Manifestations à signaler

– Expositions de photographies « Souvenirs de Syrie » d’Alain Homsi du 24 au 29 mars, à la Maison d’Europe et d’Orient, 3 Passage Hennel (accès par le 105, avenue Daumesnil) – 75012 Paris. Cette exposition d’un photographe syrien, solidaire au profit des enfants de Syrie, devrait nous rappeler le riche patrimoine syrien porteur de siècles d’histoire, toutes civilisations confondues.

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« Promenade dans le jardin andalou d’Ibn Al Awwam à Séville au 12e siècle »,

A la période médiévale, dans l’ensemble du monde arabo-musulman, la connaissance de l’ensemble des pratiques culturales connues dans une vaste aire sous domination de souverains musulmans était primordiale pour l’essor tant politique qu’économique des royaumes d’Occident et d’Orient !
Il ne faut donc pas s’étonner que de nombreux humanistes érudits, des savants : médecins, botanistes, pharmacologues et des princes au pouvoir, même, se soient fait agronomes et se soient attachés soit à compiler soit à rédiger d’importants Traités d’Agronomie.
Simone Lafleuriel-Zakri  qui a vécu de nombreuses années à Alep, a collaboré avec les professeurs Sourdel, à un doctorat sur les sources anciennes des traités arabes médiévaux d’agronomie. Elle a signé plusieurs publications consacrées aux pratiques hydro-agricoles traditionnelles d’après les manuscrits arabes d’Agronomie à la période médiévale et un répertoire des substances médicinales de la péninsule arabique d’après la compilation des auteurs cités dans le Traité des Simples d’Ibn Baytar !
Elle a participé à la rédaction de l’ouvrage: « Sciences et technologie en Islam (Unesco) » . Elle est l’auteure de « Syrie, berceau des civilisations » paru chez ACR , de la « Botaniste de Damas » : un roman historique paru en 2010, et de « Mémoires d’un herboriste andalou » à paraître prochainement …
Elle a donné une conférence au Centre Culturel Syrien le 18 juin sur un illustre jardinier qui a cultivé son jardin à Séville au XIIème siècle, Cheikh Abou Zakariya ibn Mohamed Ibn Ahmed ibn Al Awwam. Ci-joint  le  texte de la conférence : /fichiers/pdf/ibn-al-awwam.pdf

« Le Roman de la Syrie »

« Le Roman de la Syrie » de Didier Destremeau et Christian Sambin

Éditions du Rocher

« Le Roman de la Syrie » de Didier Destremeau et Christian Sambin (Editions du Rocher, 270 pages, juin 2012. Prix. 20,20€).

Ce  livre sur l’histoire de la Syrie  paraît  tomber à point nommé.
D’abord par le moment même de sa parution. Tandis que la Syrie fait quotidiennement l’objet des plus sombres et iniques commentaires dans les médias, il est particulièrement réconfortant de la voir représentée sous son vrai jour, celui de la tolérance et de la joie de vivre que nous lui connaissons tous.

Ensuite, par la richesse et l’érudition de son contenu qui en 270 pages réparties sur 14 chapitres résument les 39 civilisations étalées sur 16.000 ans d’histoire qui ont façonné ce pays. Celui sur « La Syrie et la France » intéressera particulièrement les membres de notre Association.

Enfin, par la personnalité du coauteur de ce remarquable ouvrage, notre ami Didier Destremeau, compagnon de la première heure de l’AFS qui, comme officier, puis ambassadeur a passé l’essentiel de sa longue et brillante carrière dans le monde arabe.

En ce qui nous concerne, nous faisons volontiers nôtre sa conclusion : « une fois les cahots actuels dépassés, vers ce pays fabuleux qu’est la Syrie, déferleront à nouveau des millions d’êtres humains fascinés par sa richesse et son rôle dans l’histoire. Nous espérons avoir contribué à la préparation de ce futur proche ».  B.L.

