.

Q: Qu’est-ce qu’il reste aux rebelles?

R: Presque six ans après le soulèvement de la Syrie, bon nombre des plus importantes conquêtes des mouvements d’opposition ont été annulées. Ils ont perdu une grande partie du territoire qu’ils avaient conquis autour de Damas, et ont subi leur plus grande défaite encore en décembre 2016, lorsque les forces gouvernementales ont pris le contrôle complet d’Alep-Est. Les rebelles ne détiennent plus que 13% du territoire syrien, selon Balanche, y compris sur la province d’Idlib, où l’ex-affilié à Al-Qaïda, le Front Al Nosra devenu le Fatah al-Sham , domine. Ailleurs, l’opposition armée tient une partie de la région de .la Ghouta orientale près de Damas et certains territoires dans le centre et le sud de la Syrie. “En 2013, les attaques répétées des rebelles ont menacé le centre de Damas et les lignes de communication vers l’extérieur”, a déclaré M. Balanche à l’AFP. “Mais aujourd’hui, ils sont sur la défensive, divisés, encerclés et sans espoir de victoire”, a t-il dit. Le régime d’Assad avait essentiellement mené une guerre d’usure, a déclaré Fabrice Balanche, « comptant sur l’épuisement des communautés bombardées, assiégées et à la merci des groupes rebelles ». “Cela a pris plus de quatre ans, mais le régime peut se considérer victorieux, même s’il fait face à des poches de résistance.”

Q: Que se passe-t-il dans Idlib?

R: Le nord-ouest de la province d’Idlib, qui borde la Turquie, est le principal bastion pour les combattants affaiblis de l’opposition armée syrienne. Mais la province a été secouée par les combats de l’opposition pendant plus d’une semaine, alors que Fatah al-Sham combat ses anciens alliés rebelles. Aymenn al-Tamimi, un expert des mouvements djihadistes, a déclaré que les combats pourraient devenir une guerre existentielle que Fatah al-Sham ne serait pas prêt à perdre. Certains rebelles ont pris parti pour Fatah al-Sham, tandis que d’autres ont soutenu le puissant Ahrar al-Sham, qui était autrefois un allié clé de l’ancienne filiale d’Al-Qaïda. Compte tenu de ces divisions, l’armée syrienne et son principal soutien, Moscou, pourrait choisir le moment opportun pour lancer une attaque sur la province d’Idlib, a averti Fabrice Balanche. “Il s’agit d’une guerre au sein de l’insurrection,” opposant les membres de la ligne dure à ceux qui cherchent une solution politique au conflit, a-t-il dit. “Cela correspond à la stratégie de la Russie pour diviser et conquérir, avant de soutenir une offensive militaire contre la province d’Idlib”, a déclaré M. Balanche à l’AFP

Négociations d’ASTANA sur la Syrie

Syrie : La Turquie, acteur clé des négociations

Interview

27 janvier 2017

Le point de vue de Didier Billion

Quels enseignements tirer de la conférence d’Astana entre la délégation syrienne et celle de l’opposition ?

Indépendamment des faibles résultats obtenus, le fait qu’une réunion entre le régime syrien et une partie des groupes rebelles ait pu se tenir constitue tout d’abord une première victoire. La reprise des quartiers orientaux d’Alep, à la fin du mois de décembre, marquant l’avancée du régime syrien et de ses alliés, a indéniablement créé un électrochoc, notamment dans les rangs des rebelles. Elle a, de ce fait, rendu nécessaire et possible la réunion au sein de la capitale du Kazakhstan.

Les trois parrains des négociations étaient bien sûr présents à Astana : la Russie, la Turquie et dans une apparente moindre mesure, l’Iran, même si sa délégation a été politiquement très active. En ce qui concerne l’opposition, une délégation représentant les principales factions rebelles était présente avec la participation de 13 chefs militaires à l’exception, bien sûr, des groupes qualifiés de terroristes. Ces derniers n’étaient pas conviés à ce début de processus de négociations, auxquelles ils s’opposent en outre par principe.

Cela étant posé, on peut constater que certains groupes rebelles présents à la table des négociations étaient qualifiés de terroristes par Moscou il y a quelques semaines encore. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, ce qui indique la volonté de la Russie de parvenir assez rapidement à des avancées.

Si les résultats de ces pourparlers restent ténus, ils ne constituent qu’une première étape avant un deuxième rendez-vous qui se tiendra à Genève le 8 février prochain, dans le cadre de l’ONU cette fois. A Astana, les accords trouvés concernent avant tout la confirmation de la volonté que le cessez-le-feu initié le 30 décembre soit appliqué. Cette décision ne signifie certes pas que tous les combats seront stoppés, mais un processus s’engage. Une deuxième décision importante concerne l’aide humanitaire. Des efforts seront mis en œuvre pour la faire parvenir dans les zones et villes encore assiégées par les forces du régime, la majorité, ou par des groupes rebelles.

Si la mise en place de ces décisions sera compliquée, elle traduit la volonté d’aller de l’avant malgré les nombreux obstacles, d’autant que le cadre de la déclaration commune fait explicitement référence à la résolution 2254 adoptée à l’unanimité du Conseil de sécurité de l’ONU, le 18 décembre 2015.

Certes, elle ne constitue qu’une première étape, et l’une des difficultés réside dans l’interprétation de ce compromis. Pour mémoire, outre la mise en œuvre d’un cessez-le-feu, la résolution prévoit qu’au terme de six mois de pourparlers, le processus doit établir « une gouvernance crédible, inclusive et non-confessionnelle » veillant à la préservation des institutions étatiques et qui aura la tâche de rédiger une nouvelle Constitution. Des élections libres devront ensuite être organisées dans les dix-huit mois sous la supervision de l’ONU.

La Turquie fait partie, avec la Russie et l’Iran, des « parrains » de la négociation. Quel est son rôle dans les pourparlers ? Quels intérêts défend-t-elle ?

La Turquie se trouve dans un partenariat quelque peu asymétrique avec la Russie et l’Iran. Ces deux derniers ont en effet toujours maintenu des positions en faveur du régime syrien. La Turquie, en revanche, a soutenu la rébellion mais a opéré un changement considérable en ne faisant plus du départ de Bachar al-Assad un préalable aux négociations. Ce changement de position lui a permis de se remettre au centre du jeu diplomatique.

