« Tempête sur le Grand Moyen-Orient » Par Michel Raimbaud

Recension du livre de Michel Raimbaud par Didier Destremau, Administrateur de l’AFS en charge des Relations Extérieures.

Michel Raimbaud, ancien ambassadeur de France en Mauritanie, au Soudan, et au Zimbabwe, a publié un ouvrage intitulé « Tempête sur le Grand Moyen-Orient». Il en explique ainsi la teneur : « En raison de sa position stratégique aux confins de l’Eurasie, autant que par sa richesse en gaz et pétrole,
cette immense « ceinture verte» islamique détient un potentiel de puissance considérable et constitue un enjeu majeur. De son devenir, mis en question par la tempête actuelle, dépend en bonne partie la physionomie de notre monde de demain.»

Quant au titre, il dit qu’il a intitulé son livre « Tempête sur le Grand Moyen-Orient » parce que cela ne concerne pas seulement le Moyen-Orient géographique mais il s’agit du Grand Moyen-Orient au sens donné par les néoconservateurs américains. Pour eux, affirme-t-il, le Grand Moyen-Orient est extensible au gré des pulsions américaines, parce que ce sont les Américains qui l’ont modelé pour lui donner l’extension qu’il a maintenant.»

Ces affirmations quelque peu péremptoires donnent d’emblée le ton de l’ouvrage, plaidoyer à charge contre Washington qui aurait fabriqué des révolutions clés en main, les Printemps arabes, tous synonymes de mort, de destruction et de chaos. Pour M Raimbaud, le début de cet imbroglio ne date pas de 2011, avec la Tunisie, mais de 1991, avec la chute de l’Union Soviétique. La question n’est pas le regard que l’on porte sur le bilan de l’Union Soviétique au plan national ou plan international, mais sur le fait, selon lui incontestable que ce grand bouleversement géopolitique fait passer la planète d’un monde bipolaire, celui de la Guerre froide, à un monde unipolaire, celui de l’Ouest. C’est donc l’Occident qui va prétendre incarner la communauté internationale à lui seul alors que les autres pays, les anciens pays communistes, les non-alignés, les pays du Sud étant priés finalement de se soumettre ou de se démettre. S’ils se rebellent, ils sont qualifiés d’États voyous ou d’États parias !

Beaucoup de sang musulman a coulé depuis la machiavélique mise en scène du 11 septembre 2001, date choisie pour favoriser l’érection d’un Nouvel ordre international, le Grand Moyen-Orient qui, extensible au gré des pulsions américaines, s’étend désormais de l’Atlantique à l’Indonésie.

Après avoir évoqué les raisons objectives de l’effilochement de l’URSS et les inconséquences de Saddam Hussein lors de son invasion du Koweït, (du reste encouragé par les Américains…) M Raimbaud souligne que Al Qaïda a été créée par les USA, les Saoudiens et les Pakistanais pour lutter contre les Soviétiques en Afghanistan. Certes, il n’y a jamais eu de collaboration entre Al Qaîda et Saddam Hussein, et cette proclamation de GW Bush fut une escroquerie par laquelle tout commence. C’est ensuite, le démantèlement de la Yougoslavie pour réduire la zone d’influence russe, puis le Soudan, harcelé pour obtenir sa partition 15 ans plus tard, et la Somalie qui se retrouve divisée en trois ou quatre États. La troisième guerre du Golfe aboutira au démantèlement de l’Irak que suit, logiquement, l’offensive contre la Syrie présentée comme un État dangereux.

C’est donc après les attentats de 2001 que George Bush aurait mis en œuvre sa doctrine du Grand Moyen-Orient auquel il faut imposer la démocratie par la force. Washington annonce clairement la couleur, avec une liste de pays à déconstruire afin de les mettre hors d’état de nuire aux intérêts américains.

On le constate, M Raimbaud n’y va pas de main morte qui, destine son livre à tous ceux qui s’intéressent aux peuples arabes et/ou musulmans, à leur histoire et leur avenir. On peut ne pas partager son interprétation des événements, mais on doit admettre que, visant le public des personnes désireuses de comprendre les événements actuels et de démystifier ce vieux monde où l’on sème si facilement la mort et la destruction au nom du Bien, si ce n’est au nom de Dieu, il se montre assez convaincant.

La bataille d’Alep ou la déroute de la diplomatie occidentale en Syrie

Nous publions un article de notre amie Caroline Galactéros Administrateur de l’AFS qui exprime son opinion personnelle sur les conséquences de la reprise d’ALEP-Est aux insurgés. Afin de respecter un équilibre dans les différentes opinions nous nous efforcerons comme nous le faisons depuis le début du conflit, de publier d’autres articles comportant une vision et une analyse différente des évènements et de la redistribution des cartes qui est en train de s’opérer.

FIGAROVOX – La bataille d’Alep ou la déroute de la diplomatie occidentale en Syrie

Publié le par Caroline Galactéros

Des soldats syriens à Alep. - Crédits photo : GEORGE OURFALIAN/AFP

Des soldats syriens à Alep. – Crédits photo : GEORGE OURFALIAN/AFP

FIGAROVOX/ENTRETIEN – L’Armée syrienne a repris plus de 70% d’Alep-Est aux rebelles. Pour Caroline Galactéros, d’autres pays pourraient se rapprocher de la Russie qui, en Syrie, a su protéger les structures étatiques malgré la curée internationale contre elle.

