Le retour des Tcherkesses de Syrie sur la terre d’origine dans le Nord-Caucase

Originaires du Nord-Caucase, les Tcherkesses, autrefois appelés Circassiens, furent contraints à l’exil lorsqu’en 1864, l’armée impériale russe acheva sa conquête de la région. Vaincus, ils partirent majoritairement s’installer dans l’Empire ottoman. Au début des années 1990, l’implosion de l’Union soviétique incita des Tcherkesses à revenir sur la terre de leurs ancêtres. Un flux migratoire qui s’est densifié à partir de 2011, lorsque la guerre éclate en Syrie. Ni réfugiés ni étrangers, ils sont appelés « rapatriés ». Dans le Caucase, la communauté tcherkesse se mobilise pour organiser leur retour sur une terre désormais constitutive de la Fédération de Russie.

À la périphérie de Panakhes, des maisons neuves aux façades brutes se succèdent en enfilade, le long d’une conduite de gaz surélevée. Nart habite la dernière, au bout du chemin de terre. Dans son jardin, il nourrit ses poules qui se massent bruyamment autour de lui. Dans une autre vie, cet homme au sourire immuable était barbier dans un salon de Damas. Ces dernières années, il s’est improvisé fermier dans cet aoul (village) de l’Adyguée où se sont installés des « rapatriés » de Syrie. La famille de Nart est originaire de Marj al-Sultan, un village tcherkesse de la Ghouta. Lorsque la guerre s’est déclarée dans le pays, elle a fait le choix de partir dans le Caucase. Ou plutôt, d’y revenir. « Désormais, il faut construire notre vie ici. C’est notre patrie », appuie Mazhar, l’octogénaire patriarche. Mais 150 ans plus tard, ces descendants d’exilés s’apparentent à des immigrés sur leur propre terre. Sans se départir de son humeur allègre, sa fille Barina peine à y trouver sa place. « Les premières années ont été très difficiles, nous vivions sans ressources financières. Et sans la maîtrise du russe, il est très compliqué de trouver un travail ou de lancer un business. » Dans une région où le travail se fait rare, elle aimerait mettre à profit sa connaissance de l’anglais.

Au moment où la Syrie s’embrase, le pouvoir fédéral russe envoie une délégation parlementaire à Damas. « Les représentants des parlements locaux et le milieu associatif ont demandé aux autorités de prendre des mesures en faveur des Tcherkesses de Syrie », rapporte Asker Sokht, responsable de la principale organisation tcherkesse à Krasnodar. La Russie accorde alors visas et titres de séjour à des populations dont « l’essentiel avait conservé, d’une manière ou d’une autre, des liens avec le pays ». À l’époque soviétique déjà, la Syrie est un pays « ami » qui envoie étudiants et futurs militaires en URSS. Barsbi, le neveu de Barina, est d’ailleurs né en Russie. « Mon père s’y rendait régulièrement dans les années 1990 », précise celui qui endosse régulièrement le rôle d’interprète familial. Arrivé jeune, russophone, il envisage désormais, comme la majorité des rapatriés de sa génération, de faire sa vie en Russie. « Pourquoi retournerais-je en Syrie ? Nous avons tant attendu ce retour sur notre terre ».

Dans la République d’Adyguée, le rapatriement des Tcherkesses de la diaspora bénéficie du soutien du pouvoir local. Mafekhabl se présente comme la vitrine de cette politique. « Ici, il y a tout ce qu’il faut : une infirmerie, une mosquée, un terrain de sport… Les conditions d’installation sont idéales », détaille Askhad Goutchetl, directeur du centre d’accueil des rapatriés. Cette structure régionale a été fondée pendant la guerre du Kosovo, en 1998. « Nous avons alors organisé le retour de plusieurs familles tcherkesses d’ex-Yougoslavie », raconte-t-il. Soucieux de faire revenir leurs compatriotes, les hommes d’affaires locaux financent la construction de cet aoul coquet et ordonné. Désormais, Mafekhal abrite des familles venues non seulement du Kosovo, mais aussi des principaux foyers de diaspora : Turquie, Syrie, Jordanie. « Le centre d’accueil nous permet de fournir aux nouveaux arrivants une aide administrative, juridique et sociale. Nous faisons en sorte que les Tcherkesses de l’étranger aient envie de vivre ici », explique Askhad Goutchetl pour qui cette mission présente un enjeu autant démographique que culturel.

