L’offensive de l’armée syrienne et russe sur Idleb

AFP, publié le lundi 17 septembre 2018 à 17h11

Le président russe Vladimir Poutine tentait lundi de lever les réticences de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan concernant l’offensive que compte lancer le régime de Bachar al-Assad, avec l’aide de l’armée russe, à Idleb, dernier bastion rebelle de Syrie.

La rencontre entre les deux chefs d’Etat, dont les pays sont des acteurs-clefs du conflit syrien, a commencé peu avant 12H00 GMT dans la station balnéaire de Sotchi, sur la mer Noire.

Elle intervient moins de deux semaines après leur sommet avec le président iranien Hassan Rohani à Téhéran, où leurs divergences étaient apparues au grand jour, poussant la Russie à repousser l’offensive d’Idleb pour éviter une rupture avec Ankara.

« Nous avons beaucoup de sujets à discuter et certains d’entre eux sont difficiles », a déclaré M. Poutine, en accueillant son homologue turc à Sotchi. « Je suis ravi de vous voir non seulement pour échanger nos avis, mais aussi pour chercher des solutions là où elles n’ont pas encore été trouvées », a-t-il souligné.

Pour sa part, M. Erdogan a estimé que cette rencontre se solderait par une déclaration incarnant « un nouvel espoir » pour la région, sans plus de précisions.

Plus fidèle allié de Bachar al-Assad, la Russie semble pressée d’en finir avec la rébellion syrienne et était le plus fervent avocat d’un assaut d’ampleur sur Idleb lors du sommet de Téhéran.

Si la Turquie soutient pour sa part les rebelles syriens, la province d’Idleb est contrôlée à 60% par le groupe jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), composé notamment de l’ex-branche d’Al-Qaïda en Syrie et considéré comme un groupe « terroriste » par Ankara.

« La situation est tendue avec Idleb », a reconnu lundi le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, cité par l’agence de presse russe Ria Novosti, évoquant des « différences d’approche » entre les deux pays sur le sort de ce dernier fief de l’opposition armée au président Bachar al-Assad.

Depuis le sommet de Téhéran, d’intenses tractations ont donc eu lieu entre Turcs et Russes pour tenter de parvenir à un compromis, l’objectif principal pour Ankara étant de parvenir à neutraliser le HTS tout en évitant le lancement d’une vaste offensive.

 – Diminution des bombardements –

L’enjeu est double pour la Turquie : Ankara veut d’une part éviter un nouvel afflux de réfugiés syriens provoqué par une offensive d’envergure, alors que le pays a déjà accueilli plus de trois millions de Syriens depuis le début du conflit.

D’autre part, la Turquie s’inquiète du sort de centaines de soldats turcs déployés dans douze postes d’observation établis à Idleb pour veiller au respect de la « désescalade » mise en place par le processus d’Astana, entamé en janvier 2017, ainsi que des groupes de rebelles syriens « modérés » qu’elle soutient.

Dimanche, la Turquie a envoyé des renforts militaires, composés essentiellement de chars et d’autres équipements militaires, vers l’un de ses postes d’observation dans la province d’Idleb, selon le quotidien Hürriyet.

Début septembre, le régime de Damas et l’aviation russe avaient multiplié les bombardements sur Idleb pendant plusieurs jours, mais les frappes ont diminué d’intensité la semaine dernière.

« Ce qu’on présente en ce moment comme le début d’une offensive des forces syriennes soutenue par la Russie n’est pas une représentation fidèle des faits », a déclaré la semaine dernière le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, à l’occasion d’une visite à Berlin.

« Nous travaillons activement avec nos partenaires turcs pour régler la situation à Idleb », a-t-il ajouté, précisant que la Russie fera tout « pour s’assurer que la population civile ne souffre pas ».

La Syrie est déchirée depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 360.000 morts. L’intervention en septembre 2015 de l’armée russe aux côtés du régime syrien a changé le cours de la guerre et permis au régime de remporter d’importantes victoires militaires.

Quelle est la situation des droits de l’homme aujourd’hui dans le monde ?

L’AFS vous recommande la lecture de cet article du Monde paru  le 4 août 2018.

Le haut-commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Zeid Ra’ad Al-Hussein, achève son mandat le 1er  septembre. Le diplomate jordanien de 54 ans dénonce dans un entretien au  Monde » l’ascension continue de l’autoritarisme, la continuation des rhétoriques populistes, les mensonges, les demi-vérités et les tromperies « .

Quelle est la situation des droits de l’homme aujourd’hui dans le monde ?

La pression sur les droits universels est une évidence. Les mécanismes et les lois sur les droits de l’homme doivent être défendus et promus en permanence. Tandis qu’on voit des progrès dans certains pays, comme récemment l’ouverture très encourageante aux droits civils et politiques en Ethiopie, on voit les terribles crimes perpétrés par des groupes extrémistes violents, on voit l’ascension continue de l’autoritarisme, la continuation des rhétoriques populistes, les mensonges, les demi-vérités et les tromperies. On voit la mise en cause de la nature universelle des droits de l’homme. Alors c’est une lutte. L’avancée pour le progrès humain a toujours été une lutte. Et j’ai le sentiment que l’accumulation des crises a atteint un point qui en fait un problème charnière.

Les atteintes aux droits de l’homme concernent donc à la fois des pays totalitaires et des pays démocratiques ?

Aucun pays n’est totalement exempt de violations des droits de l’homme. Aucun n’est totalement exempt d’un déficit concernant l’un des trois critères fondamentaux nous permettant de mesurer le comportement d’un pays : des gens sont-ils discriminés, des gens sont-ils malmenés, des gens vivent-ils dans la peur ? Je ne pense pas que quiconque puisse prétendre qu’il y ait de gouvernement parfait.

L’universalité des droits de l’homme est sans cesse remise en cause. Pourquoi les valeurs que vous défendez seraient-elles universelles ?

Si vous acceptez l’idée qu’il existe suffisamment de points communs entre êtres humains qui nous identifient comme étant une espèce, alors l’idée que nous naissons libres, que nous naissons avec le même droit d’accès aux droits humains, est une évidence.

Mon expérience est que, quand on parle aux victimes de violations des droits de l’homme, ils savent tous que les droits de l’homme sont universels. Il n’y a que ceux qui violent les droits de l’homme qui trouvent des excuses dans les traditions, les cultures, les circonstances. J’ai entendu les témoignages de victimes de beaucoup de pays, sur tous les continents, et ça ne varie pas : si vous avez souffert une perte, si un membre de votre famille a été détenu arbitrairement, s’il a disparu, s’il a été torturé, si quelqu’un a été privé de sa vie ou de sa liberté, la souffrance est identique.

La montée des populismes et des atteintes aux droits de l’homme dans des pays démocratiques, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, est-il un phénomène nouveau ?