FIGAROVOX. – L’Armée syrienne a repris le contrôle de la vieille ville d’Alep qui était aux mains des rebelles. Est-ce un tournant décisif pour la Guerre en Syrie?

Caroline GALACTEROS. – Cette avancée des forces du régime est importante. Après la libération d’autres quartiers d’Alep-Est, avoir pu extirper les djihadistes de ce dédale de rues et de souterrains et les contraindre à se replier vers le sud-est de la ville témoigne d’une dynamique militaire positive en faveur de l’armée syrienne. Surtout, l’exfiltration réussie de plusieurs dizaines de milliers de civils vers l’ouest de la ville prive les djihadistes de leurs «boucliers humains» … et les adversaires occidentaux du régime d’un argument médiatique lourd contre l’implication militaire de Moscou à ses côtés…

Le recul des djihadistes à Alep n’est en effet que la manifestation d’une déroute militaire globale.

La prise d’Alep, si elle devait se réaliser rapidement, constituerait un cap au plan des forces morales qui s’opposent dans cet interminable pugilat, mais surtout une victoire politique symbolique de prix qui conforterait un rapport de force de plus en plus favorable à la restauration de l’Etat syrien. Le recul des djihadistes à Alep n’est en effet que la manifestation d’une déroute militaire globale qui semble chaque jour plus inéluctable, et d’un rapport de forces russo-américain où Washington perd pied. Même John Kerry dans sa déclaration à Bruxelles du 6 décembre (lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN), semble jeter l’éponge, apparemment convaincu que la partie (i.e le renversement du régime syrien et l’éclatement du pays) est perdue, et cherche habilement à dédouaner l’Amérique d’un soutien aux mouvements rebelles radicaux devenu indéfendable et surtout sans issue. Sans issue… mais pas sans objet résiduel. La rivalité Washington-Moscou restera vive, au moins jusqu’à l’entrée en fonction de Donald Trump fin janvier prochain. De ce point de vue, la réduction de l’insurrection djihadiste à Alep n’est donc pas décisive, et l’administration Obama poursuivra sans doute son soutien au moins indirect aux groupes radicaux (notamment via la Turquie) pour pourrir au maximum le jeu russe et plus encore celui du nouveau Président, qui a déjà entrepris un dialogue avec Moscou pour sortir l’Amérique de ce bourbier. Peut-être un «deal» de type «blanc-seing à la Russie en Syrie contre mains libres à l’Amérique en Irak» pour redorer le blason US est-il en train de se nouer. La guerre ne va donc pas s’arrêter avec l’éventuelle reprise d’Alep. Elle cessera lorsque les puissances sunnites, les Etats-Unis mais aussi la France accepteront leur «échec» et chercheront sérieusement un compromis politique soutenable pour la Russie et l’Iran. Il faut pour cela que Ryad, Doha, Ankara, Londres et Washington admettent qu’il y a plus à gagner à négocier qu’à combattre, et sans doute aussi que Paris cesse de prendre des initiatives diplomatiques (du type de la conférence envisagée «des pays refusant la guerre totale»…) à contretemps et contre-emploi. Ces gesticulations dérisoires déconnectées de la marche réelle des évènements sont hautement contreproductives, même du seul point de vue égoïste de l’intérêt national. Nous ne reviendrons pas ainsi dans un jeu d’où nos maladresses et notre entêtement dogmatique nous ont exclus en nous déconsidérant.

Dans quelle mesure la prise d’Alep consacre le retour militaire et diplomatique des Russes dans les affaires internationales?

Ce retour de la Russie est à mon sens plus qu’une évidence. C’est une nécessité, n’en déplaise aux nombreux «experts» et commentateurs qui veulent contre toute évidence persister à voir le monde avec un regard de cyclope myope, de manière simpliste et manichéenne. Ils se trompent d’ennemi, par confort intellectuel et refus de se remettre en question. Leur responsabilité est en fait lourde dans la perpétuation du chaos et de la violence car en claironnant leur pensée indigente, ils sclérosent les lignes de fracture au lieu de contribuer à les dépasser. Il est pourtant urgentissime de reconnaître enfin que le modèle implicite des relations internationales qui a eu cours depuis 20 ans s’est définitivement fracassé contre ses propres excès. L’idéalisme moralisateur comme masque d’un interventionnisme rapace a fait des ravages qu’on ne peut plus ignorer. Chez les peuples victimes de notre empressement à les «libérer», mais aussi chez tous ceux que l’on croit ainsi convaincre de la prévalence du modèle occidental de développement politique, économique et social. Et l’effet boomerang de cette offensive qui ne dit pas son nom joue désormais à plein contre nous.

La Russie offre un modèle alternatif de référence et surtout de protection plutôt convaincant.

