Négociations d’ASTANA sur la Syrie

Syrie : La Turquie, acteur clé des négociations

Interview

27 janvier 2017

Le point de vue de Didier Billion

Quels enseignements tirer de la conférence d’Astana entre la délégation syrienne et celle de l’opposition ?

Indépendamment des faibles résultats obtenus, le fait qu’une réunion entre le régime syrien et une partie des groupes rebelles ait pu se tenir constitue tout d’abord une première victoire. La reprise des quartiers orientaux d’Alep, à la fin du mois de décembre, marquant l’avancée du régime syrien et de ses alliés, a indéniablement créé un électrochoc, notamment dans les rangs des rebelles. Elle a, de ce fait, rendu nécessaire et possible la réunion au sein de la capitale du Kazakhstan.

Les trois parrains des négociations étaient bien sûr présents à Astana : la Russie, la Turquie et dans une apparente moindre mesure, l’Iran, même si sa délégation a été politiquement très active. En ce qui concerne l’opposition, une délégation représentant les principales factions rebelles était présente avec la participation de 13 chefs militaires à l’exception, bien sûr, des groupes qualifiés de terroristes. Ces derniers n’étaient pas conviés à ce début de processus de négociations, auxquelles ils s’opposent en outre par principe.

Cela étant posé, on peut constater que certains groupes rebelles présents à la table des négociations étaient qualifiés de terroristes par Moscou il y a quelques semaines encore. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, ce qui indique la volonté de la Russie de parvenir assez rapidement à des avancées.

Si les résultats de ces pourparlers restent ténus, ils ne constituent qu’une première étape avant un deuxième rendez-vous qui se tiendra à Genève le 8 février prochain, dans le cadre de l’ONU cette fois. A Astana, les accords trouvés concernent avant tout la confirmation de la volonté que le cessez-le-feu initié le 30 décembre soit appliqué. Cette décision ne signifie certes pas que tous les combats seront stoppés, mais un processus s’engage. Une deuxième décision importante concerne l’aide humanitaire. Des efforts seront mis en œuvre pour la faire parvenir dans les zones et villes encore assiégées par les forces du régime, la majorité, ou par des groupes rebelles.

Si la mise en place de ces décisions sera compliquée, elle traduit la volonté d’aller de l’avant malgré les nombreux obstacles, d’autant que le cadre de la déclaration commune fait explicitement référence à la résolution 2254 adoptée à l’unanimité du Conseil de sécurité de l’ONU, le 18 décembre 2015.

Certes, elle ne constitue qu’une première étape, et l’une des difficultés réside dans l’interprétation de ce compromis. Pour mémoire, outre la mise en œuvre d’un cessez-le-feu, la résolution prévoit qu’au terme de six mois de pourparlers, le processus doit établir « une gouvernance crédible, inclusive et non-confessionnelle » veillant à la préservation des institutions étatiques et qui aura la tâche de rédiger une nouvelle Constitution. Des élections libres devront ensuite être organisées dans les dix-huit mois sous la supervision de l’ONU.

La Turquie fait partie, avec la Russie et l’Iran, des « parrains » de la négociation. Quel est son rôle dans les pourparlers ? Quels intérêts défend-t-elle ?

La Turquie se trouve dans un partenariat quelque peu asymétrique avec la Russie et l’Iran. Ces deux derniers ont en effet toujours maintenu des positions en faveur du régime syrien. La Turquie, en revanche, a soutenu la rébellion mais a opéré un changement considérable en ne faisant plus du départ de Bachar al-Assad un préalable aux négociations. Ce changement de position lui a permis de se remettre au centre du jeu diplomatique.

Si la Russie, au vu de son long engagement militaire aux côtés de Bachar al-Assad, dispose de meilleurs atouts dans la négociation, pour en initier, contrôler et animer le contenu et l’agenda, la Turquie est néanmoins un acteur indispensable. Les Turcs ont, en effet, d’étroits contacts avec de multiples groupes rebelles présents. Plusieurs d’entre eux se sont réunis, quelques jours avant la conférence d’Astana, à Ankara, avec les services de renseignements turcs. La réunion visait, en quelque sorte, à préparer ce rendez-vous décisif. Désormais, la Turquie raisonne politiquement. Si elle s’est un temps bercée de l’illusion d’une solution militaire à la crise syrienne, ce n’est plus la ligne qu’elle développe depuis le début de l’été 2016.

Les parrains partagent au moins l’idée qu’une solution politique doit être trouvée. Sur ce point, la Turquie est un acteur incontournable : sans son accord, aucune avancée significative ne peut être réalisée sur ce dossier.