Si la Russie, au vu de son long engagement militaire aux côtés de Bachar al-Assad, dispose de meilleurs atouts dans la négociation, pour en initier, contrôler et animer le contenu et l’agenda, la Turquie est néanmoins un acteur indispensable. Les Turcs ont, en effet, d’étroits contacts avec de multiples groupes rebelles présents. Plusieurs d’entre eux se sont réunis, quelques jours avant la conférence d’Astana, à Ankara, avec les services de renseignements turcs. La réunion visait, en quelque sorte, à préparer ce rendez-vous décisif. Désormais, la Turquie raisonne politiquement. Si elle s’est un temps bercée de l’illusion d’une solution militaire à la crise syrienne, ce n’est plus la ligne qu’elle développe depuis le début de l’été 2016.

Les parrains partagent au moins l’idée qu’une solution politique doit être trouvée. Sur ce point, la Turquie est un acteur incontournable : sans son accord, aucune avancée significative ne peut être réalisée sur ce dossier.

La Russie et la Turquie ont longtemps eu des positions antagoniques sur le conflit syrien, l’un soutenant Bachar al-Assad, l’autre la rébellion. Quelles stratégies se cachent derrière ce rapprochement qui a surpris plus d’un observateur ?

La position obstinément défendue par la Turquie durant cinq ans à propos du conflit syrien, a contribué à l’isoler sur la scène internationale. Sa persistance à exiger le départ de Bachar al-Assad comme préalable à toute hypothétique solution politique, lui a fait perdre en crédibilité. Et ce, alors que de nombreux pays qui avaient une position similaire, comme la France, ont progressivement modifié leur approche du dossier. Pour sortir de l’isolement diplomatique, la Turquie a été contrainte de réévaluer ses positions en cessant d’exiger un départ immédiat du président syrien.

En outre, à la frontière turco-syrienne, le groupe séparatiste kurde de Syrie, le Parti de l’union démocratique (PYD), a opéré une avancée significative au cours des derniers mois. Le PYD est une franchise du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et, à l’instar de ce dernier, il est considéré comme une organisation terroriste par Ankara. Or, nous savons que la question kurde reste un paramètre essentiel, voire existentiel, pour la Turquie. Elle considère qu’un accord politique sur le dossier syrien lui permettrait de contrôler la zone kurde de Syrie, et d’éviter son expansion. Les Kurdes de Syrie gèrent en effet, de facto, deux importantes portions du territoire syrien, néanmoins séparées par une zone qui leur échappe encore. Ils aspirent à conquérir cette dernière pour réaliser une jonction entre les deux territoires. Les autorités turques veulent à tout prix les en empêcher car cela signifierait alors qu’une très large partie de sa frontière avec la Syrie passerait sous contrôle d’une entité qu’elle considère comme terroriste.

Enfin, si la Turquie a longtemps manifesté une certaine forme de complaisance à l’égard des djihadistes, on peut considérer qu’elle est désormais engagée dans une lutte implacable contre les groupes affiliés à Daech, levant ainsi toute ambiguïté sur le sujet. Cette évolution lui a permis d’acquérir un rôle important dans les pourparlers.

Bilan de la conférence d’Astana du 24 janvier 2017

Bilan de la conférence d’Astana : une «première réussite» en vue d’une paix future en Syrie

Bilan de la conférence d'Astana : une «première réussite» en vue d'une paix future en SyrieSource: Reuters
La conférence d’Astana a permis de rassembler des parties qui s’étaient montrées jusqu’ici plus que réticentes à se rencontrer

L’opposition et le gouvernement syriens se sont enfin rencontrés sous le parrainage de la Russie, l’Iran et la Turquie. Outre la garantie du cessez-le-feu, la rencontre a ouvert la voie aux négociations qui auront lieu à Genève en février prochain.

La conférence d’Astana, réunissant le gouvernement syrien et les groupes d’opposition, sous le parrainage de la Turquie, la Russie et l’Iran, a pris fin ce mardi 24 janvier. Les trois pays l’ont qualifié de «succès» après avoir publié une déclaration commune par laquelle ils ont annoncé être parvenus à un accord pour «soutenir le cessez-le-feu en Syrie» et ainsi «ouvrir la voie aux discussions de Genève» qui auront lieu le 8 février prochain. «Il n’y a aucune solution militaire au conflit syrien, car celui-ci ne peut être résolu qu’à travers un processus politique», ont-ils ajouté.


Moscou, Téhéran et Ankara ont salué la volonté de ces derniers de «prendre part à la prochaine étape» des négociations à Genève. Afin de garantir la trêve, un mécanisme trilatéral sera mis en place dès le mois de février. Les groupes d’opposition armés seront d’ailleurs «invités à y jouer un rôle».

Le gouvernement syrien et l’opposition armée pour la première fois à la même table

C’était la toute première fois, depuis le début du conflit syrien, que l’opposition armée et le gouvernement se retrouvaient autour d’une même table d’une éventuelle sortie de crise en Syrie, sous le parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran. L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a salué «un événement comme il n’y en avait jamais eu jusque là», à l’occasion duquel «les représentants des groupes armés et le gouvernement syrien ont pu se parler». «Cela exigeait un vrai courage politique de s’asseoir dans la même pièce et d’écouter leurs demandes respectives», a-t-il souligné.

Cette rencontre exigeait un vrai courage politique

En effet, du côté de l’opposition armée, la tension était plus que palpable. «Notre délégation est venue du front pour obtenir quelque chose, sinon nous avons toujours entre nos mains les armes» avait prévenu Oussama Abou Zeid, un de leurs représentants, le lundi 23 au soir. Les groupes d’opposition ont également à plusieurs reprises accusé l’Iran de continuer les combats ou la Turquie d’être trop faible négociatrice et de ne pas soutenir leur voix.

Une «réussite» qui augure bien de la suite des négociations à Genève

Le chef de la délégation russe à Astana, Alexandre Lavrentiev, s’est félicité que les groupes d’opposition armés syriens aient compris que «Moscou n’est pas un ennemi». Tout d’abord «réticents» à travailler avec les Russes, ceux-ci se sont montrés «finalement plus ouverts», selon lui. La délégation russe a même annoncé avoir proposé un projet de constitution pour la Syrie aux représentants des groupes d’opposition armés afin d’«accélérer la résolution du conflit». Selon Moscou, ces derniers se seraient montrés «coopératifs» et prêts à participer aux négociations futures.

 S’il a admis qu’un «un compromis sur la question constitutionnelle n’a pas encore été atteint», Alexandre Lavrentiev a néanmoins souligné que «le nombre croissant de points de contact entre les forces gouvernementales et l’opposition sur le terrain» allaient permettre d’améliorer la situation humanitaire. Mais elle sera également «un élément crucial pour instaurer de la confiance à l’avenir», et permettre ainsi «de construire la paix».

