Guerre en Syrie : qui sont les responsables de la tragédie ?

L’AFS soucieuse de respecter la pluralité des opinions sur les responsabilités en Syrie publie cet interview de Ziad Majed qui affiche clairement son parti-pris pour la rébellion armée syrienne même si elle a parti lié avec les djihadistes qui refusent toute idée d’une Syrie démocratique.

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Moscou et Damas ont annoncé avoir arrêté leurs raids aériens au-dessus d’Alep. Mais, pour le politologue franco-libanais Ziad Majed, il demeure que le régime de Damas et la Russie mènent un «lent génocide» dans les zones rebelles.

Source : Guerre en Syrie : qui sont les responsables de la tragédie ?

Pour Adonis, l’important, ce sont les aboutissements des révolutions et non leurs commencements.

dimanche 23 octobre 2016

Quelle est cette révolution qui prend pour ennemi une statue, un musée, ou une ethnie, cherchant à l’exterminer ?

Adonis

Je pense que personne n’a marqué de réticence à défendre ou soutenir les mouvements arabes pour le changement. (…) Néanmoins, ce que je reproche à ces mouvements, c’est l’absence de projet, préalable à tout véritable changement, non pas seulement un renversement du pouvoir, mais une mutation de la société tout entière, de ses idées et de sa culture. Or nous avons constaté que cet éclatement, ce bouleversement, ne s’était structuré autour d’aucun discours culturel novateur, et que son caractère général était religieux. Nous avons également remarqué que son projet politique misait sur le retour inéluctable à des principes abandonnés, et qui sont, d’une manière ou d’une autre, des principes religieux.
Si nous excluons Le Caire et Tunis, il ne s’est pas déclenché de véritable mouvement populaire et organique, dans le sens d’un bouleversement résultant de causes internes. Les éclatements qui ont suivi étaient plus d’ordre externe qu’interne. Notons par ailleurs la transformation de ces mouvements en factions armées et violentes, ouvrant la brèche à l’intrusion d’éléments extérieurs, de mercenaires venus occuper le terrain. L’observation de ces détails est importante, si nous voulons établir leur relation avec l’histoire arabe. En résumé, le motif sous-jacent de ce bouleversement était le seul pouvoir, son but étant de changer le régime, sans porter aucun projet global. Or, tout au long de l’histoire des révolutions, nul n’a jamais été témoin d’un projet de libération survenant de l’extérieur ; les mouvements arabes sont donc basés sur le suivisme, d’une manière ou d’une autre. Et aujourd’hui, les pays arabes semblent être plus que jamais dépendants de l’extérieur.
(…) Si nous examinons l’histoire arabe et les textes religieux, le texte coranique en particulier, nous constatons que la conception islamique de l’homme et du monde, comme elle a prévalu et telle qu’elle s’est institutionnalisée, est fondée sur quelques éléments immuables : en premier lieu, Mohammed est le Prophète ultime, nul autre ne viendra après lui ; en second lieu, les faits et principes véhiculés par la prophétie mahométane, dans tout ce qui se rapporte au religieux et au spirituel, mais aussi les valeurs qui en découlent, c’est-à-dire la morale et l’éthique, sont des vérités immuables qui ne peuvent être contestées ; enfin, l’islam abolit ce qui le précède, et abolit donc obligatoirement ce qui le suit. Ainsi, l’individu ne peut s’arroger le droit d’amender, de modifier, d’ajouter ou de supprimer, et sa liberté se limite à obéir et à exécuter. Ce qui signifie que l’individu existe dans un monde clos, qui n’éprouve pas la nécessité d’une évolution. (…) Le temps, dans cette vision, n’inclut pas l’avenir, il ne consiste qu’en une perpétuelle pratique d’ancrage dans les racines qui sont à l’origine de notre formation intellectuelle et spirituelle. Par conséquent, nous ne pouvons déchiffrer aucune notion de progrès dans l’ensemble de l’histoire islamique. La liberté n’existe pas dans cette vision du monde, le concept même de liberté lui est étranger ; la liberté de l’individu se réduit à sa liberté d’être un musulman et de pratiquer l’islam, et précisément l’islam qui a toujours prévalu.
(…) L’important, ce sont les aboutissements des révolutions et non leurs commencements. Bien sûr, il existe des exceptions. Mais en Syrie, par exemple, un tiers de la population a émigré. Et quand un peuple persiste à s’expatrier, on ne peut continuer à le définir comme un peuple révolutionnaire. Ce peuple dont on parle et qu’on espère voir se révolter, ce n’est pas lui qui s’est révolté. La Syrie en est la preuve flagrante. Et pourtant nous sommes tous, moi-même tout autant et plus que tous, pour le changement des régimes. Mais nous devons comprendre ce qui se passe. En peu de mots, je peux affirmer que ce ne sont pas du tout les régimes qui ont été pris pour cible. Ils n’ont été qu’un prétexte, puisque l’objectif principal était de détruire le pays par l’intermédiaire des puissances étrangères. Ce qui se trame en Syrie s’est déjà produit ailleurs, avec la destruction du régime irakien, ou celle du régime libyen. Comment la conjonction des forces réactionnaires et des puissances étrangères pourraient-elles mener une révolution ? Y a-t-il jamais eu dans le monde, à quelque période de l’histoire que ce soit, une révolution qui ait été menée par des réactionnaires et des agents au service de l’étranger ?
(…) La politique américaine n’a nulle part démontré qu’elle avait soutenu des peuples réduits à l’impuissance, ou dont le destin avait été hypothéqué, pour les affranchir ou les aider à s’affranchir. L’Amérique reste le premier pays à avoir utilisé la bombe atomique contre des êtres humains. Et le système américain lui-même n’a-t-il pas été établi sur l’extermination de tout un peuple : les Amérindiens ? Et pourtant, les « rebelles » arabes sont épris de l’Amérique. Ce qui se passe dans le monde arabe est absurde. En Libye par exemple, et même si nous tous étions pour la chute de Kadhafi, qu’est-ce qui justifie la destruction d’un pays tout entier ? Il en va de même pour l’Irak et la Syrie. Quelle est cette révolution qui prend pour ennemi une statue, un musée, ou une ethnie comme les Yézidis, cherchant à l’exterminer ?
Aujourd’hui, dans la tourmente de la révolution, elle qui devrait s’ouvrir tel un champ de liberté et résonner comme un hymne à la libération des peuples, nous découvrons que le penseur est plus exposé au danger qu’il ne l’était du temps de la tyrannie. Comment cela est-il possible ? Si l’être qui pense n’est pas libre de se mouvoir, de clamer son opinion ou de transmettre sa pensée en période de révolution, comment serons-nous encore capables de penser ?