La Russie et la Turquie ont longtemps eu des positions antagoniques sur le conflit syrien, l’un soutenant Bachar al-Assad, l’autre la rébellion. Quelles stratégies se cachent derrière ce rapprochement qui a surpris plus d’un observateur ?

La position obstinément défendue par la Turquie durant cinq ans à propos du conflit syrien, a contribué à l’isoler sur la scène internationale. Sa persistance à exiger le départ de Bachar al-Assad comme préalable à toute hypothétique solution politique, lui a fait perdre en crédibilité. Et ce, alors que de nombreux pays qui avaient une position similaire, comme la France, ont progressivement modifié leur approche du dossier. Pour sortir de l’isolement diplomatique, la Turquie a été contrainte de réévaluer ses positions en cessant d’exiger un départ immédiat du président syrien.

En outre, à la frontière turco-syrienne, le groupe séparatiste kurde de Syrie, le Parti de l’union démocratique (PYD), a opéré une avancée significative au cours des derniers mois. Le PYD est une franchise du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et, à l’instar de ce dernier, il est considéré comme une organisation terroriste par Ankara. Or, nous savons que la question kurde reste un paramètre essentiel, voire existentiel, pour la Turquie. Elle considère qu’un accord politique sur le dossier syrien lui permettrait de contrôler la zone kurde de Syrie, et d’éviter son expansion. Les Kurdes de Syrie gèrent en effet, de facto, deux importantes portions du territoire syrien, néanmoins séparées par une zone qui leur échappe encore. Ils aspirent à conquérir cette dernière pour réaliser une jonction entre les deux territoires. Les autorités turques veulent à tout prix les en empêcher car cela signifierait alors qu’une très large partie de sa frontière avec la Syrie passerait sous contrôle d’une entité qu’elle considère comme terroriste.

Enfin, si la Turquie a longtemps manifesté une certaine forme de complaisance à l’égard des djihadistes, on peut considérer qu’elle est désormais engagée dans une lutte implacable contre les groupes affiliés à Daech, levant ainsi toute ambiguïté sur le sujet. Cette évolution lui a permis d’acquérir un rôle important dans les pourparlers.

Bilan de la conférence d’Astana du 24 janvier 2017

Bilan de la conférence d’Astana : une «première réussite» en vue d’une paix future en Syrie

Bilan de la conférence d'Astana : une «première réussite» en vue d'une paix future en SyrieSource: Reuters
La conférence d’Astana a permis de rassembler des parties qui s’étaient montrées jusqu’ici plus que réticentes à se rencontrer

L’opposition et le gouvernement syriens se sont enfin rencontrés sous le parrainage de la Russie, l’Iran et la Turquie. Outre la garantie du cessez-le-feu, la rencontre a ouvert la voie aux négociations qui auront lieu à Genève en février prochain.

La conférence d’Astana, réunissant le gouvernement syrien et les groupes d’opposition, sous le parrainage de la Turquie, la Russie et l’Iran, a pris fin ce mardi 24 janvier. Les trois pays l’ont qualifié de «succès» après avoir publié une déclaration commune par laquelle ils ont annoncé être parvenus à un accord pour «soutenir le cessez-le-feu en Syrie» et ainsi «ouvrir la voie aux discussions de Genève» qui auront lieu le 8 février prochain. «Il n’y a aucune solution militaire au conflit syrien, car celui-ci ne peut être résolu qu’à travers un processus politique», ont-ils ajouté.


Moscou, Téhéran et Ankara ont salué la volonté de ces derniers de «prendre part à la prochaine étape» des négociations à Genève. Afin de garantir la trêve, un mécanisme trilatéral sera mis en place dès le mois de février. Les groupes d’opposition armés seront d’ailleurs «invités à y jouer un rôle».

Le gouvernement syrien et l’opposition armée pour la première fois à la même table

C’était la toute première fois, depuis le début du conflit syrien, que l’opposition armée et le gouvernement se retrouvaient autour d’une même table d’une éventuelle sortie de crise en Syrie, sous le parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran. L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a salué «un événement comme il n’y en avait jamais eu jusque là», à l’occasion duquel «les représentants des groupes armés et le gouvernement syrien ont pu se parler». «Cela exigeait un vrai courage politique de s’asseoir dans la même pièce et d’écouter leurs demandes respectives», a-t-il souligné.