Les contacts croissants entre forces gouvernementales et d’opposition permettent de restaurer la confiance

Washington, qui a fait preuve ces derniers mois d’un désengagement progressif dans le règlement du conflit syrien, a «salué ces actions visant à réduire les violences et les souffrances en Syrie», appelant à créer un «environnement plus propice à des discussions politiques inter-syriennes». De même, la Grande-Bretagne, qui ne prenait pas part aux pourparlers, a apprécié l’initiative. «Nous saluons tout processus à Astana qui pourrait mettre fin aux violences, améliorer l’accès humanitaire et nous faire revenir aux négociations de Genève sur la transition [politique] en Syrie», a écrit sur Twitter le représentant britannique pour la Syrie Gareth Bailey.

 Si la déclaration conjointe de Moscou, Téhéran et Ankara évoque une «première vraie réussite», elle précise néanmoins que l’essentiel restait à venir. «Il y aura des spéculations sur le fait que Astana est considéré comme un substitut du processus de Genève. Ce n’est pas vrai – Astana est complémentaire de Genève», a expliqué Alexandre Lavrentiev. Tenues sous l’égide de l’ONU, les discussions qui auront lieu à Genève devront, entre autres, régler d’épineuses questions, comme celles des prisonniers ou de la transition politique.
Bilan de la conférence d'Astana : une «première réussite» en vue d'une paix future en SyrieSource: Reuters
La conférence d’Astana a permis de rassembler des parties qui s’étaient montrées jusqu’ici plus que réticentes à se rencontrer

L’opposition et le gouvernement syriens se sont enfin rencontrés sous le parrainage de la Russie, l’Iran et la Turquie. Outre la garantie du cessez-le-feu, la rencontre a ouvert la voie aux négociations qui auront lieu à Genève en février prochain.

La conférence d’Astana, réunissant le gouvernement syrien et les groupes d’opposition, sous le parrainage de la Turquie, la Russie et l’Iran, a pris fin ce mardi 24 janvier. Les trois pays l’ont qualifié de «succès» après avoir publié une déclaration commune par laquelle ils ont annoncé être parvenus à un accord pour «soutenir le cessez-le-feu en Syrie» et ainsi «ouvrir la voie aux discussions de Genève» qui auront lieu le 8 février prochain. «Il n’y a aucune solution militaire au conflit syrien, car celui-ci ne peut être résolu qu’à travers un processus politique», ont-ils ajouté.

Affirmant leur volonté de distinguer les organisations terroristes des «groupes d’opposition armés», Moscou, Téhéran et Ankara ont salué la volonté de ces derniers de «prendre part à la prochaine étape» des négociations à Genève. Afin de garantir la trêve, un mécanisme trilatéral sera mis en place dès le mois de février. Les groupes d’opposition armés seront d’ailleurs «invités à y jouer un rôle».

Le gouvernement syrien et l’opposition armée pour la première fois à la même table

C’était la toute première fois, depuis le début du conflit syrien, que l’opposition armée et le gouvernement se retrouvaient autour d’une même table d’une éventuelle sortie de crise en Syrie, sous le parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran. L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a salué «un événement comme il n’y en avait jamais eu jusque là», à l’occasion duquel «les représentants des groupes armés et le gouvernement syrien ont pu se parler». «Cela exigeait un vrai courage politique de s’asseoir dans la même pièce et d’écouter leurs demandes respectives», a-t-il souligné.

Cette rencontre exigeait un vrai courage politique

En effet, du côté de l’opposition armée, la tension était plus que palpable. «Notre délégation est venue du front pour obtenir quelque chose, sinon nous avons toujours entre nos mains les armes» avait prévenu Oussama Abou Zeid, un de leurs représentants, le lundi 23 au soir. Les groupes d’opposition ont également à plusieurs reprises accusé l’Iran de continuer les combats ou la Turquie d’être trop faible négociatrice et de ne pas soutenir leur voix.

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La délégation du gouvernement syrien n’était pas non plus en parfaite confiance lors de l’ouverture des discussions. L’ambassadeur syrien à l’ONU, Bachar Jaafari, avait déclaré, un peu plus tôt, qu’il était «extrêmement douloureux» pour la délégation de Damas de faire face aux groupes qui «ont commis des actes terroristes». Il a néanmoins concédé que «la politique requiert parfois d’avoir affaire à ses ennemis pour sauver son pays». Il a finalement qualifié la rencontre de «succès». «Finalement, nous avons atteint un consensus auquel chacun a souscrit», s’est-il réjoui.

Une «réussite» qui augure bien de la suite des négociations à Genève

Le chef de la délégation russe à Astana, Alexandre Lavrentiev, s’est félicité que les groupes d’opposition armés syriens aient compris que «Moscou n’est pas un ennemi». Tout d’abord «réticents» à travailler avec les Russes, ceux-ci se sont montrés «finalement plus ouverts», selon lui. La délégation russe a même annoncé avoir proposé un projet de constitution pour la Syrie aux représentants des groupes d’opposition armés afin d’«accélérer la résolution du conflit». Selon Moscou, ces derniers se seraient montrés «coopératifs» et prêts à participer aux négociations futures.

S’il a admis qu’un «un compromis sur la question constitutionnelle n’a pas encore été atteint», Alexandre Lavrentiev a néanmoins souligné que «le nombre croissant de points de contact entre les forces gouvernementales et l’opposition sur le terrain» allaient permettre d’améliorer la situation humanitaire. Mais elle sera également «un élément crucial pour instaurer de la confiance à l’avenir», et permettre ainsi «de construire la paix».

Les contacts croissants entre forces gouvernementales et d’opposition permettent de restaurer la confiance

Washington, qui a fait preuve ces derniers mois d’un désengagement progressif dans le règlement du conflit syrien, a «salué ces actions visant à réduire les violences et les souffrances en Syrie», appelant à créer un «environnement plus propice à des discussions politiques inter-syriennes». De même, la Grande-Bretagne, qui ne prenait pas part aux pourparlers, a apprécié l’initiative. «Nous saluons tout processus à Astana qui pourrait mettre fin aux violences, améliorer l’accès humanitaire et nous faire revenir aux négociations de Genève sur la transition [politique] en Syrie», a écrit sur Twitter le représentant britannique pour la Syrie Gareth Bailey.

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La bataille d’Alep ou la déroute de la diplomatie occidentale en Syrie

Nous publions un article de notre amie Caroline Galactéros Administrateur de l’AFS qui exprime son opinion personnelle sur les conséquences de la reprise d’ALEP-Est aux insurgés. Afin de respecter un équilibre dans les différentes opinions nous nous efforcerons comme nous le faisons depuis le début du conflit, de publier d’autres articles comportant une vision et une analyse différente des évènements et de la redistribution des cartes qui est en train de s’opérer.