Profitant de cet échec patent, la Russie propose – à l’occasion du conflit syrien -, de rééquilibrer le jeu international, d’admettre sa multipolarité de fait et de se rapprocher de l’Occident dont elle s’estime encore pleinement partie. Surtout, elle offre un modèle alternatif de référence et surtout de protection plutôt convaincant: fiable, cohérent, pragmatique, résilient. Ne pas «lâcher Assad» en dépit de la curée internationale contre lui, et surtout protéger l’Etat syrien du démembrement a un impact non seulement à Damas et Téhéran, mais aussi au Caire, à Alger, à Dehli, en Afrique, aux EAU, à Ankara et même d’une certaine façon, à Ryad… La diplomatie du dialogue ouvert et sans exclusive (officiel ou discret) de Moscou avec tous les acteurs directs et indirects du conflit syrien va bien au-delà de la gestion optimale de ce seul drame. L’entreprise de séduction «à la russe» tous azimuts se poursuit. Les émissaires de Moscou, directs ou indirects (palestinien…), nouent des contacts, proposent des partenariats divers, des contreparties attractives à un appui aux positions russes sur ce que doit être la transition politique syrienne. Bref, les lignes bougent et, au lieu de les franchir, là encore, en France ou ailleurs, on oppose artificiellement la logique militaire à la diplomatique, comme si elles n’étaient pas étroitement liées. Comme si on pouvait décider de faire la guerre ou de négocier! Ça ne marche pas comme ça. Ce n’est pas la guerre comme seul mode d’action …ou la diplomatie hors sol dans le silence des armes. Seule la prise d’ascendant militaire sur le terrain et un rapport de force qui ne peut plus évoluer qu’à la marge permettent à un moment donné aux belligérants contraints et forcés, et à leurs parrains divers de s’assoir à la table de négociation de manière productive.

Pour l’heure, les Russes ont marginalisé les Américains.

Pour l’heure, les Russes ont marginalisé les Américains – qui ont déjà fort à faire pour «soutenir sans soutenir» les djihadistes et essayer de maitriser leur allié turc indocile. Ils dominent le front diplomatique et cherchent à réunir autour de leurs auspices exclusifs un panel crédible et représentatif de la diversité syrienne pour un processus politique qui débouchera sur des élections et surtout sur le maintien de l’unité syrienne même dans l’hypothèse d’une structure étatique fédérale. Mais à Paris, au lieu de s’insérer dans cette approche pragmatique, on persiste à criminaliser Vladimir Poutine, à parler d’Assad comme du bourreau unique de son peuple, à minorer le soutien populaire au régime de Damas pour accréditer l’idée qu’on pourrait, de l’extérieur, imposer un casting représentatif… qui pourtant a sombré sans équivoque dans le discrédit et en est lui-même réduit à proposer «de parler avec la Russie» pour ne pas quitter tout à fait la scène. Et la guerre continue.

Quelles suites peut-on imaginer pour le régime de Bachar al-Assad?

Assad n’est ni le (seul) problème, ni la solution. Cette polarisation sémantique elle aussi est hautement contreproductive. C’est un atout dans une négociation globale que chaque puissance intervenante essaie de valoriser au mieux. Si la reconquête militaire se poursuit à son avantage, il pourra sans doute négocier des conditions de sortie honorables pour lui et ses proches au terme d’un processus politique institutionnel et électoral auquel lui – ou d’autres de ses proches, membres éminents du régime – devront d’une façon ou d’une autre participer.

Quel est le jeu de la Turquie alors que le pays poursuit au Nord de la Syrie son opération «Bouclier de l’Euphrate»?

Ankara mène très habilement sa partie, ne renonce à aucune de ses ambitions régionales à la fois en Irak et en Syrie.

La Turquie est revenue depuis juillet dernier pleinement dans le jeu politico-militaire régional. Al-Bab, qu’elle essaie d’encercler avec l’aide de ses rebelles affiliés de l’Armée syrienne libre (ASL), est un point stratégique entre Alep et la ville de Manbij qui est elle, tenue par les Kurdes, ennemi principal du pouvoir d’Ankara et de son point de vue bien supérieur en nocivité à Daech qu’elle a longtemps soutenu. Son idée de manœuvre – qui inquiète d’ailleurs fortement Damas – pourrait être de déloger Daech d’Al-Bab pour y prendre sa place, empêchant ainsi la réunification des zones kurdes tout en continuant à nourrir la lutte des islamistes radicaux contre le régime syrien via son «proxy» ASL notamment. D’une manière générale, on peut dire qu’Ankara mène très habilement sa partie, ne renonce à aucune de ses ambitions régionales à la fois en Irak et en Syrie, jouant tout à la fois de son appartenance à l’OTAN – qui sert les Américains dans leur jeu contre la Russie et les rend conciliants -, et de sa «réconciliation» avec Moscou qu’elle monnaie contre une tolérance russe à ses avancées militaires en Syrie.

La réalité du conflit syrien donne-t-elle ainsi raison aux positions diplomatiques de Donald Trump et François Fillon?

En diplomatie, pragmatisme, réalisme et visée éthique ne sont pas contradictoires.