Non. L’idée d’imposer aux autres un programme basé sur sa seule nationalité, en ne respectant aucune règle, l’idée que chacun devrait être  » le premier « , que ce soit  » America first  » ou  » n’importe qui first « , est une vieille idée qui a déjà donné des résultats catastrophiques. L’idée de créer un sentiment de peur au sein de peuples déjà anxieux des changements autour d’eux, l’idée d’évoquer une menace qui viendrait d’au-delà des frontières ou de minorités, sont de vieilles tactiques. Et ce n’est pas du génie : on sait que ça fonctionne à court terme, que ça peut faire gagner une élection.

Mais les conséquences à long terme sont catastrophiques. Une fois qu’un nationalisme s’est réellement implanté, le seul moyen d’en venir à bout est à travers le conflit. Vous ne pouvez pas créer un sens d’exceptionnalisme ou de supériorité au sein d’une société et dire un beau jour :  » Au fait, nous nous sommes trompés, nous sommes tous égaux et avons les mêmes droits. «  C’est pourquoi cette politique est extrêmement risquée. Le fait de voir l’autoritarisme revenir dans des parties du monde que l’on pensait acquises aux règles démocratiques, aux droits civiques et au respect des droits de l’homme, est profondément dérangeant.

D’où vient ce mouvement ?

Je pense que le réveil des nationalismes est dû au fait que, dans des cycles politiques à court terme et dans un contexte de multiples changements planétaires, la rhétorique nationaliste fonctionne. On blâme les migrants. Or, la réalité est que 4,5  % de la population mondiale est actuellement en mouvement. Cela signifie que 95,5  % des gens restent là où ils sont ! Toute cette psychose et cette pression, par exemple sur l’Union européenne, est le résultat de ces 4,5  % de gens en mouvement, quand bien même certains ne sont pas des Africains en route pour l’Europe : beaucoup de mouvements – de migrants – vont du Sud vers le Sud. Politiquement ça marche, mais sans aucune vision des conséquences.

D’un autre côté, le Bangladesh accueille soudainement 600 000 personnes – des Rohingya venus de Birmanie – . Le Bangladesh, qui n’est même pas signataire de la convention de 1951 sur les réfugiés, aurait pu miner sa frontière en prétextant une menace sécuritaire.

La source du problème est la xénophobie. Pour un xénophobe, peu importe que trois cents étrangers vivent à ses côtés ou un seul. Un seul suffit. Alors comment en finir avec la xénophobie ? Comment en finir avec la discrimination ?

En ex-Yougoslavie, là où j’ai commencé ma carrière, on sait ce qu’il est advenu lorsque ces idées ont été transformées en armes. On a vu les actes les plus cruels. Que voulaient-ils : des pays ethniquement purs ? Un retour au passé ? L’histoire de l’humanité a été sanglante et cruelle, et ils voulaient revenir à une époque d’arbitraire et d’injustice. L’idée que ce soit possible est insupportable.

Après le sentiment de progression des droits humains dans les années 1990, le tournant a-t-il été le 11-Septembre et la réponse qu’y a apporté l’administration Bush ?

Oui, certainement. La création de ce Haut-Commissariat pour les droits de l’homme en  1993, la création des tribunaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda, puis l’établissement de la Cour pénale internationale, furent des étapes d’une importance considérable. Il y avait un sentiment du possible. Il suffit de regarder le nombre de traités et de conventions : beaucoup de travail a été effectué dans les années 1990.

Puis, avec le 11-Septembre et la guerre d’Irak, tout s’est progressivement compliqué. La crise irakienne fut un tournant, avec notamment le fait que la torture gagne de nouveau une sorte d’admissibilité.

Cette régression est-elle un succès pour Al-Qaida, deux décennies après sa déclaration de guerre ?

Il faut accepter le fait que des groupes extrémistes et violents peuvent perturber des sociétés avec leurs terrifiantes attaques, mais il est peu probable qu’ils puissent détruire la planète. Seuls les gouvernements peuvent détruire la planète. Dans le combat contre ces extrémistes, il faut appliquer strictement et intelligemment la loi. Il faut être respectueux des droits humains de chacun. Sinon l’Etat, au fil du temps, commence à ressembler au groupe qu’il combat.

Votre façon de dénoncer haut et fort toutes les atteintes aux droits de l’homme et le fait que vous vous soyez mis à dos -quasiment tous les Etats de la planète semblent faire débat au sein de l’ONU, notamment sur l’efficacité de la démarche. Qu’en pensez-vous ?

Je crois que l’ONU doit parler haut et fort. Revenons aux accusations centrales envers les Nations unies au moment du génocide des Tutsi du Rwanda : c’est que l’ONU n’a pas parlé au moment où elle aurait dû parler. Ce fut l’accusation principale contre l’ONU également en ex-Yougoslavie. La leçon de l’ex-Yougoslavie est aussi que si on s’autorise à être plus terrifié que les gens auxquels on parle, si l’ONU n’est pas respectée, si les règles ne sont pas respectées, alors c’est l’impunité, et le désastre arrive.

Ce que j’ai retenu de mon expérience en ex-Yougoslavie est que je préfère commettre une erreur en parlant haut et fort plutôt que de ne rien dire et de le regretter terriblement ensuite. Je le dis à mes collègues de l’ONU : personne ne se souviendra de vous pour votre silence.

Les défenseurs des droits de l’homme défendent les droits de chaque individu. Les autres défendent les droits d’une communauté particulière. C’est la différence. Défendre les droits d’une communauté contre d’autres communautés, c’est créer les conflits de demain. Les violations des droits de l’homme d’aujourd’hui sont les conflits de demain. Quelle humanité veut-on ? Une humanité où lorsqu’on est menacé par la guerre, la mort, personne ne vous accueille ? C’est ce que ces populistes tentent de -promouvoir. C’est de l’égoïsme. Et ce sera terrible si nous ne résistons pas.

Propos recueillis par Rémy Ourdan

© Le Monde

 

 

Communiqué du HCR: situation sud-ouest de la Syrie

Dans le cadre du partenariat entre l’AFS et le HCR nous publions le Communiqué de presse  du HCR:

 

Paris, le 5 juillet 2018

 

Déclaration de Filippo Grandi, Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, sur la situation au sud-ouest de la Syrie

 

 

Je suis extrêmement inquiet pour la population civile, qui est prise au milieu des tirs croisés dans le sud-ouest de la Syrie – y compris des frappes aériennes et de lourds bombardements. Environ 750 000 vies humaines sont en danger. Plus de 320 000 personnes sont maintenant déplacées et la plupart vivent dans des conditions de précarité et d’insécurité, dont environ 60 000 personnes qui campent au point de passage frontière avec la Jordanie à Nasib/Jaber.