Selon le militant Asker Sokht, environ 6 000 Tcherkesses de Syrie ont obtenu un titre de séjour russe depuis le début de la guerre. La moitié s’est établie sur le territoire tandis que l’autre est partie en Europe en transitant par la Russie. Environ un tiers de personnes restées sur le sol russe ont obtenu un passeport. « La méconnaissance du russe constitue le principal obstacle », indique-t-il tout en se montrant optimiste : depuis l’année dernière, le programme national d’aide au retour volontaire des compatriotes de l’étranger s’applique aussi à l’Adyguée. Une disposition qui doit permettre de régulariser l’ensemble des rapatriés présents dans la république. « Le développement d’internet a permis de rapprocher les diasporas à travers le monde », se réjouit Asker Bora, fondateur d’une association d’aide au retour à Naltchik, en Kabardino-Balkarie – dans le Caucase, les Tcherkesses vivent dans différentes républiques, autant de divisions administratives artificielles héritées de l’URSS. Au moment où les arrivées étaient nombreuses, l’association avait obtenu la mise à disposition de vieux sanatoriums. Le dernier encore occupé abrite une quarantaine de rapatriés. « Il nous faudrait des subventions fédérales… », élude Asker, soulignant la solidarité de la communauté et la réussite de l’intégration. « Dès qu’elles en ont la possibilité, les familles prennent leur indépendance ». Samira occupe toujours une petite chambre du sanatorium. Cette ancienne directrice d’école a quitté Damas avec des sentiments mêlés : l’amertume de tout laisser derrière elle et l’émotion de retrouver la patrie de ses ancêtres. Elle garde contact avec ceux qui, restés là-bas, n’ont pas eu les moyens de partir.

Permise par la chute de l’URSS, la réaffirmation des identités nationales a inspiré la rhétorique du Kremlin, qui honore aujourd’hui le caractère « multinational » de la Russie. Mais achevée il y a seulement 150 ans, la conquête du Caucase demeure source de crispations. Quand certains renoncent à remuer le passé, d’autres expriment un ressentiment sourd. « Contrairement à celui qu’ont subi les Arméniens, personne n’a entendu parler du génocide des Tcherkesses. Heureusement que ces dernières années, la diaspora s’active », glisse une rapatriée de Syrie. « Ce thème a été très présent avant et pendant les Jeux olympiques de 2014 à Sotchi, tenus sur les lieux où se livrèrent certains des derniers combats de la « Grande Guerre du Caucase » », note l’historien Iaroslav Lebedynsky. Sur ce sujet, les porte-parole de la cause tcherkesse en Russie observent généralement une certaine prudence. Selon Asker Bora, le bienfaiteur de Naltchik, le pays n’a pas encore fait son introspection. « Il est clair que l’enseignement de l’Histoire pose problème. »

*Source : RFI

Les Kurdes de Syrie : Entre le marteau turc et l’enclume russo-syrienne (Fabrice Balanche)

Prochaine séance du séminaire

Violence & Dogme : Territoires et représentations de l’islam contemporain

Mardi 26 novembre 2019 de 19H00 à 21H00

École Normale Supérieure

en Salle des Actes – 45 rue d’Ulm

Les Kurdes de Syrie : Entre le marteau turc et l’enclume russo-syrienne

Intervenant :

Fabrice Balanche

Maître de conférences HDR à l’Université Lyon 2 Chercheur associé au Washington Institute

 

Séance modérée par

Gilles Kepel

Professeur à l’Université Paris Sciences et Lettres (PSL) Directeur de la Chaire Moyen-Orient Méditerranée à l’École normale supérieure

&

Bernard Rougier

Professeur à l’Université Paris III – Sorbonne Nouvelle Membre Senior de l’Institut Universitaire de France Directeur du Centre des Études Arabes et Orientales de l’Université Paris III – Sorbonne Nouvelle

 

Fabrice Balanche fondera son exposé sur son séjour passé dans le Nord-Est de la Syrie au début du mois octobre 2019, concomitant de l’offensive turque dans la région et de la décision de Washington d’en retirer ses troupes.