Pour moi, notre monde a un très urgent besoin de réalisme politique et stratégique. Il faut ouvrir, au nom même de l’apaisement de sa violence structurelle, une ère de coopération hyperpragmatique et à visée éthique (ce n’est pas contradictoire!) en abandonnant les utopies mortifères de l’idéalisme moralisateur qui ont pavé le monde de cadavres civils sacrifiés sur l’autel de notre ubris. Il faut revivifier les Nations Unies et revenir au respect de leur Charte fondatrice. La stabilité de l’ordre international dépend du respect de la souveraineté des Etats, de la non-ingérence dans leurs affaires intérieures et de l’exemplarité politique propre des démocraties occidentales, non de leur interventionnisme cynique sous des prétextes qui depuis longtemps ne convainquent plus que de grandes âmes au bellicisme refoulé qui depuis leur confortable cocon, décident de la vie ou de la mort de peuples entiers. Donald Trump est en train de s’entourer d’une équipe en matière internationale et de défense que je trouve de très bon niveau. Ses émissaires sont déjà à l’œuvre pour nouer des liens précieux. Nous aurons bientôt sans doute de bonnes surprises … et plus que nos yeux pour pleurer et faire oublier l’indigence de notre compréhension des enjeux diplomatiques et stratégiques liés à son arrivée au pouvoir. Notre docilité diplomatique envers l’Administration sortante, pourtant si mal récompensée, nous a empêchés d’accueillir l’alternance américaine comme un Etat du rang de la France aurait dû évidemment le faire: avec un respect du vote démocratique et un accueil ouvert au dialogue avec le nouveau pouvoir de Washington. Encore une fois, nous donnons des leçons, refusons la réalité d’un nouveau président qui nous déplait car il voit le monde sans lunettes roses et noires. Et nous nous enfonçons un peu plus dans la relégation diplomatique et stratégique. Sauf à mettre en œuvre très vite une complète refondation de notre politique étrangère sur une base souveraine, indépendante, réaliste, audacieuse et généreuse. Ce n’est pas un choix. C’est impératif. Il semble que le vainqueur de la primaire de la Droite et du centre en a une claire conscience. Il faut souhaiter ardemment qu’il trouve en Donald Trump tout autant qu’en Vladimir Poutine des interlocuteurs désireux de promouvoir un triple «reset» (des relations américano russe, franco-américaine et franco-russe) et de faire renaître un pôle occidental élargi, influent et attractif. Nous avons tout à y gagner.

CARTOGRAPHIE DES RELIGIONS (1)

CARTOGRAPHIE DES RELIGIONS (1) – APERÇU RÉGIONAL AU XXI e SIÈCLE
ARTICLE PUBLIÉ LE 02/12/2016

Par Oriane Huchon  

Plusieurs articles sur les différents courants de l’islam sont déjà parus sur Les clés du Moyen-Orient. Celui-ci a pour objectif de présenter une cartographie de l’implantation des religions au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Les courants principaux y sont représentés, ainsi que les principaux lieux saints (sunnites et chiites), les lieux de naissance des principaux ordres soufis, et les minorités religieuses.

Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont les terres d’expansion de l’islam aux VIIe et VIIIe siècles de notre ère. Il ne faudrait pourtant pas considérer ces vastes territoires comme un monde unifié religieusement. Les religions antérieures à l’islam, le christianisme sous ses diverses formes (maronite, orthodoxe, copte, catholique…) et le judaïsme, demeurent au sud et à l’est de la Méditerranée et disposent d’un statut spécial dans le droit musulman, le statut de dhimmi. Jusqu’à la chute de l’Empire ottoman, le statut de dhimmi était communément appliqué dans les diverses communautés musulmanes.

Les musulmans sont de nos jours environ un milliard et demi sur la planète, soit 23% de la population mondiale. Ils forment le groupe religieux le plus important au monde après le christianisme. Les sunnites (toutes écoles confondues), représentent 87,4% de la population musulmane ; les chiites duodécimains 8,4 %, les autres mouvances chiites 3,5% et les ibadites 0,7% (1). La majorité de ces musulmans se trouve désormais en Asie, avec entre 700 et 800 millions de pratiquants, principalement en Indonésie (premier pays musulman du monde), en Afghanistan, en Inde, au Pakistan, au Bangladesh et en Chine (2). Au Moyen-Orient (Turquie, Egypte et Iran compris), ils seraient entre 350 et 400 millions ; alors qu’au Maghreb ils seraient un peu moins de 90 millions.

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A titre comparatif, les chrétiens représentent 32% de la population mondiale et sont 2,2 milliards sur Terre. Les hindous sont 1 milliard, les bouddhistes 500 millions et les juifs 14 millions (4). Les juifs ont globalement fui les terres d’islam depuis la création d’Israël, et 25 % de la population juive globale vit actuellement en Israël. Les chrétiens d’Orient sont entre 10 et 16 millions au début du XXIe siècle (5).