Bien que les communautés locales en Syrie aient ouvert leurs portes pour accueillir un grand nombre de personnes déracinées, la plupart sont forcées de vivre en plein air ou dans des abris de fortune qui offrent peu de sécurité et de protection contre les éléments. Un grand nombre de femmes et d’enfants se trouvent parmi les personnes déracinées, ainsi que des personnes âgées, des blessés et des malades. Parmi les déplacés se trouvent également des travailleurs humanitaires locaux dévoués qui sont venus en aide à la population civile depuis le début du conflit.

De toute évidence, la priorité absolue est de trouver une solution politique au conflit et d’épargner de nouvelles souffrances aux civils syriens. Pendant ce temps, les Nations Unies et ses partenaires font leur possible pour acheminer une aide vitale à la population dans le sud-ouest de la Syrie depuis l’intérieur même de la Syrie et de l’autre côté de la frontière jordanienne, mais la situation de sécurité entrave nos efforts pour atteindre un grand nombre de personnes qui ont cruellement besoin d’aide.

J’appelle toutes les parties à redoubler d’efforts pour faire cesser les hostilités, permettre aux agences humanitaires de livrer du matériel vital de secours et d’abris ainsi que d’évacuer les blessés. La protection, la sécurité et la sureté des civils ainsi que celles des travailleurs humanitaires sont cruciales. Il s’agit d’un principe fondamental en vertu du droit international humanitaire qui doit être garanti par toutes les parties au conflit et la communauté internationale dans son ensemble.

Les hostilités dans la région frontalière constituent un risque vital et ne laissent pas d’autre choix que de rechercher la sécurité en Jordanie voisine. Je salue la Jordanie qui assure généreusement la protection de centaines de milliers de réfugiés syriens depuis le début de la crise. Je remercie également ce pays qui fait son possible pour fournir et faciliter l’assistance aux personnes dans le besoin à l’intérieur de la Syrie. Etant donnés les dangers immédiats, je plaide pour qu’un refuge temporaire soit octroyé en Jordanie aux personnes en quête de sécurité et j’appelle la communauté internationale à accorder un soutien immédiat et significatif à la Jordanie, dans un esprit de solidarité et de partage de la responsabilité.

Le HCR se tient prêt à intensifier immédiatement ses efforts d’assistance à l’intérieur de la Syrie et en Jordanie. Des milliers de personnes innocentes vont perdre la vie, une fois encore, si aucune action urgente n’est mise en œuvre.

 

Contacts médias:

 

 

 

Représentant personnel du président de la République française pour la Syrie

L’AFS a le plaisir de vous communiquer l’information suivante:

L’actuel ambassadeur de France en Iran François Sénémaud, ancien directeur du renseignement à la DGSE, a été nommé aujourd’hui en Conseil des ministres représentant personnel du président de la République pour la Syrie, a annoncé le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

Le dossier de la Syrie, où la France a fermé son ambassade sans toutefois rompre formellement les relations diplomatiques, était piloté depuis 2014 au ministère des Affaires étrangères par Franck Gellet, 54 ans, qui vient d’être nommé ambassadeur de France au Qatar.

M. Sénémaud, 61 ans, devrait quitter ses fonctions à Téhéran en août, a indiqué M. Griveaux, qui a précisé que « nous ne rouvrons pas une ambassade en Syrie ». M. Sénémaud arrivait au terme de ses fonctions en Iran. « Nous ne rouvrons pas une ambassade en Syrie », même si le titre du diplomate sera « représentant personnel du président de la République, ambassadeur pour la Syrie », à compter du 27 août, a précisé le porte-parole du gouvernement français.

Le conseil d’administration de l’Association d’amitié France Syrie se félicite de cette décision qui n’est probablement pas étrangère aux actions que nous avons menées.

Nous espérons que DAMAS réagira favorablement en vue de renouer le dialogue avec la France.

La Charte des Nations unies a une nouvelle fois été bafouée.

La Charte des Nations unies a une nouvelle fois été bafouée.

Sans aucune décision du Conseil de sécurité, donc sans mandat de l’ONU, les États-Unis en tête, la Grande-Bretagne et la France ont frappé la Syrie dans la nuit de vendredi à samedi, les 13 et 14 avril dernier en guise de représailles aux « présumées attaques chimiques sur Douma ».

Alors que l’OIAC devait lancer ses investigations en vue de vérifier la présence de gaz toxique le 14 avril, manifestemen,t sans aucune preuve de l’origine de ces attaques chimiques, la France a embrayé le pas pour participer aux frappes punitives contre la Syrie, État indépendant, membre des Nations Unies.

L’AFS, qui se bat depuis le début du conflit syrien pour préserver l’amitié séculaire entre la France et la Syrie, entre les Français et les Syriens et pour instiller un esprit de médiation dans cette horrible guerre voit ses ambitions ruinées par de tels  actes.

Alors que la France pourrait se démarquer de la logique guerrière des États-Unis, pour jouer un rôle capital en faveur du peuple syrien, en ouvrant une antenne consulaire dédiée à nos compatriotes doubles nationaux ou pas et en prenant l’initiative de faire lever l’embargo sur les produits de 1re nécessité, afin de montrer que la France est aux côtés du peuple syrien qui souffre tellement après plus de 7 ans de guerre, les armes ont pris le dessus.

L’AFS ne peut que condamner une telle violation du droit international et souhaite ardemment un retour fort et immédiat aux principes qui ont été institués par la Charte des Nations Unies.

Elle appelle au retour de la France vers une politique humanitaire en Syrie en faveur du peuple syrien qui se comporte d’une manière admirable dans ce drame qui n’en finit pas.

La politique sans conscience n’est que ruine de l’âme.

A Damas, un air de vie ordinaire

ARTICLE SÉLECTIONNÉ DANS LA MATINALE DU 13/11/2017

édition abonné Le Monde

En Syrie par temps de guerre 1|3. Dans une série de trois articles, « Le Monde » évoque la vie quotidienne dans la capitale syrienne, où la population veut croire à la fin de la guerre et des privations.

LE MONDE |  • Mis à jour le  | Par Laure Stephan (Damas, envoyée spéciale)

Ce reportage a été réalisé à la mi-septembre en présence d’un jeune employé du ministère de l’information, comme c’est la règle pour la plupart des journalistes étrangers amenés à séjourner en Syrie dans les zones sous contrôle gouvernemental.

En contrebas de la grande mosquée des Omeyyades, la terrasse du café Al-Nawfara, que l’on dit être le plus ancien de Damas, ne désemplit pas. Des jeunes fument le narguilé, pianotent sur leurs smartphones, boivent un café. Plus à l’est dans la vieille ville, vers Bab Touma, l’une des sept anciennes portes de la ville, des adolescents en uniforme scolaire bavardent et rient, en petits groupes. C’est la mi-journée, les classes viennent tout juste de se terminer. Au loin, des bombardements se font entendre, sporadiques, puis plus fréquents.