Cette rencontre exigeait un vrai courage politique

En effet, du côté de l’opposition armée, la tension était plus que palpable. «Notre délégation est venue du front pour obtenir quelque chose, sinon nous avons toujours entre nos mains les armes» avait prévenu Oussama Abou Zeid, un de leurs représentants, le lundi 23 au soir. Les groupes d’opposition ont également à plusieurs reprises accusé l’Iran de continuer les combats ou la Turquie d’être trop faible négociatrice et de ne pas soutenir leur voix.

Une «réussite» qui augure bien de la suite des négociations à Genève

Le chef de la délégation russe à Astana, Alexandre Lavrentiev, s’est félicité que les groupes d’opposition armés syriens aient compris que «Moscou n’est pas un ennemi». Tout d’abord «réticents» à travailler avec les Russes, ceux-ci se sont montrés «finalement plus ouverts», selon lui. La délégation russe a même annoncé avoir proposé un projet de constitution pour la Syrie aux représentants des groupes d’opposition armés afin d’«accélérer la résolution du conflit». Selon Moscou, ces derniers se seraient montrés «coopératifs» et prêts à participer aux négociations futures.

 S’il a admis qu’un «un compromis sur la question constitutionnelle n’a pas encore été atteint», Alexandre Lavrentiev a néanmoins souligné que «le nombre croissant de points de contact entre les forces gouvernementales et l’opposition sur le terrain» allaient permettre d’améliorer la situation humanitaire. Mais elle sera également «un élément crucial pour instaurer de la confiance à l’avenir», et permettre ainsi «de construire la paix».

Les contacts croissants entre forces gouvernementales et d’opposition permettent de restaurer la confiance

Washington, qui a fait preuve ces derniers mois d’un désengagement progressif dans le règlement du conflit syrien, a «salué ces actions visant à réduire les violences et les souffrances en Syrie», appelant à créer un «environnement plus propice à des discussions politiques inter-syriennes». De même, la Grande-Bretagne, qui ne prenait pas part aux pourparlers, a apprécié l’initiative. «Nous saluons tout processus à Astana qui pourrait mettre fin aux violences, améliorer l’accès humanitaire et nous faire revenir aux négociations de Genève sur la transition [politique] en Syrie», a écrit sur Twitter le représentant britannique pour la Syrie Gareth Bailey.

 Si la déclaration conjointe de Moscou, Téhéran et Ankara évoque une «première vraie réussite», elle précise néanmoins que l’essentiel restait à venir. «Il y aura des spéculations sur le fait que Astana est considéré comme un substitut du processus de Genève. Ce n’est pas vrai – Astana est complémentaire de Genève», a expliqué Alexandre Lavrentiev. Tenues sous l’égide de l’ONU, les discussions qui auront lieu à Genève devront, entre autres, régler d’épineuses questions, comme celles des prisonniers ou de la transition politique.
Bilan de la conférence d'Astana : une «première réussite» en vue d'une paix future en SyrieSource: Reuters
La conférence d’Astana a permis de rassembler des parties qui s’étaient montrées jusqu’ici plus que réticentes à se rencontrer

L’opposition et le gouvernement syriens se sont enfin rencontrés sous le parrainage de la Russie, l’Iran et la Turquie. Outre la garantie du cessez-le-feu, la rencontre a ouvert la voie aux négociations qui auront lieu à Genève en février prochain.

La conférence d’Astana, réunissant le gouvernement syrien et les groupes d’opposition, sous le parrainage de la Turquie, la Russie et l’Iran, a pris fin ce mardi 24 janvier. Les trois pays l’ont qualifié de «succès» après avoir publié une déclaration commune par laquelle ils ont annoncé être parvenus à un accord pour «soutenir le cessez-le-feu en Syrie» et ainsi «ouvrir la voie aux discussions de Genève» qui auront lieu le 8 février prochain. «Il n’y a aucune solution militaire au conflit syrien, car celui-ci ne peut être résolu qu’à travers un processus politique», ont-ils ajouté.

Affirmant leur volonté de distinguer les organisations terroristes des «groupes d’opposition armés», Moscou, Téhéran et Ankara ont salué la volonté de ces derniers de «prendre part à la prochaine étape» des négociations à Genève. Afin de garantir la trêve, un mécanisme trilatéral sera mis en place dès le mois de février. Les groupes d’opposition armés seront d’ailleurs «invités à y jouer un rôle».

Le gouvernement syrien et l’opposition armée pour la première fois à la même table

C’était la toute première fois, depuis le début du conflit syrien, que l’opposition armée et le gouvernement se retrouvaient autour d’une même table d’une éventuelle sortie de crise en Syrie, sous le parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran. L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a salué «un événement comme il n’y en avait jamais eu jusque là», à l’occasion duquel «les représentants des groupes armés et le gouvernement syrien ont pu se parler». «Cela exigeait un vrai courage politique de s’asseoir dans la même pièce et d’écouter leurs demandes respectives», a-t-il souligné.