FIGAROVOX – La bataille d’Alep ou la déroute de la diplomatie occidentale en Syrie

Publié le par Caroline Galactéros

Des soldats syriens à Alep. - Crédits photo : GEORGE OURFALIAN/AFP

Des soldats syriens à Alep. – Crédits photo : GEORGE OURFALIAN/AFP

FIGAROVOX/ENTRETIEN – L’Armée syrienne a repris plus de 70% d’Alep-Est aux rebelles. Pour Caroline Galactéros, d’autres pays pourraient se rapprocher de la Russie qui, en Syrie, a su protéger les structures étatiques malgré la curée internationale contre elle.

FIGAROVOX. – L’Armée syrienne a repris le contrôle de la vieille ville d’Alep qui était aux mains des rebelles. Est-ce un tournant décisif pour la Guerre en Syrie?

Caroline GALACTEROS. – Cette avancée des forces du régime est importante. Après la libération d’autres quartiers d’Alep-Est, avoir pu extirper les djihadistes de ce dédale de rues et de souterrains et les contraindre à se replier vers le sud-est de la ville témoigne d’une dynamique militaire positive en faveur de l’armée syrienne. Surtout, l’exfiltration réussie de plusieurs dizaines de milliers de civils vers l’ouest de la ville prive les djihadistes de leurs «boucliers humains» … et les adversaires occidentaux du régime d’un argument médiatique lourd contre l’implication militaire de Moscou à ses côtés…

Le recul des djihadistes à Alep n’est en effet que la manifestation d’une déroute militaire globale.

La prise d’Alep, si elle devait se réaliser rapidement, constituerait un cap au plan des forces morales qui s’opposent dans cet interminable pugilat, mais surtout une victoire politique symbolique de prix qui conforterait un rapport de force de plus en plus favorable à la restauration de l’Etat syrien. Le recul des djihadistes à Alep n’est en effet que la manifestation d’une déroute militaire globale qui semble chaque jour plus inéluctable, et d’un rapport de forces russo-américain où Washington perd pied. Même John Kerry dans sa déclaration à Bruxelles du 6 décembre (lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN), semble jeter l’éponge, apparemment convaincu que la partie (i.e le renversement du régime syrien et l’éclatement du pays) est perdue, et cherche habilement à dédouaner l’Amérique d’un soutien aux mouvements rebelles radicaux devenu indéfendable et surtout sans issue. Sans issue… mais pas sans objet résiduel. La rivalité Washington-Moscou restera vive, au moins jusqu’à l’entrée en fonction de Donald Trump fin janvier prochain. De ce point de vue, la réduction de l’insurrection djihadiste à Alep n’est donc pas décisive, et l’administration Obama poursuivra sans doute son soutien au moins indirect aux groupes radicaux (notamment via la Turquie) pour pourrir au maximum le jeu russe et plus encore celui du nouveau Président, qui a déjà entrepris un dialogue avec Moscou pour sortir l’Amérique de ce bourbier. Peut-être un «deal» de type «blanc-seing à la Russie en Syrie contre mains libres à l’Amérique en Irak» pour redorer le blason US est-il en train de se nouer. La guerre ne va donc pas s’arrêter avec l’éventuelle reprise d’Alep. Elle cessera lorsque les puissances sunnites, les Etats-Unis mais aussi la France accepteront leur «échec» et chercheront sérieusement un compromis politique soutenable pour la Russie et l’Iran. Il faut pour cela que Ryad, Doha, Ankara, Londres et Washington admettent qu’il y a plus à gagner à négocier qu’à combattre, et sans doute aussi que Paris cesse de prendre des initiatives diplomatiques (du type de la conférence envisagée «des pays refusant la guerre totale»…) à contretemps et contre-emploi. Ces gesticulations dérisoires déconnectées de la marche réelle des évènements sont hautement contreproductives, même du seul point de vue égoïste de l’intérêt national. Nous ne reviendrons pas ainsi dans un jeu d’où nos maladresses et notre entêtement dogmatique nous ont exclus en nous déconsidérant.

Dans quelle mesure la prise d’Alep consacre le retour militaire et diplomatique des Russes dans les affaires internationales?

Ce retour de la Russie est à mon sens plus qu’une évidence. C’est une nécessité, n’en déplaise aux nombreux «experts» et commentateurs qui veulent contre toute évidence persister à voir le monde avec un regard de cyclope myope, de manière simpliste et manichéenne. Ils se trompent d’ennemi, par confort intellectuel et refus de se remettre en question. Leur responsabilité est en fait lourde dans la perpétuation du chaos et de la violence car en claironnant leur pensée indigente, ils sclérosent les lignes de fracture au lieu de contribuer à les dépasser. Il est pourtant urgentissime de reconnaître enfin que le modèle implicite des relations internationales qui a eu cours depuis 20 ans s’est définitivement fracassé contre ses propres excès. L’idéalisme moralisateur comme masque d’un interventionnisme rapace a fait des ravages qu’on ne peut plus ignorer. Chez les peuples victimes de notre empressement à les «libérer», mais aussi chez tous ceux que l’on croit ainsi convaincre de la prévalence du modèle occidental de développement politique, économique et social. Et l’effet boomerang de cette offensive qui ne dit pas son nom joue désormais à plein contre nous.

La Russie offre un modèle alternatif de référence et surtout de protection plutôt convaincant.

Profitant de cet échec patent, la Russie propose – à l’occasion du conflit syrien -, de rééquilibrer le jeu international, d’admettre sa multipolarité de fait et de se rapprocher de l’Occident dont elle s’estime encore pleinement partie. Surtout, elle offre un modèle alternatif de référence et surtout de protection plutôt convaincant: fiable, cohérent, pragmatique, résilient. Ne pas «lâcher Assad» en dépit de la curée internationale contre lui, et surtout protéger l’Etat syrien du démembrement a un impact non seulement à Damas et Téhéran, mais aussi au Caire, à Alger, à Dehli, en Afrique, aux EAU, à Ankara et même d’une certaine façon, à Ryad… La diplomatie du dialogue ouvert et sans exclusive (officiel ou discret) de Moscou avec tous les acteurs directs et indirects du conflit syrien va bien au-delà de la gestion optimale de ce seul drame. L’entreprise de séduction «à la russe» tous azimuts se poursuit. Les émissaires de Moscou, directs ou indirects (palestinien…), nouent des contacts, proposent des partenariats divers, des contreparties attractives à un appui aux positions russes sur ce que doit être la transition politique syrienne. Bref, les lignes bougent et, au lieu de les franchir, là encore, en France ou ailleurs, on oppose artificiellement la logique militaire à la diplomatique, comme si elles n’étaient pas étroitement liées. Comme si on pouvait décider de faire la guerre ou de négocier! Ça ne marche pas comme ça. Ce n’est pas la guerre comme seul mode d’action …ou la diplomatie hors sol dans le silence des armes. Seule la prise d’ascendant militaire sur le terrain et un rapport de force qui ne peut plus évoluer qu’à la marge permettent à un moment donné aux belligérants contraints et forcés, et à leurs parrains divers de s’assoir à la table de négociation de manière productive.