Visage impassible, une mère marche main dans la main avec son enfant, des écoliers montent dans le minibus qui les ramène chez eux. Aucun des hommes assis devant une petite boutique voisine de l’école ne tourne le regard vers le lieu des frappes. « Cela fait si longtemps, nous nous sommes habitués » ; « c’est loin » ; « les temps ont été bien plus difficiles, aujourd’hui ce n’est rien », nous confieront les Syriens croisés au cours de ce séjour d’une semaine à Damas.

Les bruits d’artillerie, isolés mais quotidiens, proviennent de la Ghouta orientale, une vaste enclave rebelle en lisière de la capitale syrienne, mais plus personne ne s’en inquiète vraiment. Porte d’entrée, le quartier de Jobar, dont le contrôle reste disputé entre le régime et les combattants anti-Assad, se trouve à moins d’un kilomètre des faubourgs est de la vieille ville. Les frappes des forces progouvernementales et les combats ont baissé d’intensité depuis qu’un processus de « désescalade » a été mis en place en juillet par la Russie, dans la Ghouta orientale. La trêve exclut les djihadistes de l’ex-Front Al-Nosra, lié à Al-Qaida. En septembre, un regain de violence a été enregistré dans cette zone, l’un des derniers fiefs rebelles de la région.

Les habitants sont conscients de leur « chance »

Si les tirs d’obus sur la ville sont moins fréquents, la menace demeure bien présente. A plusieurs reprises, durant notre séjour, plusieurs s’abattront sur des secteurs sous contrôle loyaliste. Un matin, un quotidien gouvernemental annonce un mort et plusieurs blessés dans le quartier de Douela, en attribuant les tirs aux « terroristes » de la Ghouta orientale. Si ces tirs entretiennent un sentiment de vulnérabilité chez les Damascènes, leur peur n’a rien à voir avec celle qu’ils ont connue dans les années 2013-2015, lorsqu’ils pouvaient à tout moment périr sous un obus de mortier. Damas se sent-elle encore une ville en guerre ? « C’est plutôt la capitale d’un pays en guerre », juge Abou Qassem, un commerçant loyaliste.

Les habitants ont conscience de leur « chance » par rapport à ceux d’Homs ou d’Alep, meurtries par les combats. Mais, derrière la normalité apparente du trafic automobile et des magasins ouverts, le conflit demeure omniprésent, que ce soit au travers du fracas intermittent des explosions, ou des barrages militaires. « Ils sont bien moins nombreux », souligne pourtant un habitant, en décrivant les embouteillages de l’année passée. Des checkpoints quadrillent toujours les abords de la capitale, ses principaux axes, ainsi que les entrées des divers quartiers.

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STEPHANE OIRY

Des photos du président Bachar Al-Assad, en civil ou en tenue militaire, les mêmes que celles qui ornent les commerces, y sont affichées, parfois aussi des posters glorifiant l’armée. Un chauffeur de taxi se lamente de l’attente causée par le contrôle des papiers d’identité ou des véhicules ; il essaie d’emprunter la « file militaire » avant de se faire éjecter par un garde. En quelques jours, le rituel devient vite familier : deux coups secs donnés par l’homme en uniforme sur le coffre de la voiture ; après inspection, c’est le feu vert pour reprendre la route.

Une amélioration de la sécurité

A l’un de ces barrages, près de l’enclave de la Ghouta, deux pick-up chargés de combattants en treillis passent en trombe. Sur un mur, on peut lire ce slogan sans équivoque : « Assad ou personne ». En longeant les abords de Jobar se dressent bientôt des immeubles éventrés, aux façades noircies par les flammes, un infime indice du niveau de destruction à l’intérieur de la zone insurgée, pilonnée depuis des années par les aviations syrienne et russe. Les récits des nombreux déplacés ayant fui le secteur viennent rappeler la violence des combats. S’ils ne sont plus retournés sur place, ils ont appris, d’une manière ou d’une autre, que leur maison était désormais à terre. Mais c’est une réalité parallèle, un autre monde, à la fois proche et lointain. Collé à Jobar, un marché aux légumes continue de fonctionner côté loyaliste.

Damas a changé. Des places ont été rabotées, des rues interdites, des rangées de blocs de béton entourent ministères et administrations militaires. Il faut dire que plusieurs attentats majeurs ont secoué la ville depuis 2011. Le dernier en date, le 11 octobre, a fait deux morts et six blessés selon un bilan officiel : trois kamikazes ont tenté d’assaillir le quartier général du commandement de la police. Pris sous le feu des gardes en faction, ils se sont fait exploser avant de pénétrer dans le bâtiment.

LE COÛT DES LOGEMENTS A BONDI. CELUI DES TRANSPORTS AUSSI. CÔTÉ NOURRITURE, TOUT A DÉCUPLÉ

Quelques jours plus tôt, le 2 octobre, un autre attentat avait visé un commissariat de police du quartier de Midane, faisant au moins dix-sept morts, en majorité des membres des services de sécurité. L’attaque a été revendiquée par l’organisation Etat islamique, encore présente à Yarmouk, un faubourg occupé autrefois par un camp palestinien. Au pic du conflit, il y avait même des enlèvements en ville. « Mais la sécurité s’est améliorée », assure-t-on avec soulagement, comme pour conjurer le passé.

Les Damascènes parlent bien plus volontiers, et plus spontanément, de leurs difficultés quotidiennes à joindre les deux bouts. Le salaire mensuel moyen tourne autour de 30 000 livres syriennes (environ 49 euros). Le coût des logements a bondi. Celui des transports aussi. Côté nourriture, tout a décuplé. « Chaque classe sociale est descendue d’un étage, constate un employé d’une association caritative du quartier de Midane. La classe moyenne s’est appauvrie, et les pauvres sont encore plus pauvres. » Il note toutefois un léger mieux : son association a suspendu, à la fin de l’été, l’aide d’urgence, qui consistait à distribuer des repas aux indigents.

80 % des Syriens sous le seuil de pauvreté selon l’ONU

Situé dans le sud de Damas, Midane est connu pour les pâtisseries orientales de sa rue commerçante. Classes moyenne et populaire se côtoient dans cette partie de la ville où les maisons sont basses, et les mosquées d’époque mamelouke ou ottomane. Le soir, dans une odeur de fleur d’oranger et de sucre, les gourmands y dégustent des gâteaux. Mais les commerçants se plaignent : d’après eux, les affaires tournent au ralenti. Pour beaucoup de Syriens, la vie demeure un combat, un défi au jour le jour qui oblige à se contenter du minimum. « Avant la crise, chaque famille de Midane pouvait se permettre 2 kilos de viande par semaine. Par les temps qui courent, c’est bien si un foyer parvient à acheter un kilo par mois », résume l’employé humanitaire.