Cette rencontre exigeait un vrai courage politique

En effet, du côté de l’opposition armée, la tension était plus que palpable. «Notre délégation est venue du front pour obtenir quelque chose, sinon nous avons toujours entre nos mains les armes» avait prévenu Oussama Abou Zeid, un de leurs représentants, le lundi 23 au soir. Les groupes d’opposition ont également à plusieurs reprises accusé l’Iran de continuer les combats ou la Turquie d’être trop faible négociatrice et de ne pas soutenir leur voix.

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La délégation du gouvernement syrien n’était pas non plus en parfaite confiance lors de l’ouverture des discussions. L’ambassadeur syrien à l’ONU, Bachar Jaafari, avait déclaré, un peu plus tôt, qu’il était «extrêmement douloureux» pour la délégation de Damas de faire face aux groupes qui «ont commis des actes terroristes». Il a néanmoins concédé que «la politique requiert parfois d’avoir affaire à ses ennemis pour sauver son pays». Il a finalement qualifié la rencontre de «succès». «Finalement, nous avons atteint un consensus auquel chacun a souscrit», s’est-il réjoui.

Une «réussite» qui augure bien de la suite des négociations à Genève

Le chef de la délégation russe à Astana, Alexandre Lavrentiev, s’est félicité que les groupes d’opposition armés syriens aient compris que «Moscou n’est pas un ennemi». Tout d’abord «réticents» à travailler avec les Russes, ceux-ci se sont montrés «finalement plus ouverts», selon lui. La délégation russe a même annoncé avoir proposé un projet de constitution pour la Syrie aux représentants des groupes d’opposition armés afin d’«accélérer la résolution du conflit». Selon Moscou, ces derniers se seraient montrés «coopératifs» et prêts à participer aux négociations futures.

S’il a admis qu’un «un compromis sur la question constitutionnelle n’a pas encore été atteint», Alexandre Lavrentiev a néanmoins souligné que «le nombre croissant de points de contact entre les forces gouvernementales et l’opposition sur le terrain» allaient permettre d’améliorer la situation humanitaire. Mais elle sera également «un élément crucial pour instaurer de la confiance à l’avenir», et permettre ainsi «de construire la paix».

Les contacts croissants entre forces gouvernementales et d’opposition permettent de restaurer la confiance

Washington, qui a fait preuve ces derniers mois d’un désengagement progressif dans le règlement du conflit syrien, a «salué ces actions visant à réduire les violences et les souffrances en Syrie», appelant à créer un «environnement plus propice à des discussions politiques inter-syriennes». De même, la Grande-Bretagne, qui ne prenait pas part aux pourparlers, a apprécié l’initiative. «Nous saluons tout processus à Astana qui pourrait mettre fin aux violences, améliorer l’accès humanitaire et nous faire revenir aux négociations de Genève sur la transition [politique] en Syrie», a écrit sur Twitter le représentant britannique pour la Syrie Gareth Bailey.

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Le régime syrien approuve l’accord conclu entre les Etats-Unis et la Russie

DIPLOMATIE

Le régime syrien approuve l’accord conclu entre les Etats-Unis et la Russie

Par LIBERATION, avec AFP (mis à jour le )
Le secrétaire d'Etat américain John Kerry (g) et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, se serrent la main à l'issue d'une conférence de presse sur le conflit syrien, le 9 septembre 2016 à Genève
Le secrétaire d’Etat américain John Kerry (g) et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, se serrent la main à l’issue d’une conférence de presse sur le conflit syrien, le 9 septembre 2016 à Genève Photo FABRICE COFFRINI. AFP

Le plan visant à instaurer une trêve dans ce pays déchiré par cinq ans de guerre pourrait déboucher sur une coopération militaire contre les rebelles jihadistes.

Le gouvernement de Damas a approuvé ce samedi l’accord de trêve russo-américain qui doit entrer en vigueur lundi entre régime et rebelles, a rapporté l’agence officielle Sana. «Le gouvernement syrien a approuvé l’accord russo-américain (…) dont l’un des objectifs est de parvenir à une solution politique à la crise en Syrie», a indiqué l’agence, précisant qu’il «y aura une cessation des hostilités dans la ville d’Alep pour des raisons humanitaires».