 

« Rue des Syriens », de Raphaël Confiant

"Rue des Syriens", de Raphaël Confiant

éditions Mercure de France

Dans son dernier livre, le romancier martiniquais Raphaël Confiant relate la saga des Syro-libanais en Martinique.
Le synopsis : À la fin du XIXe siècle, des centaines de milliers d’habitants issus des pays du Levant – Syrie, Palestine, Liban et Jordanie – émigrèrent en Amérique du Sud et dans l’archipel des Antilles. Ils furent désignés sous le nom générique de « Syriens ». Wadi est l’un d’eux. Quand il débarque à Fort-de-France dans les années 1920, le dépaysement est total. Il est à la recherche de son oncle Bachar, qui l’a précédé en Martinique au début du siècle. Wadi a tout à construire dans ce nouveau pays où il va vivre de multiples aventures et croiser de nombreux personnages : Fanotte la superbe et fantasque revendeuse, Bec-en-Or le crieur de magasin, Ti Momo le fier-à-bras amateur de combats de coqs, des maîtres en sorcellerie, un boutiquier chinois, un prêtre hindou, et bien d’autres encore, caractéristiques du melting-pot antillais…

Avec « Rue des Syriens », Raphaël Confiant poursuit son décryptage sociologique et culturel de l’histoire de la Martinique. Auteur prolixe, avec une soixantaine de livres, écrits en français et en créole (romans, essais, traductions de l’anglais), Confiant excelle dans l’art de restituer avec saveur la trace des innombrables apports qui ont forgé l’identité composite de son île.
Dans ses ouvrages, l’auteur s’est toujours attaché à l’exploration minutieuse, mais aussi truculente et ludique, des itinéraires multiples à l’origine de la société martiniquaise : hommes et femmes venus d’Afrique, d’Europe, de Chine et d’Inde, du Moyen-Orient, voisins sud-américains, autochtones amérindiens et des îles environnantes.

« 1945. L’Empire rompu », Henri de Wailly

« 1945. L’Empire rompu », Henri de Wailly

Édition Perrin, 2012

C’est le troisième ouvrage d’Henri de Wailly consacré à la Syrie après « Syrie : 1941. La guerre occultée » et « Liban, Syrie : le mandat. 1919-1940 » dont nous avions rendu compte (cf. N°38 de notre Lettre. Juillet 2010).

A l’heure où la situation en Syrie tient dramatiquement la vedette sur la scène internationale, ce livre ne pouvait mieux tomber. Il nous permet d’appréhender cette période amicale de l’histoire des relations tumultueuses entre la France et la Syrie et marquent le signal de départ de la décolonisation française en Indochine et en Algérie (1945-1962). D’où le titre de l’ouvrage.

Henri de Wailly, un des meilleurs historiens de la décolonisation dont les ouvrages furent couronnés par l’Académie française et par l’Académie des Sciences morales et politiques, nous permet, une fois de plus, avec « l’Empire rompu » de mieux comprendre et mesurer le rôle du pouvoir français d’alors, incarné par le Général de Gaulle, qui consacra à ces évènements un long et passionnant chapitre dans ses « Mémoires de guerre ».

L’archéologie a l’honneur

Des conférences ayant pour thème la présentation des multiples sites et aspects de l’archéologie syrienne sont régulièrement organisées tous les mois par le Centre Culturel Arabe Syrien.

Citons pour mémoire la tenue depuis le début de cette année des conférences suivantes :

–  Conférence le 10 janvier 2012 de Mme Béatrice Muller, Directeur de recherche au CNRS, UMR 7041 ArScAn, Archéologies et Sciences de l’Antiquité – Nanterre, sur le thème «La peinture murale en Syrie et en Mésopotamie (du IVe au Ier millénaire av. J.-C.)». 

peinture murale syro-mésopotamienneMéconnue en raison de son mauvais état de conservation, la peinture murale syro-mésopotamienne a joué, dans l’art et dans la vie quotidienne, un rôle beaucoup plus important que ce que pourrait laisser croire la rareté de ses vestiges. Le décor coloré, tant géométrique que figuratif, s’organise savamment dans les maisons, les palais et les temples et témoigne de préoccupations où la figure royale et la figure divine, souvent associée symboliquement à des animaux, tiennent la plus grande part.
          

Conférence le 31 janvier de M. Eric Coqueugniot, Directeur de recherche au CNRS, Responsable de la   fouille de Dja’de, qui a traité de « Dja’de el Mughara, un village du 9ème millénaire avant notre ère en Syrie (Vallée de l’Euphrate) ».

Le néolithique apparaît au Moyen-Orient, notamment dans le nord de la Syrie, avant    l’Europe.    On    assiste       selon       des    étapes    successives à la naissance des divinités, à la sédentarisation, à l’agriculture, à l’élevage, puis à la céramique. La question de la domestication des plantes, des animaux et de la sédentarité est évoquée.      On a notamment découvert des figurines féminines avec la symbolique du taureau, des figurines féminines et des figurines asexuées, ainsi que des petites haches en céramique, des poignards et des flèches en silex. La découverte également d’une sépulture de 70 individus « maison des morts », sans offrandes ni objets est ensuite relatée.