Selon l’ONU, plus de 80 % des Syriens vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, contre 28 % avant le conflit. Samira Badawiyé, 53 ans, en fait partie. La maison dans laquelle elle vit, près d’un marché aux légumes, surprend par son état de délabrement. Elle a pourtant dû avoir du cachet, cette demeure ancienne… Ses vitres sont cassées, ses murs décrépis, l’ensemble semble pouvoir s’effondrer à tout moment. Au premier étage, du linge pend aux fenêtres. C’est là que vit cette mère de quatre enfants. Elle a fini par trouver refuge dans cet appartement qui appartenait à ses parents.

ABANDONNÉE PAR SON MARI AU DÉBUT DE LA GUERRE, SAMIRA TENTE DE SURVIVRE EN S’ENDETTANT ET REMBOURSE SES DETTES AVEC CE QUE GAGNE SON FILS DE 19 ANS

En juillet 2012, ce mois où la rébellion a semblé sur le point de percer vers le centre de la capitale, elle s’était enfuie du quartier de Yarmouk, théâtre de violents affrontements. « J’ai passé une année à avoir peur la nuit pour mes enfants, raconte-t-elle. Il y avait des bombardements sur les quartiers voisins. A l’été 2012, on entendait que l’Armée [syrienne]libre allait attaquer. Daech [l’acronyme arabe de l’organisation Etat islamique] n’existait pas encore. » Le groupe djihadiste, qui s’est emparé de la majorité du camp de Yarmouk en 2015, y est toujours présent, et Samira Badawiyé ne veut plus y remettre les pieds. Tout cela, pour elle, c’est du passé : « Les gens disent que tout le quartier où l’on vivait a été détruit. »

Abandonnée par son mari au début de la guerre, elle tente de survivre en s’endettant et rembourse ses dettes avec ce que gagne son fils de 19 ans, tailleur occasionnel. Il a quitté l’école et, même si la paix venait demain, il ne reprendrait pas les cours. « Il est le seul homme, insiste Samira. Il faut bien qu’on vive. » A la dernière rentrée scolaire, elle a hésité à inscrire ses deux cadettes, faute d’argent pour les fournitures. « Et puis je me suis dit : peut-être qu’elles deviendront fonctionnaires plus tard. Alors, je les ai tout de même inscrites. »

Malgré le dénuement dans lequel elle survit, Samira s’efforce de bien recevoir ses hôtes. Elle prépare un café en louant la générosité de ses voisins. Dans le salon, un baby case est posé par terre, celui de sa petite-fille, née voici quelques mois, qui dort à poings fermés. Le mari de sa fille aînée est soldat démineur, il a droit chaque mois à une permission de trois jours. « Il a déjà été blessé cinq fois », se désole-t-elle. Aux dernières nouvelles, il a été envoyé sur le front d’Idlib, dans le nord du pays, où les armes continuent de se déchaîner.

La société est composée de très riches et de très pauvres

Dans la rue, près d’étals de tomates, d’aubergines ou de gombos, Mayada Ayoub, 47 ans, décrit, elle aussi, un quotidien de privations. A l’entendre, la société est « désormais composée de très riches et de pauvres ». Elle-même s’en sort grâce à l’argent envoyé par ses deux filles parties en Allemagne, l’une avant la guerre, l’autre après. Son mari, combattant d’une faction palestinienne à Yarmouk, est décédé. Mayada Ayoub met un point d’honneur à aider également sa nièce, malade, et ses neveux, pour les dépenses scolaires et sanitaires. Dans un sachet, elle montre des médicaments achetés à la pharmacie. « Ils viennent d’Iran, confie-t-elle, on m’a dit que c’était bien, et pas trop cher. » Derrière son comptoir, Loubna, la pharmacienne, confirme : « J’ai tout un rayon de médicaments en provenance d’Iran, dont les psychotropes et les antidouleurs. On continue à vendre de tout, mais il y a une hausse des tranquillisants et des somnifères. »

QU’ILS DÉFENDENT LE POUVOIR OU LE CRITIQUENT, LA PLUPART DES INTERLOCUTEURS DÉPLORENT LES SANCTIONS, QUI ONT SURTOUT NUI À LA POPULATION

Avant le conflit, la Syrie disposait d’une importante industrie pharmaceutique. Depuis, de nombreuses usines ont été détruites ou endommagées, et la production entravée par les difficultés à importer les matières premières, en raison des sanctions américaines et européennes sur les transferts financiers. Les Syriens ont dû composer avec les pénuries de médicaments. Ceux de fabrication occidentale restent chers. D’autres, trafiqués en contrebande, sont dangereux.

Qu’ils défendent le pouvoir ou le critiquent, la plupart des interlocuteurs déplorent ces sanctions. Censées punir le régime, pour sa répression des manifestations des premiers mois de la révolte en 2011, et affaiblir le pouvoir, elles ont surtout nui à la population, première victime de l’inflation et des pénuries. C’est aussi le point de vue de plusieurs organisations humanitaires internationales présentes en Syrie. D’autant que les profiteurs de guerre ont réalisé, eux, de juteux bénéfices grâce à la contrebande et au marché noir.

Sur les étagères de la pharmacie de Loubna, on trouve aussi des boîtes de lait pour enfants, ainsi que des paquets de couches fabriquées en Syrie. Des produits déjà coûteux en temps ordinaire. Loubna connaît des mères obligées de diminuer la quantité de lait donnée aux enfants, ou de le remplacer par du riz et de l’eau. Certains parents, pour faire face aux difficultés économiques, multiplient les métiers. Ainsi, de nombreux chauffeurs de taxi travaillent en pantalon de treillis : ce sont des soldats qui profitent des périodes de permission pour gagner un peu d’argent. « La solde n’est pas assez bonne, il faut bien que je fasse vivre ma famille », explique l’un d’eux. Lorsqu’il n’est pas au volant de son vieux taxi jaune, il se bat dans la région de Palmyre.

Une reprise économique attendue

D’un bout à l’autre de Damas, la guerre a fait voler en éclats les habitudes. Elle a tout envahi, même les squares : dans les boutiques de jouets, au milieu des ballons et des poupées, on vend des panoplies en plastique avec arme, gilet pare-balles et casque. « La vie continue », vous répète-t-on, mais l’incertitude du lendemain est devenue le lot commun, et il faut apprendre à faire comme si… « On vient au bureau d’un pas affairé, témoigne un entrepreneur, comme si on était débordés, alors qu’on ne travaille peut-être qu’une heure ou deux. Mais on en a besoin, pas seulement financièrement, mais pour continuer, pour le moral. » L’une de ses usines, dans les environs de Damas, est en ruine. Prudent, il dit sentir venir, depuis la reprise des quartiers rebelles d’Alep par les forces progouvernementales, en décembre 2016, le « début de la fin [de la guerre] ».