La guerre de la communication après l’échec sur les résolutions à l’ONU

Nous avons estimé intéressant de procéder à une analyse comparative de certains articles parus dernièrement sur l’échec de l’accord des membres du Conseils de sécurité sur l’adoption d’une résolution en vue d’un cessez le feu et des conséquences notamment sur les relations entre la France et la Russie.

Nous avons publié in extenso l’article du Monde à défaut d’avoir un lien renvoyant à cet article.

La diplomatie explosive de Riyad

 Un méchant vent de sable souffle sur l’Arabie saoudite. Il vient de l’Ouest. Le royaume inspire une défiance croissante à ses amis occidentaux. Le mariage, économique et militaire, entre Washington et Riyad reste un des piliers de  » l’équilibre  » géopolitique au Moyen-Orient. Mais il est chaque jour un peu plus chahuté. Glissement progressif vers une lente séparation ? Sans doute pas, ou pas encore. Détérioration sans précédent de l’ambiance entre la maison des Saoud et son protecteur américain ? Assurément. C’est l’une des évolutions stratégiques profondes dans la région.

Mercredi 12  octobre, le New York Times appelait l’administration Obama à cesser d’être complice des atrocités commises au Yémen. Avec l’appui politique et la logistique militaire des Etats-Unis, l’Arabie saoudite bombarde la capitale yéménite, Aden. Un tiers des raids, au moins, disent nombre d’observateurs internationaux, visent la population civile. Si les frappes menées par l’aviation russe contre la ville d’Alep en Syrie relèvent du  » crime de guerre « , il en va de même de celles conduites par nos amis saoudiens au Yémen.