      

– Conférence le 7 février de M. Pierre Leriche, Directeur de Recherche Emérite au CNRS, Directeur de la Mission Franco-Syrienne d’Europos-Doura, Responsable de l’Association Orient Hellénisé, sur le thème « Europos-Doura sur l’Euphrate, Témoin exceptionnel de la civilisation de la Syrie classique. Découvertes récentes »

steppe syrienne et Djeziré, Europos-Doura

Entre steppe syrienne et Djeziré, Europos-Doura marque de sa forte présence le paysage avec ses murailles remarquablement conservées et ses ruines qui dominent l’Euphrate du haut d’une falaise de quarante mètres.Située entre Deir ez Zor et Al Boukamal, elle a été fouillée depuis 1920 par trois missions archéologiques successives qui y ont dégagé de nombreux monuments et ont révélé l’un des sites archéologiques les plus prestigieux de la Syrie antique. Définitivement désertée en 256 à l’issue d’un siège acharné par les Sassanides, elle n’a jamais été réoccupée. C’est ainsi qu’ont été remarquablement préservés ses monuments et qu’y ont été découverts de nombreux documents illustrant la vie de cette période. Ceci en fait la source majeure de l’histoire du Proche Orient grec, parthe et romain. Ses peintures, dont certaines ont été récemment découvertes, sont particulièrement célèbres et lui ont valu d’être appelée « La Pompéi du désert ».

Rappelons en particulier, les restes d’une synagogue de 12 m de long sur 8 m de large ont été découverts, témoignent de la présence d’une communauté juive très active. Les peintures qui couvrent l’ensemble des murs représentent la vie de Moïse et ont été transportées au musée de Damas. 19 édifices religieux ont été découverts consacrés à des dieux différents (Artémis, Aphrodite, Bâal….)

La réunion le 27 mars sous le titre de : « La Syrie antique, terre des reines » a donné lieu à deux présentations distinctes :

–  « Les reines de Syrie aux IIIe et IIe millénaires av.J.C. » par Mme Brigitte Lion, Professeur d’histoire ancienne à l’Université François Rabelais, Tours.

Si en Syrie, les femmes n’exercent pas la réalité du pouvoir politique aux IIIe et IIe millénaires av.J.C., les femmes de la famille royale jouissent d’un grand prestige et exercent des fonctions administratives importantes. La mère du roi bénéficie d’un statut élevé, son épouse principale est informée de la situation politique et joue un rôle majeur dans la gestion du palais, ses filles contribuent à la création de jeux d’alliances par le biais de mariages diplomatiques. Les archives des palais d’Ebla, de Mari et d’Ougarit permettent d’étudier cette place remarquable des femmes pendant plus d’un millénaire, du XXIV au XIIIe s.av.J.C.

–  « Zénobie : de Palmyre à Rome » par Mme Virginie Girod-Drost, Docteur en Histoire de l’Université Paris IV-Sorbonne.

Zénobie (267-273), la reine des reines, est un personnage emblématique de la Syrie antique. Par son ambition et son habileté, elle s’est imposée sur la scène politique romaine de laquelle les femmes étaient généralement exclues. Zénobie, comme les autres impératrices syriennes, à l’instar de Julia Domna, a affolé les chroniqueurs de l’Histoire Auguste qui lui ont consacré un chapitre complet dans le livre des Trente Tyrans. Reine orientale, elle devint, sous la plume des historiens romains, une nouvelle Cléopâtre.

Parution d’un roman historique

« Syrie, mon amour. 1860, au cœur d’une guerre oubliée », roman historique de Christine Malgorn, paru chez l’Harmattan (29€).
Ce roman nous transporte dans la Syrie de 1860 quand ce pays et le Liban faisaient partie du vaste Empire ottoman, en particulier à Damas où eurent lieu de sanglants événements  entre chrétiens et musulmans précédés de tout aussi dramatiques événements entre druzes et maronites au Mont-Liban.