Mohammed Ghassan Al-Qallaa, président de la chambre de commerce de Damas et responsable de la fédération des chambres de commerce syriennes, ne donne pas de chiffres sur les dégâts subis par son secteur. Il s’en tient à des généralités, soulignant à quel point toute l’activité économique a été touchée. « Les régions industrielles ont été bombardées, des usines vendues en pièces détachées. » Commerçants et industriels ont également souffert des sanctions.« Mais les Syriens sont inventifs, ajoute-t-il. On trouve tout sur le marché. Prenez l’électroménager, ça se faisait déjà avant la crise, mais la pratique a augmenté : on importe les moteurs et on fabrique sur place. »

LA TENUE DE LA FOIRE INTERNATIONALE DE DAMAS CET ÉTÉ LAISSE ENTREVOIR UN FRÉMISSEMENT, MAIS PAS ENCORE LA FIN DE LA GUERRE

La « crise » est l’un des mots qu’il utilise, au même titre que les « événements », pour décrire la situation du pays depuis 2011. M. Al-Qallaa énumère les difficultés : la production de blé qui, avant-guerre, garantissait à la fois l’autosuffisance et les exportations, a été divisée par quatre ; les entrepreneurs contraints de mettre la clé sous la porte ; les industriels partis après la destruction de leur usine… En fouillant dans le passé, il cherche des raisons de croire à la renaissance de la Syrie : « Durant la première guerre mondiale, il y a eu un flux d’émigration vers les Amériques. Le pays a continué. »

Les décideurs se sont réjouis de la tenue de la Foire internationale de Damas cet été. Une première depuis six ans. L’événement, présenté comme un signe du retour à la normale, a attiré des visiteurs étrangers : Russes, Chinois, Indiens, Egyptiens. Il faut y voir un frémissement, mais pas encore la fin de la guerre. « Il faudra quelques années pour que les opérations militaires se terminent. Puis la vie économique reprendra, et même mieux qu’avant », veut croire M. Al-Qallaa. Les profiteurs de guerre, enrichis grâce à toutes sortes de trafics, figureront alors en bonne place de cette reprise. Qui sont-ils ? Des « privilégiés », des « nouveaux riches », dit-on, sans avancer de nom, en affirmant volontiers que « tout le monde les connaît »« Le plus important pour l’économie, ce n’est pas la source de l’argent, mais le fait qu’il ne reste pas dans des coffres et circule », dit M. Al-Qallaa.

A quelques rues de là, Sonia Khandji Cachecho, chef d’entreprise et membre du conseil d’administration de la chambre de commerce de Damas, ne cache pas son émotion lorsque nous la rencontrons, dans son bureau en rez-de-chaussée. L’une de ses proches a été tuée par une roquette aux abords de la Foire internationale. Tout en exprimant sans détour son dégoût pour ceux qui se sont enrichis sur le dos des autres, elle se veut pragmatique : « C’est le lot de toute guerre »,assure-t-elle. Le sort subi par certains professionnels la met en colère : « Les petits entrepreneurs se sont appauvris, ils sont sortis du jeu, ont choisi l’exil, non pas pour des raisons politiques, mais parce qu’ils ne possèdent plus rien, parce qu’on leur a tout détruit. Leurs espoirs, leurs possessions, leur histoire familiale. » Si l’idée de partir lui a traversé l’esprit, elle a fini par l’écarter. « Il reste une vie solidaire ici, malgré toute cette guerre qui a détruit beaucoup de l’âme des Syriens. »

Des jeunes dandys en terrasse

Le soir, l’animation ne faiblit pas dans le quartier d’Al-Hboubi. Le long d’un axe commercial, les passants flânent devant les vitrines de boutiques d’habillement. Dans d’autres rues alentour, les volets de petits immeubles aux entrées fleuries de bougainvilliers et de jasmins, restent fermés. Aucune lumière n’en filtre. Leurs habitants ont-ils quitté les lieux ? Damas est devenu le carrefour d’un vaste chassé-croisé, entre exilés (5 millions de Syriens ont fui le pays) et déplacés (6 millions sur l’ensemble du pays).

UN 4 × 4 RUTILANT FREINE DEVANT L’UN DE CES ENDROITS À LA MODE, INACCESSIBLES POUR UNE MAJORITÉ DE SYRIENS. QUI SONT-ILS ? QUE LEUR VAUT CE PRIVILÈGE ?

De jeunes dandys se retrouvent sur une place, des filles rient en les dévisageant. Les terrasses des cafés branchés sont bondées, on fume le narguilé, on boit du café. Un 4 × 4 rutilant freine devant l’un de ces endroits à la mode, inaccessibles pour une majorité de Syriens. Un chauffeur en pantalon de treillis en descend pour ouvrir la porte aux passagers. Qui sont-ils ? Que leur vaut ce privilège ? La clientèle s’anime alors que les écrans transmettent un match de football. Autant de moments volés à la morosité et à la dévastation. Une affiche célèbre les « Aigles de Qassioun », l’équipe nationale, qui a finalement raté de peu la qualification pour le Mondial de 2018.

Au restaurant Naranj, table réputée de la vieille ville, deux enfants s’installent sur la terrasse pour épier la noce dans la douceur du soir : la mariée, une couronne posée sur ses longs cheveux, danse entourée des invités, au rythme d’une musique enivrante. Autrefois, ce restaurant était l’une des adresses favorites de Bachar Al-Assad. Malgré la guerre, l’endroit n’a jamais fermé ses portes. « Au plus fort de la crise, les mariages se faisaient dans l’après-midi », se souvient le père Youssef, chargé d’enregistrer les mariages au patriarcat orthodoxe. « Depuis quelques mois, nous accueillons plus de mariages ou d’anniversaires, confirme Mirna Meda, gérante d’un hôtel voisin, le Beit Zaman. Les gens ont envie de vivre des moments de joie. »

L’établissement, lui aussi, est toujours resté ouvert. Les touristes d’avant la guerre ont été remplacés par des journalistes, des employés d’ONG… « On a pesé le pour et le contre, se souvient la gérante. Et puis on a décidé de continuer. C’était une manière de garder espoir et de résister. » Peu importe que des employés soient partis, que sa fille ait émigré en Allemagne… Mirna Meda est restée avec son fils. A ses heures libres, elle photographie pour son aînée les rues de Damas. Quand les bombardements font trembler les vitres qui donnent sur le patio de l’hôtel, elle ne s’en émeut même pas. Sa conviction est faite : si la bataille de la Ghouta orientale finit, « la vie sera plus facile : plus de travail, moins de barrages, la peur qui s’éloigne ».