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Dans les pays du Maghreb et du Moyen-Orient à l’exception d’Israël, les musulmans représentent la grande majorité de la population nationale, toutes confessions de l’islam comprises. En 2013, on estimait ainsi le nombre de musulmans au Maghreb et au Moyen-Orient, par pays :

PaysPopulation totale (en millions)% de musulmans dans la population
Algérie3999%
Arabie saoudite27100% (dont chiites entre 10 et 15%)
Bahreïn1,370% (chrétiens 14%, hindouisme 10%, bouddhisme 2,5%, autres)
Egypte8790% (coptes 10%)
Emirats arabes unis8,396% (dont chiites 16%)
Irak32,597% (dont chiisme 65%, sunnisme 35%)
Iran8198% (dont chiisme 89%)
Israël818% (judaïsme 75%, autres 7%)
9Nigéria 2.7Yémen 100
Jordanie892% (christianisme 6%)
Koweït485% (dont chiisme 30%, christianisme et hindouisme 15%)
Liban654% (dont 27% chiisme, 27% sunnisme ; christianisme 40.5%)
Libye697%
Maroc3398,7%
Oman3,290% (dont ibadisme 75%)
Qatar2,277% (christianisme 8,5%, autres 14%)
Syrie2298% (dont alaouite 10%, druze 3%, chiite 2% ; christianisme 5%)
Territoires palestiniens5Cisjordanie : 75% (judaïsme 17%), Bande de Gaza : 99%
Tunisie1199%
Turquie8299,8% (dont alévis 20%)
Yémen26100% (dont zaydisme entre 25 et 40%)

Source : Revue Moyen-Orient, “Bilan géostratégique 2014”, Juillet-Septembre 2014, Paris.

L’islam ne se résume pas aux deux grands courants connus, le sunnisme et le chiisme. Ces confessions connaissent des divergences de croyances en leur sein. Le sunnisme, courant majoritaire, se divise en plusieurs écoles juridiques interprétant de diverses façons le Coran et la sunna (ou tradition, comportement du Prophète) enregistrée dans les hadiths.
Le chiisme est né de la « grande discorde » du premier siècle islamique, liée à la succession à Mahomet au titre de calife. Les trois groupes chiites existants toujours aujourd’hui (zaydite, duodécimain et ismaélien) sont issus des allégeances aux différents imams ayant succédé à Ali.

Un troisième courant nommé kharidjisme est également né au moment de la « grande discorde ». Si les kharidjites ont aujourd’hui disparu, les ibadites en sont leurs héritiers (bien que certains d’entre eux s’en défendent). Ils subsistent à Oman, à Djerba en Tunisie, en Libye à Zuwarâ et Djebel Nafusa, en Algérie à Mzâb et en Tanzanie à Zanzibar.

Enfin, de multiples confréries soufies se sont développées dans toute la région. Le soufisme est le penchant mystique de l’islam, souvent méconnu en France. Les soufis cherchent l’accès direct à la divinité d’Allah à travers des pratiques particulières dont le dhikr (répétition du nom de Dieu), la musique et la danse parfois, et la méditation. Ils s’appuient sur une théorie des hommes et du divin développée par les théologiens soufis au cours des siècles. Les confréries soufies sont nombreuses, et constituent toujours une réelle influence dans certains pays, notamment en Egypte.

Cette richesse cultuelle s’exprime par la présence de nombreux lieux saints et sanctuaires musulmans, chrétiens et juifs. Au-delà des villes saintes de Jérusalem, de Médine et de La Mecque, diverses villes attirent chaque année des milliers de pèlerins. Les sunnites les plus rigoristes interdisent le culte des saints. La mosquée n’est pas sacralisée comme l’est l’église. Les chiites toutefois célèbrent de nombreux saints, et la plupart des sunnites ressentent le besoin de « localiser le sacré, de l’inscrire dans l’espace, au travers de rites », selon les propos de Dominique Logna-Prat et de Gilles Veinstein, qui poursuivent : « Il existe ainsi des lieux [de culte des saints], généralement des sépultures, dotées de mausolées, et, le cas échéant, d’un complexe de bâtiments, dont des mosquées, que sanctifie la présence des restes d’un saint et à travers lesquels se diffuse sa baraka » (6) (Influence bénéfique qu’exercent certains personnages révérés de l’islam, ou certains objets sacrés, Larousse). Ces lieux saints et sanctuaires constituent des éléments centraux de la vie du musulman et les plus importants d’entre eux nécessitent d’apparaître sur une carte générale des religions de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, puisqu’ils génèrent d’importants flux de population.

Lire sur Les clés du Moyen-Orient :

Hichem Djaït, La Grande Discorde, Religion et politique dans l’Islam des origines

Sunnites/chiites : aux origines du grand schisme de l’Islam

Notes :

(1) DUPONT Anne-Laure, Atlas de l’islam. Lieux, pratiques et idéologie, Autrement, 2014, Paris.
(2) Ibid.
(3) Revue Moyen-Orient n°23, “Bilan géostratégique 2014”, Juillet-Septembre 2014, Paris
(4) http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/12/18/les-chretiens-sont-le-premier-groupe-religieux-au-monde_1807767_3224.html#VTY0lHpcA3iuy91U.99
(5) LORIEUX Claude, Chrétiens d’Orient en terres d’Islam, Perrin, 2001, Paris.
(6) « Lieux de culte, lieux saints dans le judaïsme, le christianisme et l’islam : Présentation ».