L’histoire est-elle condamnée à se répéter ? Une fois encore on s’aperçoit que derrière la défense d’une noble cause, se cachent des enjeux politiques et économiques. C’est ainsi que sur un arrière-fond de rivalité franco-anglaise pour la domination de la région soumise encore à l’autorité vacillante du Sultan ottoman, que ces événements vont provoquer l’intervention d’un corps expéditionnaire de huit mille hommes de l’Empereur Napoléon III, qui débarque à Beyrouth en août 1860. Parmi ces soldats figure Pierre, héros du roman, qui découvre l’orient.

Au-delà de la trame romanesque, la lecture de ce livre nous livre de précieuses indications sur l’origine des conflits qui ont ensanglanté la région à cette époque ainsi que des descriptions détaillées de la vie socio-économique de ses habitants.

Les conséquences du système des capitulations étrangères sont décrites dont l’existence des Consulats à Damas, qui quel que soit le pays représenté, jouaient le rôle d’un état dans l’Etat au détriment de la paix entre les communautés musulmane et chrétienne. Les agents consulaires se transformant en commerçants spécialisés dans la vente des protections lesquelles permettent à leur tour à celui qui en est détenteur, de disposer d’un statut d’extra-territorialité et d’échapper à l’impôt dû au Sultan.

Les textiles des manufactures européennes qui ont commencé à se déverser en 1840 en Syrie ont fait disparaître des milliers d’artisans et de tisserands de Damas et d’Alep. Les métiers à tisser n’ont pu lutter contre l’entrée de ces productions industrielles.

Le livre contient une description des souks de Damas (souk des selliers, artisans, tissus et Caravansérail Assad Pacha) ainsi qu’ une représentation des karakaguez, semblables aux guignols actuels qui jouent un rôle dans la propagation des rumeurs.

L’action des hommes de l’Emir Abdel Kader le 10 juillet 1860 pour assurer le sauvetage des chrétiens lors de ces événements y est rappelée.

Le rôle de Fouad Pacha, Emissaire du Sultan ottoman qui instaure une punition exemplaire en procédant à l’exécution des responsables ottomans du massacre de Damas est soulignée ainsi que ses rapports avec le Général de Beaufort, Chef du corps expéditionnaire.L’origine des événements qui ont opposé les Chrétiens et les Druzes au Liban serait due en partie aux hommes d’église maronite et aux luttes de pouvoir entre cheikhs et religieux druzes et maronites.

L’entrée en scène d’un parent du personnage principal Pierre dans le roman, journaliste anticlérical, qui joue le rôle d’informateur permet d’éclairer le point de vue des druzes dans le le déroulement des luttes avec les maronites. Afin de contrecarrer le soutien apporté par la France aux maronites, les druzes pactisèrent dès lors avec des missionnaires protestants.
Soulignons également , l’épisode du bref passage de Pierre dans la Ville de Zahlé dans la Békaa et sa rencontre avec le père Paolo qui lui apporte un certain apaisement. Cette ville enrichie par le commerce de la soie et où l’on voit y éclore la production de vin y est décrite comme « une République théocratique », la religion catholique était érigée en religion d’Etat, soustraite de ce fait à l’autorité ottomane. Huit mille druzes iront par la suite à l’assaut de Zahlé sous la férule de Khattar Al Imad.
La Culture du mûrier à Deir El Qamar et dans la région du Mont-Liban incitera les industriels de Lyon à créer de multiples de filatures de soie. Le développement de l’industrie de la soie en Syrie devient dès lors un enjeu économique pour la France.

MA

Syrie, éclats d’un mythe , de Nathalie Galesne

Syrie, éclats d'un mythePour connaître la Syrie dans son ensemble; pour connaître sa culture, son passé, son présent, sa réalité quotidienne, les légendes qui constituent son quotidien, le charme envoûtant que ses villes continuent à exercer sur les visiteurs, il n’y a pas mieux que le livre de Nathalie Galesne Syrie, éclats d’un mythe.
Le titre lui même est éloquent. Il connote un pays solide, précieux et fragile comme le cristal; un pays éblouissant, étincelant et déroutant comme un palais de glaces; enfin un pays qui a longtemps cultivé le mythe de son homogénéité contre la menace d’éclatement dans un Moyen-Orient explosif. La structure fragmentée que Nathalie Galesne a choisi pour son livre est en harmonie avec cette image du pays: un mélange agréable d’histoires, de citations, de poèmes, d’entretiens et de photos, en plus du texte de l’auteur qui dévoile tout l’amour qu’elle porte à la Syrie.