Pour l’heure, les Russes ont marginalisé les Américains.

Pour l’heure, les Russes ont marginalisé les Américains – qui ont déjà fort à faire pour «soutenir sans soutenir» les djihadistes et essayer de maitriser leur allié turc indocile. Ils dominent le front diplomatique et cherchent à réunir autour de leurs auspices exclusifs un panel crédible et représentatif de la diversité syrienne pour un processus politique qui débouchera sur des élections et surtout sur le maintien de l’unité syrienne même dans l’hypothèse d’une structure étatique fédérale. Mais à Paris, au lieu de s’insérer dans cette approche pragmatique, on persiste à criminaliser Vladimir Poutine, à parler d’Assad comme du bourreau unique de son peuple, à minorer le soutien populaire au régime de Damas pour accréditer l’idée qu’on pourrait, de l’extérieur, imposer un casting représentatif… qui pourtant a sombré sans équivoque dans le discrédit et en est lui-même réduit à proposer «de parler avec la Russie» pour ne pas quitter tout à fait la scène. Et la guerre continue.

Quelles suites peut-on imaginer pour le régime de Bachar al-Assad?

Assad n’est ni le (seul) problème, ni la solution. Cette polarisation sémantique elle aussi est hautement contreproductive. C’est un atout dans une négociation globale que chaque puissance intervenante essaie de valoriser au mieux. Si la reconquête militaire se poursuit à son avantage, il pourra sans doute négocier des conditions de sortie honorables pour lui et ses proches au terme d’un processus politique institutionnel et électoral auquel lui – ou d’autres de ses proches, membres éminents du régime – devront d’une façon ou d’une autre participer.

Quel est le jeu de la Turquie alors que le pays poursuit au Nord de la Syrie son opération «Bouclier de l’Euphrate»?

Ankara mène très habilement sa partie, ne renonce à aucune de ses ambitions régionales à la fois en Irak et en Syrie.

La Turquie est revenue depuis juillet dernier pleinement dans le jeu politico-militaire régional. Al-Bab, qu’elle essaie d’encercler avec l’aide de ses rebelles affiliés de l’Armée syrienne libre (ASL), est un point stratégique entre Alep et la ville de Manbij qui est elle, tenue par les Kurdes, ennemi principal du pouvoir d’Ankara et de son point de vue bien supérieur en nocivité à Daech qu’elle a longtemps soutenu. Son idée de manœuvre – qui inquiète d’ailleurs fortement Damas – pourrait être de déloger Daech d’Al-Bab pour y prendre sa place, empêchant ainsi la réunification des zones kurdes tout en continuant à nourrir la lutte des islamistes radicaux contre le régime syrien via son «proxy» ASL notamment. D’une manière générale, on peut dire qu’Ankara mène très habilement sa partie, ne renonce à aucune de ses ambitions régionales à la fois en Irak et en Syrie, jouant tout à la fois de son appartenance à l’OTAN – qui sert les Américains dans leur jeu contre la Russie et les rend conciliants -, et de sa «réconciliation» avec Moscou qu’elle monnaie contre une tolérance russe à ses avancées militaires en Syrie.

La réalité du conflit syrien donne-t-elle ainsi raison aux positions diplomatiques de Donald Trump et François Fillon?

En diplomatie, pragmatisme, réalisme et visée éthique ne sont pas contradictoires.

Pour moi, notre monde a un très urgent besoin de réalisme politique et stratégique. Il faut ouvrir, au nom même de l’apaisement de sa violence structurelle, une ère de coopération hyperpragmatique et à visée éthique (ce n’est pas contradictoire!) en abandonnant les utopies mortifères de l’idéalisme moralisateur qui ont pavé le monde de cadavres civils sacrifiés sur l’autel de notre ubris. Il faut revivifier les Nations Unies et revenir au respect de leur Charte fondatrice. La stabilité de l’ordre international dépend du respect de la souveraineté des Etats, de la non-ingérence dans leurs affaires intérieures et de l’exemplarité politique propre des démocraties occidentales, non de leur interventionnisme cynique sous des prétextes qui depuis longtemps ne convainquent plus que de grandes âmes au bellicisme refoulé qui depuis leur confortable cocon, décident de la vie ou de la mort de peuples entiers. Donald Trump est en train de s’entourer d’une équipe en matière internationale et de défense que je trouve de très bon niveau. Ses émissaires sont déjà à l’œuvre pour nouer des liens précieux. Nous aurons bientôt sans doute de bonnes surprises … et plus que nos yeux pour pleurer et faire oublier l’indigence de notre compréhension des enjeux diplomatiques et stratégiques liés à son arrivée au pouvoir. Notre docilité diplomatique envers l’Administration sortante, pourtant si mal récompensée, nous a empêchés d’accueillir l’alternance américaine comme un Etat du rang de la France aurait dû évidemment le faire: avec un respect du vote démocratique et un accueil ouvert au dialogue avec le nouveau pouvoir de Washington. Encore une fois, nous donnons des leçons, refusons la réalité d’un nouveau président qui nous déplait car il voit le monde sans lunettes roses et noires. Et nous nous enfonçons un peu plus dans la relégation diplomatique et stratégique. Sauf à mettre en œuvre très vite une complète refondation de notre politique étrangère sur une base souveraine, indépendante, réaliste, audacieuse et généreuse. Ce n’est pas un choix. C’est impératif. Il semble que le vainqueur de la primaire de la Droite et du centre en a une claire conscience. Il faut souhaiter ardemment qu’il trouve en Donald Trump tout autant qu’en Vladimir Poutine des interlocuteurs désireux de promouvoir un triple «reset» (des relations américano russe, franco-américaine et franco-russe) et de faire renaître un pôle occidental élargi, influent et attractif. Nous avons tout à y gagner.

Le conflit au Moyen-Orient vu par un colonel russe

Observations préalables de l’AFS:

Notre ami Alain Corvez, Administrateur de l’AFS, nous transmet une interview d’un Colonel Russe du renseignement opérant en Syrie. Cet avis est intéressant mais doit être mis en perspective avec les nombreux articles que nous avons publiés mettant en relief une lecture différente de la crise en Syrie.