Bibliographie :

- DUPONT Anne-Laure, Atlas de l’islam. Lieux, pratiques et idéologie, Autrement, 2014, Paris.
- HOURANI Albert, Histoire des peuples arabes, Seuil, 1991 (traduction française en 1993), Londres.
- HANIF, N, Biographical Encyclopaedia of Sufis : Central Asia and Middle East, Sarup & Sons, 2002.
- SELLIER André, SELLIER Jean, Atlas des peuples d’orient. Moyen-Orient, Caucase, Asie centrale, La Découverte, 2002, Paris.
- Revue Moyen-Orient n°23, “Bilan géostratégique 2014”, Juillet-Septembre 2014, Paris.
- BALANCHE Fabrice, Atlas du Proche-Orient arabe, PUPS/RFI, 2012.
- LORIEUX Claude, Chrétiens d’Orient en terres d’Islam, Perrin, 2001, Paris.

Sitographie :

- Le dessous des cartes, « L’islam en conflit », Parties 1 et 2, Arte, Janvier 2015.
- Encyclopédie Larousse en ligne
- Encyclopedia Universalis
- http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/les-ahmadis-musulmans-malgre-les-autres-05-02-2015-4492_118.php
- http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/12/18/les-chretiens-sont-le-premier-groupe-religieux-au-monde_1807767_3224.html#VTY0lHpcA3iuy91U.99

Le gouvernement américain arme les jihadistes à Idleb

Poursuivant notre quête de vérité sur la guerre en Syrie nous publions le témoignage de Randa Kassis qui ne saurait être soupçonnée de soutenir le gouvernement du Président Assad.

Randa Kassis est une femme politique syrienne, elle est co-présidente de la délégation des syriens laïques aux pourparlers de paix pour la Syrie à Genève. Présidente de l’initiative d’Astana pour la paix en Syrie, Présidente du mouvement de la société pluraliste. Elle accorde un entretien exclusif à l’Observatoire de l’islamisation sur son essai co écrit avec Alexandre del Valle, Comprendre le chaos syrien (éditions du Toucan, juin 2016) :

L'Artilleur.

Randa Kassis et Alexandre Del Valle.

L’OI: Vous avancez dans Comprendre le chaos syrien que l’attentat du 18 juillet 2012 au cœur du siège de la sécurité nationale syrienne à Damas, est le fruit de la CIA, sur quels éléments vous appuyiez-vous ?

R.Kassis : Selon mes informations que je ne peux pas révéler, l’attentat était dirigé et effectué avec le support de  la CIA afin de décapiter le régime syrien. Durant la même période plusieurs généraux comme Tlass, Moufleh et quelques autres ont fait défection de l’armée. Des brigades dites de « l’armée libre » ont débuté une offensive près de Damas.

Le Front islamique qui fédère des bataillons salafistes, regroupe plus de 60 000 hommes, est financé par nos alliés saoudiens et qataris, quel type d’islam veut-il faire triompher ?

Les pétromonarchies, spécialement l’Arabie Saoudite ne veut que propager et faire régner le wahhabisme et pas seulement sur le Moyen Orient. Ils souhaitent peser en Syrie pour des raisons non seulement idéologiques mais aussi pour des raisons stratégiques afin d’endiguer l’influence d’un Iran qui est en train de reprendre une place centrale dans la région. Tandis que le Qatar a une tendance qui penche plutôt vers les frères musulmans. Dans tous les cas, l’Islam politique est le symbole de l’obscurantisme et de la barbarie dans toutes ses tendances. 

Des brigades turkmènes opèreraient en Syrie avec l’appuie de la Turquie, pouvez-vous nous en dire plus sur elles ?

La Turquie d’Erdogan rêve de restaurer l’empire Ottoman. Erdogan appuie les turkmènes et ouvre ses frontières à tous ces combattants pour rejoindre la bataille d’Alep. Effectivement, ces combattants avec d’autres jihadistes ont réussi à briser partiellement l’encerclement au sud Alep.

Dans quelles brigades armées se retrouvent les Frères Musulmans, très présents dans la région ?

Ils sont présents surtout dans l’Armée de la conquête, Jaysh Al Moudjahidin… De toute façon, les Frères musulmans soutiennent plusieurs brigades islamistes et tentent d’être partout. l’alliance de ces brigades changent sans arrêt et elles dépendent de leurs mentors financiers et leurs desiderata.

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Randa Kassis au Sommet de Genève pour les Droits de l’homme et la démocratie, février 2013.

Qui compose la Coalition nationale syrienne soutenue par la France et les Etats-Unis dans les négociations onusiennes consacrées au règlement du conflit ?

La C.N.S est composée principalement de frères musulmans et soutenue par la Turquie et le Qatar.

Le HCN ou la plateforme de Riyad est composé de la C.N.S, du C.N.C.D et d’autres personnalités avec les combattants de la brigade Jaiysh Al Islam, Ahrar Al Sham, etc… qui ne forment pas une force homogène. Mais nous pouvons dire que le volet politique du HCN a tendance à défendre tous les islamistes ou jihadistes (pour moi, un islamiste signifie un jihadiste potentiel). Rien ne m’étonne de la part de ces « politiques » du HCN puisqu’ils sont des pantins de pétromonarchies et la Turquie.

Je dois préciser que cette délégation qui participe aux pourparlers de paix pour la Syrie à Genève n’est pas la seule. Notre délégation des syriens laïques participe également.