Russes et Américains, qui soutiennent des camps adverses dans la guerre en Syrie, ont convenu vendredi soir d’un plan visant à instaurer une trêve dans ce pays déchiré par cinq ans de guerre. Au terme d’une journée marathon à Genève vendredi, le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov ont fixé le début de la trêve à lundi matin. Elle coïncidera avec le début de l’Aïd el-Adha, la fête musulmane du sacrifice.

«Les Etats-Unis et la Russie annoncent un plan qui, nous l’espérons, permettra de réduire la violence» et d’ouvrir la voie «à une paix négociée et à une transition politique en Syrie», a déclaré John Kerry, flanqué de Sergueï Lavrov, selon lequel Moscou «a mis au courant le gouvernement syrien de cet accord et il est prêt à le respecter».

Relance d’un plan déjà adopté fin 2015

L’accord prouve que Russes et Américains ont pu trouver un terrain d’entente malgré de profonds différends dans leur approche du conflit qui a provoqué la mort de plus de 290 000 personnes et la fuite de millions d’autres depuis mars 2011. Moscou est un allié du régime du président syrien Bachar al-Assad, Washington soutient les rebelles modérés.

Les deux puissances cherchent à relancer un plan de paix adopté fin 2015 par la communauté internationale et qui comprend un cessez-le-feu durable, une aide humanitaire importante et un processus de transition politique entre le régime syrien et l’opposition modérée.

Or, a détaillé Sergueï Lavrov, le plan russo-américain annoncé vendredi«permet de mettre en place une coordination efficace pour lutter contre le terrorisme, avant tout à Alep, et permet de renforcer le cessez-le-feu. Tout cela crée les conditions pour un retour au processus politique». Alep, la grande ville du nord, connaît une situation humanitaire effroyable. Les quartiers Est de la ville et principal front du conflit, contrôlés par les rebelles, sont assiégés pour la deuxième fois en deux mois.

La France juge «crucial» que l’accord soit respecté

S’il a salué l’accord, Staffan de Mistura, l’envoyé spécial de l’ONU, a dit«attendre de toutes les parties qu’elles facilitent les efforts des Nations unies visant à livrer de l’aide humanitaire aux populations qui en ont besoin, y compris celles qui vivent dans les zones assiégées». «Les Nations unies espèrent que la volonté politique qui a mené à cet accord est durable», a-t-il ajouté.

L’opposition syrienne a également salué, par la voix de Bassma Kodmani, membre du Haut comité des négociations (HCN), l’accord «s’il venait à être appliqué». Elle espère qu’il marquera «le début de la fin du supplice des civils».

La France, elle, juge «crucial que cet accord soit pleinement mis en œuvre et respecté, en particulier par le régime et ses soutiens», selon un communiqué du ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault.«Les bombardements aériens et les attaques contre les civils doivent cesser, l’accès humanitaire doit être assuré au bénéfice de toutes les populations assiégées et le martyre d’Alep doit cesser», y lit-on.

Vers une collaboration militaire

Un autre volet, militaire celui-ci, est également compris dans l’accord russo-américain. Si la trêve dure «une semaine», les forces américaines accepteront de collaborer en Syrie avec l’armée russe, a expliqué John Kerry, une coopération réclamée de longue date par Moscou et sur laquelle les deux pays travaillent depuis des mois.

«Les Etats-Unis acceptent de faire un pas supplémentaire car nous pensons que la Russie et mon collègue (Sergueï Lavrov, ndlr) ont la capacité de faire pression sur le régime Assad pour mettre fin à ce conflit et venir à la table des négociations», a-t-il dit. Sergueï Lavrov a toutefois reconnu qu’il n’était pas en mesure de garantir «à 100%» la réussite de ce nouveau plan.

En pratique, outre la lutte contre l’organisation Etat islamique (EI), les deux parties sont convenues de renforcer leur action contre toutes les forces jihadistes, notamment le Front Fateh al-Cham, l’ex-Front al-Nosra lié à al-Qaïda. La coopération passera en particulier, si la trêve tient, par un partage d’informations pour des frappes aériennes, ce à quoi Washington s’était jusqu’à présent refusé.

Sergueï Lavrov a annoncé la création d’un «centre conjoint» russo-américain destiné à coordonner ces frappes, «dans lequel des militaires et des représentants des services secrets russes et américains s’occuperont des questions pratiques: distinguer les terroristes de l’opposition modérée».

Mais, dans un communiqué, le Pentagone a souligné que les engagements inscrits dans l’accord «doivent être totalement respectés avant toute coopération militaire potentielle».

LIBERATION avec AFP