Quelques que soient les approches et analyses géopolitiques pour chercher à comprendre ce qui se passe en Syrie depuis près de 6 ans, l’AFS ne cessera pas d’appeler à la négociation et à la paix afin que cessent les souffrances du peuple syrien.

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 Texte de l’interview dont la traduction laisse à désirer:
> Cette situation n’est pas sans rappeler EN PARTIE , celle de l’Afghanistan dans les années 70  / 80
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>  En Syrie, nous combattons pour la Russie
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> Le conflit au Moyen-Orient vu par un colonel russe du renseignement agissant en Syrie
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> Par Vladislav Chouryguine, expert militaire russe – Le 25 août 2016 – Source old.zavtra.ru<http://old.zavtra.ru/content/view/v-sirii-myi-byomsya-za-rossiyu/>
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> La cause principale de cette opposition en Syrie, si longue et si saignante, c’est en fait l’intervention en Syrie d’une internationale terroriste créée et soutenue par tout un groupe de pays, à savoir des monarchies du Golfe avec en tête l’Arabie saoudite, le principal client du soi-disant Printemps arabe, ce projet géopolitique de la dynastie des Séouds, à savoir le repartage wahhabo-salafiste du Grand Moyen-Orient réalisé depuis plus de quarante ans par les Saoudiens, leurs alliés du Qatar et la Turquie islamiste d’Erdogan qui s’y est jointe ces dernières années.
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> Après les tentatives échouées des années 1960 de rassembler l’Orient arabe et l’Afrique du Nord dans une formation géopolitique unie sous le drapeau du parti socialiste panarabe Baas, auxquelles la dynastie saoudite s’est opposée avec rage, y voyant une menace à son existence, Riyad lui-même s’est mis à l’unification du Moyen-Orient, mais sous son propre protectorat cette fois-ci.
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> Dans le cadre de ce plan, les Saoudiens ont établi, depuis le début des années 1970, des relations on ne peut plus étroites avec les États-Unis, en jouant le rôle d’alliés prodigues et généreux des Étasuniens au Moyen-Orient et prêts à les suivre partout. Deux générations de politiciens et diplomates étasuniens ont grandi grâce aux investissements et pots de vin de plusieurs milliards de dollars saoudiens. Avec leur soutien et par leurs propres actions, les Saoudiens, dans les années 1990-2000, ont d’abord affaibli et isolé, puis « nettoyé » les régimes laïques les plus puissants du Moyen-Orient, l’Irak et la Libye, et éliminé le parti Baas en tant qu’adversaire géopolitique.
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> L’étape suivante de l’expansion saoudite a commencé par le soi-disant «Printemps arabe» durant lequel des détachements et des armées entières d’extrémistes alimentés par l’argent de l’Arabie saoudite ont entrepris leur marche victorieuse à travers le Moyen-Orient en s’emparant des pays l’un après l’autre. L’Arabie saoudite et le Qatar sont les sponsors et les curateurs principaux de Daesh comme d’al-Nosra, cette fameuse al-Qaïda, ainsi que de tout un peloton de groupements terroristes de toute sorte.
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> Les États-Unis ont soutenu ce plan d’une manière on ne peut plus active, ayant cru aux promesses des Saoudiens de «modeler» cette région clé selon les intérêts étasuniens, ce qui s’inscrivait parfaitement dans le projet géopolitique des États-Unis visant à mettre sous leur contrôle total le «robinet» pétrolier principal de la planète.
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> Mais le plan des Saoudiens a très rapidement échoué. Leur progression vers un califat mondial a suscité l’opposition stricte de l’autre pôle du monde arabe, l’Iran chiite, qui a vu dans cette expansion une menace directe à son existence même. Tous les pays occupés par des forces saoudiennes ont vu apparaître des manifestations chiites, très vite transformées en opposition armée. Un autre échec du plan a eu lieu en Égypte, où les curateurs étasuniens, apeurés par une revanche brusque des islamistes, ont éliminé le groupement pro-saoudien de Morsi par l’intervention des militaires égyptiens. Ensuite le Drang nach Osten de Riyad a dérapé définitivement en Syrie, quand le gouvernement d’Assad a été soutenu par l’Iran puis par la Russie.
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> La position de Riyad a été affaiblie encore davantage par le soutien iranien des chiites en Irak qui, ayant pris le pouvoir, repoussent peu à peu Daesh de plus en plus loin dans le désert.
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> Après la levée des sanctions contre lui, l’Iran sort activement de l’isolement politique, démontrant de plus en plus clairement sa volonté de prendre part, avec détermination, au processus du repartage du Moyen-Orient et de faire valoir ses intérêts nationaux.
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> Nous sommes en présence d’une crise systémique où l’Arabie saoudite, n’ayant visiblement pas mesuré ses forces, s’est avérée incapable d’appliquer son plan géopolitique de s’emparer du Grand Moyen Orient.
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> Afin de se tirer de cette impasse, les princes saoudites essaient de transformer la guerre anti-Assad en Syrie – devenue sans perspective – en guerre de tous les sunnites contre les kouffar, les mécréants, en tentant de faire passer pour tels l’Iran et la Russie, une guerre dans laquelle les Saoudiens se réservent le rôle des défenseurs de la foi, des Saladins contemporains.
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> Sans l’Arabie saoudite, cette «matrice» du terrorisme, la guerre contre les islamistes serait depuis longtemps devenue une affaire locale des gouvernements des pays atteints. Mais le soutien financier, militaire et pratique des radicaux islamistes par les Saoudiens et les Qataris rend cette hémorragie chronique.
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> La Syrie actuelle est devenue en fait le champ de bataille global de trois projets géopolitiques, à savoir saoudo-salafiste, iranien et étasunien. Curieusement, la Russie paraît demeurer le seul pays [Protection de son ventre mou ??, NdT] qui, tout en prenant une part active au conflit, ne réalise pas ici son propre projet géopolitique, mais ne fait que défendre ses intérêts nationaux. Les intérêts de la Chine sont encore moins visibles ici [Route de la soie ??, NdT], elle observe attentivement la lutte, selon le principe chinois ancien, comme un singe observant depuis sa montagne un combat de tigres…
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> La Turquie, c’est un sujet à part. Il y a quelques années, les intérêts d’Erdogan, des Saoudiens et des Qataris dans la question syrienne ont coïncidé. À l’époque le «Printemps arabe» faisait rage. Des régimes tout-puissants tombaient les uns après les autres : la Tunisie, l’Égypte, le Yémen, la Libye… Des partis et des groupements islamistes y prenaient le pouvoir. Le tour de la Syrie était venu. Toute une concession, composée de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie, s’était formée pour son partage. Chacun des concessionnaires avait ses propres prétentions envers le gouvernement de Bachar el-Assad, avides qu’ils étaient de détacher de la Syrie des morceaux tentants tout en se renforçant par ce partage.