La « Plateforme de Riyad », initiative saoudienne,  pousse un « Haut Comité des Négociations » censé représenter la diversité de l’opposition syrienne. Les Etats-Unis et la France y voient un interlocuteur privilégié, qu’en pensez-vous ?

Malheureusement, la France qui a choisi par ses politiques d’être du côté des islamistes en s’alignant sur la position saoudienne pour des raisons économiques ou intérêts personnels, voit le HCN le seul interlocuteur de l’opposition syrienne. Tandis que les Etats-Unis qui ne font que répéter leurs erreurs espèrent toujours de maitriser ces islamistes. Pour moi, c’est une erreur majeure qui ne fait que renforcer l’islam politique dans la région. 

Vous êtes à l’initiative des accords d’Astana, quel est votre plan de sortie de crise ?

Nous avons élaboré un plan pragmatique pour un changement progressif en Syrie sans toucher aux institutions d’Etat. Ce plan correspond aux accords de Vienne, c’est à dire, la demande d’un changement de la constitution, instaurer un gouvernement civil partagé par une opposition réaliste et une partie du régime, préserver l’armée syrienne qui est une armée nationale, et la décentralisation de la Syrie qui sera la seule garantie pour ses minorités religieuses et ethniques. Un état fédéral en Syrie pourrait être le seul rempart contre la propagation des islamistes et contre une nouvelle dictature. quand je parle d’une fédération en Syrie, je parle d’un modèle fédéral qui puisse être adapté à la société Syrienne.

L’accord de coopération militaire en Syrie contre les groupes djihadistes, que le gouvernement américain a conclu avec Vladimir Poutine fin juillet, ne sonne-t-il pas le glas de l’aventurisme diplomatique des membres de l’Otan ?

L’Otan n’a jamais souhaité collaborer militairement avec la Russie concernant les groupes djihadistes. Les Etats-Unis n’ont pas encore défini qui sont les groupes terroristes sur le terrain sans compter l’EI. Le gouvernement américain arme jusqu’a aujourd’hui des rebelles jihadistes à Idleb qui sont en liaison avec le Front Al Nosra. Ce dernier était un sujet à discuter entre les deux parties (Russes et Américains) puisque les Etats-Unis ne veulent pas les combattre malgré la présence du Front Al Nosra sur la liste des groupes rebelles reconnus par l’ONU comme terroristes. Malheureusement les Etats Unis comptent sur les éventuelles victoires sur le terrain de ces groupes rebelles afin de contrebalancer l’influence Russe et Iranienne .

Dans les coulisses de la diplomatie française

Dans les coulisses de la diplomatie française

Nicolas Sarkozy, François Hollande : deux styles très différents sur le terrain diplomatique.
D’un côté, « Sarkozy, l’atlantiste et l’occidentaliste », qui fait la leçon à Obama, ami puis ennemi d’Assad et Kadhafi. De l’autre, « Hollande l’urgentiste », confronté au cynisme de Poutine et au lâchage d’Obama, s’impose en chef de guerre contre les djihadistes d’Aqmi au Sahel et les massacreurs de Daech en Irak.
Les nombreux faits et confidences « off » des principaux acteurs de la diplomatie et des Armées, rapportés par Xavier Panon, plongent le lecteur au cœur des négociations au sommet. Elles illustrent les rapports différents de Sarkozy et Hollande avec Angela Merkel, comme avec Pékin, Washington, ou le Qatar. Entre continuité et volonté de se démarquer, ils offrent le spectacle de deux présidents, l’un transgressif, l’autre consensuel, qui se veulent porteurs de valeurs « universelles » et d’un rôle mondial pour la France de « Charlie ».

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Source : Dans les coulisses de la diplomatie française – Xavier Panon – Éditions l’Archipel

L’Eglise catholique et l’Islam

Le Père Michel Lelong

Le Père Michel Lelong

En ce début du XXIe siècle, en diverses régions du monde,bien des incompréhensions et tensions demeurent entre chrétiens et musulmans. Mais dans l’une et l’autre communautés, de plus en plus nombreux sont les croyants qui découvrent les liens spirituels qui les unissent.

Dans ce contexte nouveau, quel fut, ces dernières années, et quel est aujourd’hui l’enseignement des papes? Ayant consacré sa vie au dialogue interreligieux, le Père Michel Lelong présente dans ce livre des documents peu connus-et pourtant d’une importance majeure-qui témoignent de l’attention portée par Paul VI, JeanPaul II, Benoit XVI et le Pape François aux relations entre l’Eglise catholique et le Monde Musulman.

Edité chez Erick Bonnier  Editions février 2016 www.erickbonnier-editions.com

Le Père Lelong est membre du Conseil d’Administration de l’AFS.

Nous recommandons la lecture de cet ouvrage.

Le monde arabe a l’honneur du 9ème salon des éditeurs indépendants du 18 au 20 novembre

 

Le monde arabe a l’honneur du 9e salon international des éditeurs indépendants du 18 au 20 novembre

Plusieurs éditeurs du monde arabe (Al Manar, Dergham, Editions Tamyras, Amers éditions, Mona Saudi, Bruno Doucey, Bleu autour, L’Escarbille, La Cheminante, etc.) se joindront aux 150 exposants pour proposer des livres orignaux à un large public (5000 visiteurs, entrée gratuite).