Des futures mariées au souk de la soie

A l’autre extrémité de la vieille ville, au souk de la soie, une robe de mariée est présentée sur un mannequin à l’entrée d’une impasse. « On vit dans la crise et dans la guerre, mais malgré cela, tout continue. C’est le génie syrien : la capacité d’adaptation », assure le vendeur, Mohamed Ghanem Geha. Dans sa vie d’avant, M. Geha travaillait en Libye. Il a quitté ce pays en 2011, quand une partie la population a commencé à se soulever contre le régime du colonel Kadhafi, puis il s’est lancé dans la mécanique auto, à Jobar. Ensuite, il a fui les combats pour se rendre en zone loyaliste et changer de métier. Le voici maintenant qui montre des modèles de robes blanches pour les mariées, ou de couleur pour les fiancées. Les tenues sont à vendre, ou à louer si l’argent manque. Il arrive à M. Geha d’habiller des jeunes femmes qui célèbrent leurs noces seules avec les deux familles, avant de rejoindre leur mari à l’étranger.

« Avant la guerre les mariages réunissaient les familles pendant trois ou quatre jours. Maintenant, chacun est dans sa région, c’est impossible »
Doha

« C’est une chance de se marier, car il n’y a pas de travail et beaucoup d’hommes manquent », assure Riham, sidérée par les prix de la lingerie et des chaussures à talon. Cette jeune fille de 20 ans fait les magasins avec sa mère. Elles ont prévu de louer une salle pour le mariage. Plus loin, une autre cliente, une étudiante de 23 ans prénommée Doha, compte les jours avant son propre mariage, organisé à Jaramana, une banlieue de la capitale. En attendant, trois femmes voilées l’accompagnent pour choisir sa robe : sa mère, sa belle-mère et une tante. Toutes trois contemplent les modèles présentés par le vendeur.

Doha aurait aimé acheter une robe rien qu’à elle, du genre unique, « que personne d’autre n’a portée et que personne d’autre ne portera jamais ». Mais sa famille n’a pas les moyens de la lui offrir, il faudra donc la louer. En tout, les deux familles débourseront 900 000 livres syriennes (1 500 euros) pour cette cérémonie, soit trente fois le salaire moyen. Et encore, avoue la belle-mère, la liste des invités a été restreinte aux intimes. « Avant la guerre, explique-t-elle, les mariages réunissaient les familles pendant trois ou quatre jours. Maintenant, chacun est dans sa région, c’est impossible de penser organiser de telles festivités. » La cérémonie sera tout de même filmée pour être partagée avec les proches en exil. « Ce sera un moment de joie et de souvenir, dit-elle. Dans chaque maison, il y a des émigrés, des disparus ou des morts. » C’est ainsi : à Damas, les fantômes des absents s’invitent partout, même aux mariages des vivants.

 

Ryad va organiser une conférence élargie de l’opposition syrienne

NOV
14

Ryad va organiser une conférence élargie de l’opposition syrienne

L’Arabie saoudite a prévu d’accueillir la semaine prochaine à Ryad une conférence qualifiée d' »élargie » de l’opposition syrienne afin d’unifier les différents courants avant des négociations de paix sous l’égide de l’Onu, indique l’agence saoudienne de presse SPA, lundi.
Les discussions prévues du 22 au 24 novembre visent « à réunir les partis et plates-formes (de l’opposition) et à unifier leur délégation de négociateurs pour relancer les pourparlers directs sous les auspices de l’Onu à Genève », indique SPA.
Le royaume saoudien soutient un rassemblement de personnalités de l’opposition réunies au sein du Haut comité pour les négociations (HCN) présidé par Riyad Hidjab, ancien Premier ministre de Bachar al Assad.
Le HCN représentait l’opposition syrienne lors des discussions organisées à Genève par les Nations unies.
Plusieurs autres groupes politiques d’opposition sont soutenus par d’autres pays comme la Russie ou l’Egypte.
L’agence SPA ne précise pas quelles sont les formations opposées au régime d’Assad qui seront présentes lors de cette conférence.
Le gouvernement saoudien est favorable à la conclusion d’un accord international sur l’avenir de la Syrie mais soutient qu’Assad ne peut pas jouer un rôle dans la transition qui doit mener à la fin de la guerre.
Plusieurs sessions de négociations sous médiation de l’Onu n’ont abouti qu’à de maigres progrès.

L’armée syrienne reprend Deir ez-Zor

L’armée syrienne a repris le contrôle total de la ville orientale de Deir ez-Zor, la plus importante de l’est du pays.

 L’EI s’était emparé de la quasi-totalité de Deir ez-Zor et de sa province riche en pétrole en 2014. L’armée syrienne avait pu en libérer certains quartiers assiégés en septembre.

Les tranchées creusées par les jihadistes étaient encore visibles. Vendredi, des unités d’ingénierie au sein de l’armée s’employaient à désamorcer les mines et autres engins explosifs laissés par les combattants de l’EI, selon la télévision d’Etat.

La perte de la ville de Deir ez-Zor est un nouveau coup dur pour l’EI, qui a subi une série de revers ces dernières semaines en Syrie et en Irak voisin.

Le groupe ultra-radical ne tient plus aujourd’hui que 35% de la province de la Deir ez-Zor et s’est retranché dans une ville de moindre importance, Boukamal, à la frontière irakienne. Les forces du régime syrien sont désormais à 40 km de Boukamal.

» Lire aussi : En Syrie, le régime à l’assaut de Deir ez-Zor

L’EI contrôle encore des villages et localités et au moins un champ pétrolier dans la Syrie en guerre, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH).

Ces derniers mois, les jihadistes ont été chassés des grandes villes qu’ils contrôlaient, sous le coup de multiples offensives: par les forces irakiennes à Mossoul (nord de l’Irak) en juillet, et par une coalition kurdo-arabe syrienne soutenue par Washington à Raqa en Syrie, au mois d’octobre.