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> Pour le Qatar et l’Arabie saoudite le territoire de la Syrie est un corridor de transport pour des nouveaux oléoducs et gazoducs, ainsi que le contrôle de Damas, l’un des centres mystiques principaux du Moyen-Orient, dont la prise par Daesh aurait signifié une montée au niveau quasi-étatique et un affermissement définitif de son rôle de leader de la renaissance islamique. Pour les Turcs, le contrôle des provinces du nord de la Syrie et d’Alep aurait signifié une victoire stratégique dans sa guerre demi-séculaire contre les Kurdes – le mal de tête principal de la Turquie – qui se seraient trouvés dans l’isolement complet, coincés entre les Turcs et Daesh. Voilà comment la coalition irréconciliable anti-Assad est née.
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> Mais bientôt la divergence des buts entre les Saoudiens et les Turcs s’est manifestée. Les princes saoudiens bâtissent un califat wahhabite mondial qui devrait réunir tous les sunnites sous son drapeau noir, tandis que la Turquie aspire à élever son influence jusqu’au niveau d’une puissance régionale. Erdogan, tout en restant islamiste, n’est pas un fanatique religieux et ne voit guère la Turquie en tant que partie d’un califat saoudite. Son but est de moderniser la Turquie en empire indépendant Osman du XXIe siècle.
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> Tandis que pour les Saoudiens une marche arrière est impossible, Daesh étant impliqué dans la guerre implacable contre le monde entier et des centaines de milliards de dollars de l’Arabie saoudite et du Qatar y étant déjà investis, pour Erdogan tout semble encore possible. 
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> Pendant deux années la Turquie a essayé de manœuvrer entre les centres de force mondiaux, en cherchant l’appui tantôt auprès des États-Unis, tantôt auprès de l’Allemagne, tantôt auprès de la Russie. Pourtant les Étasuniens, comme les Européens, n’ont pas manifesté d’intérêt à rapprocher  la Turquie, tout en la laissant dans l’antichambre de l’UE à laquelle la Turquie aspirait tant à adhérer. 
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> Les partenaires d’hier dans la coalition anti-Assad, mécontents de l’incohérence d’Erdogan, ont frappé ostensiblement l’aéroport d’Istanbul, ce qui était une « marque noire » adressée à Erdogan pour lui faire comprendre qu’il pourrait bien emboîter le pas à Hussein, Kadhafi et Assad et, après eux, être déclaré hors la loi s’il continuait à mener sa politique ambiguë, et pour démontrer leur empressement à étendre le djihad au territoire turc. En même temps un putsch militaire a été provoqué à Ankara et à Istanbul, visant au renversement d’Erdogan et au rétablissement du modèle «traditionnel» de gestion de la Turquie, à savoir du régime laïque sous le protectorat de l’armée. Il est évident que les Étasuniens possédant des possibilités énormes de renseignement dans cette région clé ne pouvaient pas ignorer un putsch en préparation et peut-être se trouvaient derrière ses organisateurs, si l’on considère les liens solides entre l’administration militaire turque et les états-majors américains. Néanmoins ils n’ont pas prévenu Erdogan du putsch en préparation et de ce fait se sont solidarisés avec les rebelles à ses yeux.
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> Dans cette situation Erdogan a décidé de rétablir manifestement ses relations avec la Russie, malgré le fait de les avoir rompues définitivement il y a un an en abattant le bombardier russe. Cette volte-face de la Turquie ne peut pas ne pas susciter une inquiétude extrême chez les Étasuniens, qui comprennent très bien que le rapprochement éventuel entre la Russie et la Turquie deviendra la menace la plus sérieuse à leurs plans géopolitiques pour cette région. Il est évident que les Étasuniens cherchent fébrilement des moyens d’y faire obstacle, mais ils n’ont pas de possibilités réelles. En tout cas, l’administration d’Obama ne les a pas. Il ne leur reste qu’une mesure extrême, celle de l’élimination physique d’Erdogan. Mais après le putsch récent ce serait très difficile…
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> Évidemment la Syrie est devenue une véritable écharde qui attire vers elle tout le pus du radicalisme islamiste. Qui n’a-t-on pas rencontré ici ? Il y a des Arabes, des Afghans, des Malaysiens, des Ouzbeks, des Kirghizes, des Ouïgours, des Caucasiens de Russie, des Africains, des Turcs, des Pakistanais, des Étasuniens, des Européens. Quels passeports n’a-t-on pas cueilli sur les cadavres ? On peut en faire toute une collection de tous continents, sauf peut-être l’Antarctique. Toute la basse pègre mondiale afflue ici comme dans une warzone où il est permis de tout faire : tuer, piller, violer, torturer, martyriser, exécuter par des procédés les plus sadiques. Et les soi-disant «combattants» se pervertissent en leurs fantaisies sanglantes : des décapitations, des incinérations, des immersions, des démembrements collectifs. Ils organisent des vrais spectacles de la mort, aux rituels et à la mise en scène minutieusement réfléchis. Cette cruauté devrait, selon eux, priver leurs adversaires de toute volonté de résistance, les démoraliser et les paralyser.
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> Il faut dire que les chefs des radicaux, connaissant bien la valeur de leur matériel humain, ne se gênent guère avec lui. La mort est la seule punition admise ici. On tue pour tout. Le degré de punition ne diffère que par le procédé du meurtre. Pour la lâcheté, pour «l’espionnage» (c’est le «complexe» principal des soldats de l’Islam, le soupçon permanent de tous d’espionnage et de trahison), pour la non-exécution d’un ordre, pour des erreurs et des échecs. De sorte qu’une fois la frontière syrienne traversée, le combattant est poussé en avant par les transes de la mort, qu’il noie dans une atrocité envers tout ce qui n’est pas partisan de l’islamisme. Ce sont de vrais zombies ! Et il est impossible de comprendre s’ils sont mûs par leur foi fanatique ou par leur peur de recevoir la mort de la main de leurs confrères.
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> C’est pourquoi il est si facile d’enrôler ici des chahîds suicidaires. Maintes fois nous les avons capturés vifs, donc nous sommes au courant du mécanisme de cet enrôlement. C’est qu’en fait il n’existe pas ! On prend simplement des combattants ordinaires, pour la plupart des recrues jeunes et sans l’instruction nécessaire, et on leur annonce une volonté suprême, à savoir accepter le destin du chahîd. Si tu n’acceptes pas, une mort douloureuse dans une mise en scène sanglante de plus t’attend en tant que poltron et traître. Tout le monde est au courant de tels spectacles, car des exécutions publiques sont effectuées régulièrement dans des localités plus ou moins peuplées, occupées par des islamistes, dans le but d’effrayer les leurs et de maintenir la population locale dans une soumission servile. Donc la recrue peut choisir entre l’éparpillement instantané dans l’explosion ou les tortures suivies d’une longue mise à mort. D’habitude on choisit la première solution. 