Cette année, le monde arabe est à l’honneur.
Conférences, lectures, rencontres, dédicaces… les éditeurs vous invitent à échanger autour de L’écrivain et son engagement moral et culturel au XXIe siècle, Kant et la burqa, Une histoire visuelle de la droite et de l’extrême droite, La guerre d’Algérie, La prostitution coloniale au Maghreb, Pierre Loti et le monde arabe…
Pour les enfants, une lecture-discussion est proposée autour du livre « En Route vers Bagdad », et de nombreuses surprises les attendent sur le pôle des éditions jeunesse.
Deux expositions de photographies organisées avec la librairie Envie de lire sont librement accessibles durant toute la durée du salon autour de la Palestine et des Sahraouis avec les photos de Rogerio Ferrari (tirées du livre Sahraouis paru aux éditions Le passager clandestin) en présence d’Ali Omar Yara, docteur en sociologie des conflits, et cofondateur de la Revue de l’Ouest saharien.
Enfin, l’autre LIVRE organise un débat samedi à 16h  autour des révolutions arabes, ainsi qu’un hommage à la poésie arabe contemporaine dimanche à 16h par les lectures des poètes Siham Bouhlal, Salah Al Hamdani, Aïcha Arnaout, Amina Saïd…
Inauguration vendredi soir jusqu’à 22h avec dégustation de pâtisseries orientales en musique, avec les joueurs de Oud du groupe Tarab Med’…
Découvrez le programme des animations et des dédicaces pour en savoir plus…

l’autre LIVRE – 9e Salon des éditeurs indépendants
du 18 au 20 nov. 2011 Espace des Blancs Manteaux
48 r vieille du Temple PARIS 4e (M° Hôtel de ville)

Plus d’info : www.lautrelivre.net

Mathias Enard, ou la passion pour l’Orient

Boussole, un « roman d’une extraordinaire richesseParmi les quatre ouvrages de qualité qui constituaient leur ultime sélection, les Goncourt ont donc choisi de miser sur l’exigence, voire l’excellence, en mettant en avant le livre fleuve, sinueux et dense, érudit et nomade de Mathias Enard. Boussole, un « roman d’une extraordinaire richesse », résumait Gilles Heuré, rendant compte de sa lecture enthousiaste dans Télérama, dès le 22 août dernier. Il évoquait l’ampleur des motifs et des thèmes qu’embrasse Mathias Enard dans cet ouvrage, à travers le monologue intérieur de son personnage, Franz Ritter, musicologue passionné par l’Orient, ses cultures, ses artistes et ses atmosphères.
Du rapport entre Occident et Orient, son histoire millénaire aussi conflictuelle et violente que portée par une fascination réciproque, Mathias Enard a fait depuis plus de dix ans, le cœur de son travail romanesque, inscrit dans la continuité des études d’arabe et de persan qu’il a suivies à l’Inalco et de nombreux et longs séjours effectués au Moyen-Orient, entre Damas, Téhéran, Le Caire, Tunis ou Beyrouth. Mathias Enard est arrivé dans le paysage littéraire en 2003, avec la parution du très remarqué La Perfection du tir. Une fiction dans laquelle il mettait en scène un homme en armes participant à une guerre civile non identifiée – mais on pouvait y reconnaître les déchirements du Liban.
“Il fallait montrer ou rappeler que l’Islam et l’Orient ne sont pas que violence aveugle et bêtise absolue, que nous sommes tous un peu orientaux.” Mathias Enard
Ont suivi notamment le virtuose Zone (2008), qui a valu à Mathias Enard le prix du Livre Inter, puis Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants (2010) pour lequel il a reçu le Goncourt des lycéens – Enard y met en scène Michel-Ange le Florentin, débarquant à Constantinople pour y bâtir un pont qui enjambera la Corne d’or –, ou encore Rue des voleurs (2012). Interrogé cet été par le quotidien L’Humanité à propos de Boussole, l’écrivain déclarait : « Malheureusement oui, c’est aussi un geste politique. En écrivant ce livre j’étais sans cesse rattrapé par l’actualité, l’horreur de la guerre, au moment où j’ai écrit les scènes de Palmyre, Daesh était encore loin. Mais je pense qu’il fallait montrer ou rappeler que l’Islam et l’Orient ne sont pas que violence aveugle et bêtise absolue, que nous sommes tous un peu orientaux. »
P.S. Voir Pages 163 et 164 de la « Boussole »,  Mathias Ennard donne une vision clairvoyante sur l’apport de Julien Weiss avec un hommage appuyé, sur Al Kindi et son pouvoir de « passeur » de la musique orientale En tout cas un ouvrage passionnant qui évoque la Syrie vivante que nous avons connu. 

A qui profite économiquement le conflit syrien ?

Jihad Yazigi, Rédacteur en Chef de « the Syria Report », a indiqué au cours d’une conférence de presse qui s’est tenue récemment à l’IFPO (Institut français pour le Proche-Orient) à Beyrouth (in l’Orient-le-jour du20/12/2014).
D’autre part, la production pétrolière du pays a baissé de 96%