Syrie: plus de 1.100 enfants souffrent de malnutrition dans la Ghouta assiégée

Syrie: plus de 1.100 enfants souffrent de malnutrition dans la Ghouta assiégée

Une infirmière porte une petite fille syrienne souffrant de malnutrition aiguë, le 21 octobre 2017 dans un hôpital de la Ghouta orientale (afp)


Plus de 1.100 enfants ont souffert ces trois derniers mois de malnutrition aiguë dans la région de la Ghouta orientale, en Syrie, a indiqué lundi l’Unicef, alors que cette zone tenue par les rebelles est assiégée par le régime.
Dans cette région rurale située à l’est de Damas, où vivent près de 400.000 personnes selon l’ONU, l’aide humanitaire ne parvient qu’au compte-goutte en raison du siège imposé depuis 2013 par le régime de Bachar al-Assad.
« Avec la fermeture de la Ghouta, et la hausse des prix des aliments, la question de la malnutrition est en train de se dégrader », a mis en garde Monica Awad, une responsable de l’Unicef dans un communiqué en réponse à des questions de l’AFP.
Ces trois derniers mois, 232 enfants ont souffert de malnutrition aiguë sévère, et 882 de malnutrition aiguë modérée, selon l’agence des Nations unies pour l’enfance, précisant que 1.589 autre enfants se trouvaient par ailleurs dans une situation « à risque ».
Selon le site internet de l’Unicef, la malnutrition aiguë sévère s’illustre par « un enfant fragile et squelettique qui a besoin d’un traitement urgent pour survivre ».
« Les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère ont un poids très faible pour leur taille et manifestent une sévère émaciation musculaire ».
Mme Awad a évoqué la mort récente de deux enfants en bas âge, une fillette de 34 jours et un garçon de 45 jours, « en raison d’un allaitement insuffisant, selon le médecin ».
« Les mères n’ont pas accès à une nourriture de qualité, ce qui les fragilise et fait qu’elles ne sont pas capables d’allaiter leurs enfants », a-t-elle précisé.
La petite Sahar Dofdaa, 34 jours, est décédée dimanche, après avoir été conduite par ses parents dans un hôpital de la Ghouta. Samedi, elle avait été filmée par un collaborateur de l’AFP.
Squelettique, les côtes saillantes sous sa peau translucide, elle respirait avec difficulté, elle pesait à peine plus de 1,9 kg.
La Ghouta orientale est une des quatre « zones de désescalade » instaurée en mai par les parrains internationaux des belligérants en Syrie, dans le but d’obtenir une trêve dans les combats et mettre un terme à la guerre meurtrière qui ravage le pays.
Le 23 septembre, un convoi transportant de la nourriture ainsi que des aides médicales et nutritives pour quelque 25.000 personnes était parvenu à entrer dans trois localités assiégées de la Ghouta, selon le bureau des affaires humanitaires de l’ONU.
« Mais ce n’était pas suffisant pour répondre aux besoins de tous les enfants », a souligné Mme Awad. « Les besoins humanitaires sont très importants. Ils ont besoin de nourriture de qualité, de médicaments et de provisions en nutrition thérapeutique »

En pleine débâcle, l’EI accusé de nouvelles exactions en Syrie

Des enfants jouent dans une rue d’al-Qaryatain, récemment reprise aux jihadistes de l’EI, le 22 octobre 2017 en Syrie (afp)


Le groupe Etat islamique (EI) a été accusé lundi d’avoir « exécuté au moins 116 civils » dans une ville du centre de la Syrie avant d’en être chassé, les jihadistes ne contrôlant plus qu’un territoire restreint dans ce pays en guerre.
Cible de multiples offensives, l’EI subit depuis des mois revers après revers en Syrie et en Irak voisin. Il vient d’être chassé par une alliance de combattants kurdes et arabes de Raqa, son ancienne « capitale » de facto en Syrie et voit s’écrouler son « califat » autoproclamé sur les régions conquises en 2014.
Le groupe ultraradical, qui s’est fait connaître pour ses exactions souvent mises en scène de manière spectaculaire, conserve toutefois sa capacité à riposter de manière meurtrière, par des exécutions ou des attentats à travers le monde.
« Durant les 20 jours où il a contrôlé al-Qaryatayne, l’EI a exécuté au moins 116 civils (…), après les avoir accusés de collaboration avec les troupes du régime », a indiqué lundi à l’AFP Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
Cette localité de la province de Homs a été reprise samedi aux jihadistes par les forces du régime de Bachar al-Assad.
Selon M. Abdel Rahmane, les cadavres ont été « trouvés dans les rues, les maisons et à d’autres endroits » par des habitants de retour dans leur ville.
« Certains ont été tués à l’arme blanche, d’autres par balle », a ajouté le directeur de l’OSDH.
D’après ses sources, la plupart des victimes ont été tuées au cours des deux jours précédant la débâcle de l’EI à al-Qaryatayne.
L’agence officielle Sana a publié lundi des images tournées dans la ville, montrant un hôpital saccagé et en partie incendié, ainsi que des routes recouvertes de gravats.
Le gouverneur de la province de Homs, Talal Barazai, apparaît sur la vidéo remerciant les habitants pour leur « ténacité » face à l’EI et s’engageant à rester à leur côté. Des dizaines de personnes faisaient la queue pour recevoir de l’aide humanitaire distribuée par le Croissant rouge syrien.
L’EI avait capturée al-Qaryatayne une première fois en août 2015 avant d’en être chassé moins d’un an plus tard. Puis, le 1er octobre, les jihadistes s’étaient à nouveau emparé de cette ville qui compte une minorité chrétienne et plusieurs églises, dont certaines ont été saccagées.
Le régime a pris le contrôle de la ville samedi, « après le retrait de plus de 200 membres de l’EI en direction de la Badiya », le grand désert du centre syrien, selon l’OSDH.
Avec la récente perte de Raqa, le dernier bastion urbain de l’EI en Syrie est la ville de Boukamal, située à la frontière de l’Irak, dans la province de Deir Ezzor (est). Cette région pétrolière était quasi totalement entre les mains de l’organisation extrémiste il y a encore quelques mois, mais les jihadistes n’en contrôlent plus que 40% aujourd’hui.
Des combats s’y poursuivent, et l’EI se trouve confronté à deux offensives distinctes: l’une menée par le régime syrien et son allié russe, l’autre par l’alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS), appuyée par les Etats-Unis.
Toujours dans la province de Deir Ezzor, l’EI contrôle par ailleurs, selon l’OSDH, quelque 8% de la capitale éponyme, soit une poignée de quartiers de cette cité qui comptait initialement plus de 100.000 habitants.
Dans tous les territoires dont il s’était emparé en 2014, l’EI a mené les pires exactions, orchestrant exécutions de masse, décapitations et autres atrocités.
En décembre 2014, les corps de 230 personnes exécutées par l’EI sont découverts par leurs proches dans une fosse commune dans la province de Deir Ezzor. En juin 2015, les jihadistes ont tué en trois jours plus de 200 civils, dont des femmes et des enfants, dans la ville de Kobané (nord), avant d’être repoussés par des forces kurdes.
En Irak, les jihadistes font subir à la minorité kurdophone yazidie des traitements particulièrement cruels, exécutant des hommes et réduisant des femmes à l’état d’esclaves sexuelles. L’ONU estime que les attaques de l’EI contre cette communauté « pourraient constituer un génocide ».