Depuis un an et demi, Riyad s’efforce sans succès de réduire l’insurrection de tribus houthistes au Yémen, au prétexte qu’elles sont soutenues par la République islamique d’Iran – l’ennemie des Saoud. Washington a donné son aval à cette mini-guerre régionale. Mais la grogne monte aux Etats-Unis, au Congrès notamment, à mesure que défilent des images aussi insoutenables que celles d’Alep : corps déchiquetés dans les décombres d’immeubles fauchés par les bombes saoudiennes.

Quelques jours plus tôt, le même Congrès votait une loi d’exception destinée à permettre aux familles des victimes du 11  septembre 2001 de poursuivre Riyad, au motif que quinze des dix-neuf auteurs des attentats étaient des ressortissants saoudiens. Il n’y a pas si longtemps, le Congrès passait pour l’un des piliers de l’alliance amé-ricano-saoudienne. «  Les temps changent… « , chantait Bob Dylan. Sur fond d’autonomie énergétique de mieux en mieux assurée, les Etats-Unis mènent dans la région une politique que l’Arabie saoudite juge contraire à ses intérêts : renversement en  2003 de l’Irakien Saddam Hussein, qui tenait l’Iran en respect ; sympathie affichée à l’égard des  » printemps arabes  » ; passivité, au mieux, dans la lutte pour le renversement du Syrien Bachar Al-Assad, l’un des pions de l’expansionnisme perse en terres arabes ; enfin, rapprochement esquissé, justement, vers l’Iran, ce concurrent du royaume pour la prépondérance régionale.

Quelque chose s’est cassé dans l’union baroque conclue en  1945 entre Ibn Saoud et Franklin Roosevelt : j’assure ton pétrole, tu garantis ma sécurité. Mais quoi ? Réponse : le 11  septembre 2001 – et la lente prise de conscience du rôle joué par le royaume dans la dif-fusion d’une version radicale de l’islam, qui est l’une des matrices idéologiques du terrorisme djihadiste. Agrégé d’histoire, -ancien haut fonctionnaire, essayiste, Pierre Conesa décrypte fort bien cette histoire dans son dernier -livre : Dr Saoud et Mr Djihad, la -diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite (Robert Laffont, 306 p., 20  euros, préface d’Hubert -Védrine).

L’Arabie saoudite est née de l’alliance scellée à la fin du XVIIIe  siècle entre la famille des Saoud et celle des Al-Shaikh. Pour assurer leur domination militaire et politique sur le pays, les Saoud sont en quête de légitimité religieuse. La tribu des Al-Shaikh va la leur fournir : elle abrite en son sein l’un des plus grands -prédicateurs de l’époque, Abdel Wahab, partisan d’un retour à ce qu’il croit être l’islam des ori-gines. Cette version de l’islam – brutale, haineuse, into-lérante – sera le brevet de légitimité intérieure des Saoud et leur passeport de légitimité extérieure dans le monde arabo-musulman.

Apprenti sorcierDonnant-donnant : les Saoud veulent assurer leur pouvoir temporel ; les oulémas wahhabites désirent propager leur interprétation de l’islam sunnite. Le prosélytisme religieux fait partie de l’ADN du royaume. Chaque fois que la famille régnante éprouve un besoin de relégitimation, elle fait des concessions aux oulémas. Au fil des ans, et de la hausse du prix du pétrole, ceux-là sont dotés des instruments d’une formidable diplomatie religieuse.

Elle est organisée en réseaux, -explique Conesa :  » Sans être totalement contrôlée au plus haut niveau de l’Etat « , elle est soutenue par lui,  » elle associe l’action publique et celle de fondations privées « . L’auteur décrit par le détail cette machine à distribuer des bourses, de l’argent, à construire des mosquées, payer des imams, faire de l’humanitaire, édifier des universités – l’ensemble au service d’un objectif : essaimer leur version de l’islam sunnite.