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> Ensuite on se met à préparer le chahîd : des prédicateurs spéciaux l’imbibent pendant des semaines de récits sur l’exploit suicidaire pour la foi ; on le nourrit bien ; on lui amène des femmes, pour la plupart des esclaves captives, tout en lui promettant davantage de vierges dans les cieux ; on lui fournit souvent de la drogue, pas du tout interdite pour un vrai chahîd. De sorte qu’à la veille d’une attaque on a à sa disposition tout un détachement de chahîds tenus, jusqu’à leur «utilisation», séparément d’autres combattants, en fait en situation de prisonniers sous la garde de bandits expérimentés. Juste avant le combat, on leur annonce que leurs proches recevront une aide généreuse s’ils accomplissent leur devoir, ou qu’ils seront tués s’ils flanchent. Ensuite on les met au volant d’un camion bourré d’explosifs, aux leviers d’une BMP pleine d’obus ou bien on leur met une ceinture de chahîd – et en avant ! Allahou akbar ! Ces attaques de kamikazes sont le know how militaire principal des islamistes.
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> La plus grande illusion des philistins éloignés du sujet, c’est que toute la Syrie serait divisée sur le principe religieux. Selon eux, tous les sunnites seraient pour les islamistes, tandis que les chrétiens, les alaouites, les Kurdes et les chiites seraient pour le Damas officiel. 
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> Et que nous soutiendrions ceux qui sont en minorité. Un délire d’ignorant ! Les 90 % de la population de la Syrie actuelle sont tout simplement pris de peur tripale pour leur existence même et haïssent ceux qui ont fait dérailler leur vie paisible d’autrefois. Il suffit de visiter une seule fois un village sunnite libéré des islamistes pour voir des larmes aux yeux des gens que l’on vient de tirer littéralement de l’enfer. Il faut voir avec quel bonheur ils rasent leurs barbes détestées et se changent pour mettre un costume civil ordinaire, comment ils se redressent au sens propre du mot et comment ils reviennent à eux après le cauchemar.
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> Peut-on vaincre en Syrie ? C’est une question épineuse.
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> Si une telle tâche était fixée à l’armée russe, je crois qu’elle serait résolue en deux mois environ. 
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> Tandis qu’au plan tactique les combattants sont persévérants et fermes, combattent à mort pour chaque mètre, aux plans opérationnel et stratégique leurs actions ne sont qu’un ensemble de coups locaux, avec un manque total d’armements modernes. Les combattants ont des commandants expérimentés, capables de planifier et de porter des frappes imprévues, ils ont de bons éclaireurs, mais pour une résistance sérieuse, ils n’ont pas de moyens.
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> Le fait est que l’armée russe ne mène pas de guerre ici. Nous n’effectuons qu’un soutien aérien de l’armée syrienne et des milices populaires. Et ça, c’est un niveau tout à fait différent d’une participation militaire.
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> L’armée syrienne actuelle, c’est une équipe de sapeurs-pompiers qui se jette de tous côtés pour parer des attaques de terroristes. Elle n’a pas de forces pour agir d’un coup et partout. Les trois ans de guerre ont épuisé dramatiquement ses ressources humaines. C’est pourquoi ces ressources sont de plus en plus compensées par l’aide de chiites iraniens et libanais…
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> À part cela, comme j’ai déjà dit, il sera très difficile de mettre fin à la guerre sans avoir résolu le problème du sponsor principal des terroristes, l’Arabie saoudite. Si à chaque attaque des terroristes nous répondions par la destruction d’un palais de princes saoudiens au moyen des bombes et des missiles, la guerre finirait très vite. Mais ils se sentent en sûreté sous le protectorat étasunien de longue date. Et personne ne se décide à les accuser directement d’avoir déchaîné la grande guerre du Moyen-Orient.
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> Aujourd’hui nous visons à scinder la coalition anti-Assad en certains islamistes modérés prêts à dialoguer avec le pouvoir et en irréconciliables également inacceptables pour tous : pour les Étasuniens, pour les Iraniens et pour nous-mêmes. 
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> Ce processus est en progression, mais très lent et patinant affreusement. En premier lieu, c’est conditionné par la conduite des Étasuniens qui, menant soi-disant la guerre contre Daesh, ne font plutôt que la simuler tout en se concentrant sur une autre tâche, à savoir le renforcement et le soutien des islamistes modérés de toute sorte qui mènent la guerre contre Assad. En fait les Étasuniens sont occupés à repousser la Russie d’ici, et pas à vaincre Daesh. 
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> Il suffit de regarder les statistiques de leurs frappes aériennes sur les terroristes en Syrie et les comparer à celles en Irak durant la guerre du Golfe ou à celles en Libye, sur les troupes fidèles à Kadhafi.
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> Avec cela la communauté internationale ne prête pas attention, pour des raisons inconnues, au fait que les États-Unis, à l’égal de Daesh, prennent part à l’occupation de la Syrie, ayant déployé ses détachements dans les régions nord-ouest du pays sans aucun consentement du Damas officiel.
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> Peut-être quelque chose changera-t-il après les élections aux États-Unis, au cas où les Républicains, avec leur aversion prononcée pour le radicalisme islamiste, l’emportent. Mais c’est une question du futur éloigné.
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> C’est pourquoi nous menons ici des opérations sans nous imposer la tâche de vaincre. Aujourd’hui nous exterminons méthodiquement la lie radicale islamiste internationale afin de ne pas lui permettre de se précipiter vers nos frontières, sur notre terre – l’intention que les leaders des islamistes ne dissimulent guère. Et ceux de nous qui disent aujourd’hui que nous n’avons rien à faire en Syrie et que Daesh ne nous menace aucunement, soit biaisent, soit ignorent les faits. Il y a quatre ans, les leaders des radicaux ont déclaré nettement que leur but suivant après la Syrie, c’est l’Asie centrale, le Caucase et les régions islamiques de Russie. Et nous n’avons pas à négliger ces menaces.
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> En Syrie nous combattons pour la Russie !
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> Traduit par Roman Garev, relu par Catherine pour le Saker francophone
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