L’ambition des oulémas du royaume est planétaire : le monde arabe, l’Afrique, l’Asie et l’Europe de nos banlieues sont visés. Tout -allait bien tant que le wahhabisme servait, durant la guerre froide, à contrer le nationalisme arabe, tiers-mondiste et socialisant, ou, plus tard, les visées expansionnistes – réelles – de l’islam chiite révolutionnaire iranien, ou encore à entretenir la lutte contre l’URSS en Afghanistan. Mais, par une lente maturation souterraine, le wahhabisme va aussi être l’un des éléments de la folie meurtrière djihadiste. Apprenti sorcier, le royaume lui-même n’est pas épargné. Il a joué, il joue, avec le djihadisme pour s’opposer à ce qu’il perçoit comme une offensive de l’Iran chiite contre le monde sunnite.

Entre Washington, l’Europe et leur allié saoudien, les contrats d’armements sont toujours ver-tigineux, les relations financières aussi denses. Mais la responsabilité de Riyad dans la propagation du cancer wahhabite suscite une défiance croissante. Elle mine, doucement, la relation avec les Occidentaux.

par Alain Frachon

© Le Monde
-Comparer avec cet autre article publié par le blog Madaniya de René Naba

http://www.madaniya.info/2016/10/13/france-syrie-riposte-russe/

-et puis avec cet autre article publié dans Libération sous la signature notamment de Hala Kodmani.

 Alep : les intox des avocats de la Russie

Retrouvez cet article sur le site de Libération : http://www.liberation.fr/planete/2016/10/12/alep-les-intox-des-avocats-de-la-russie_1521580

Vous pourrez ainsi comparer et vous faire votre propre opinion. L’AFS quant à elle ne prend pas position à raison de son engagement de neutralité mais appelle à la cohérence politique de la France et des puissances occidentales pour arriver à une vrai dialogue pour sortir de cette guerre atroce.

Ces articles sont également à rapprocher de celui notre amie Caroline Galactéros dont la rigueur dans son analyse géopolitique n’est plus à démonter sachant qu’une telle analyse n’a pas oublié le massacre de la population d’ALEP-Est prise au piège des djihadistes. et des bombardements.

Dîner Annuel de l’AFS du 1er octobre 2016

Le Président Fayez Hoche, Le Président Patrice Mouchon

Le Président Fayez Hoche, Le Président Patrice Mouchon

Le dîner annuel de l’AFS, organisé cette année conjointement avec l’Association Médicale Franco-Syrienne a eu le 1er octobre 2016 au restaurant Al Dar près de Nôtre Dame à Paris.

Plus de 90 personnes des deux associations étaient présentes

Ce fût un moment de grande de convivialité.

Cette soirée a commencé par une intervention  du Président Fayez Hoche et du Président Patrice Mouchon suivie d’une présentation de Madame Caroline Galactéros spécialiste de géopolitique et d’intelligence stratégique, sur la situation en Syrie et les différentes positions des grandes puissances à la veille d’une négociation sur un projet de résolution devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

La décision de Vladimir Poutine humilie la diplomatie française

Caroline Galactéros au Dîner annuel de l'AFS du 1er octobre 2016

Caroline Galactéros au Dîner annuel de l’AFS du 1er octobre 2016

Nous vous conseillons de lire l’article publié par notre amie Caroline Galactéros, membre de l’Association d’Amitié France-Syrie qui analyse d’une manière lucide et sévère la position diplomatique de la France.

Dans le cadre de la poursuite de la recherche de la vérité sur la guerre en Syrie, et sur les responsabilités, nous nous efforçons de publier des analyses les plus objectives pour permettre à nos adhérents et sympathisants de suivre et de comprendre l’évolution de la situation en Syrie d’une complexité extrême.

Lors de notre dernier dîner annuel, le 1er octobre 2016 l’intervention de Caroline Galactéros avait été chaleureusement applaudie par nos amis Syriens d’opinions diverses.

Source : FIGAROVOX – « La décision de Vladimir Poutine humilie la diplomatie française » – Bouger les lignes.