Pour des raisons impératives de sécurité et de limitation du nombre de places, il est obligatoire de s’inscrire, en nous indiquant votre nom et votre profession ou affiliation universitaire, par retour de mail à l’adresse suivante :

gilleskepel.ulm@gmail.com

 

Les mosaïques byzantines de l’église de ‘Oqeirbāt (Syrie Centrale)

Dans le cadre de notre partenariat avec

l’Association Troubadours

nous sommes heureux de vous annoncer la conférence de

Komait ABDALLAH.

Il nous parlera de

« Les mosaïques byzantines
de l’église de ‘Oqeirbāt
(Syrie Centrale) »

Nous comptons sur votre présence

A la Maison des Associations du 12e arrondissement
181 Avenue Daumesnil 75012 Paris ♦ ♦ ♦ Jeudi 19 Décembre 2019 à 19h
 
 

Conférence de Jean-Jacques GLASSNER

Conférence-de-Jean-Jacques-GLASSNER

Dans le cadre de notre partenariat avec

l’Association Troubadours

 nous sommes heureux de vous annoncer la conférence de

Jean-Jacques GLASSNER.

Il nous parlera de

« L’histoire mésopotamienne
entre mythe et réalité
Uruk au IVe millénaire »

Nous comptons sur votre présence

A la Maison des Associations du 12e arrondissement
181 Avenue Daumesnil 75012 Paris ♦ ♦ ♦ Jeudi 7 Novembre 2019 à 19h  
   
 

Conférence de Anna Caiozzo

Conférence de Anna Caiozzo

Dans le cadre de notre partenariat avec

l’Association Troubadours

nous sommes heureux de vous annoncer la conférence de Anna Caiozzo.

Il nous parlera de

« L’art des Grands Saljoukides
entre innovation, acculturation
et identité nomade »

 

Nous comptons sur votre présence

 

A la Maison de la Vie Associative et Citoyenne 12e
181 Avenue Daumesnil 75012 Paris
♦ ♦ ♦
Mardi 21 Mai 2019 à 19h

 

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ORDINAIRE 2019

Madame, Monsieur,

Conformément à l’article XI de nos statuts, j’ai le plaisir de vous convier à la réunion de la XXVIème Assemblée Générale ordinaire de notre Association qui se tiendra le :

Mercredi 3 avril 2019 à 18h00h précises
Salle Germaine Tillon
Patronage Laïque Jules Vallès
72, avenue Félix Faure 75015-Paris (M° Boucicaut)

 

Ordre du jour:

1- Allocution du Président,
2- Rapport moral,
3- Rapport financier,
4- Suggestions et questions diverses.
5- Election des membres du Conseil d’Administration, (Voir documents joints).

Au cas où il ne vous serait pas possible d’assister à cette Assemblée Générale, nous vous
serions obligés de nous retourner la procuration ci-jointe, établie au nom de l’adhérent de
votre choix.

Une conférence à laquelle vous êtes invités suivra la tenue de cette Assemblée Générale à
20h00, sur le thème :

« État des lieux en Syrie à la lumière des nouvelles donnes géopolitiques ».

Par monsieur Fabrice Balanche

Nous vous prions de croire, Madame, Monsieur, en l’assurance de nos sentiments les
meilleurs.

Sami CHATILA
Secrétaire générale

Conférence de Fabrice Balanche

À l’issue de son Assemblée générale du 3 avril 2019 à partir de 20H,
Salle Germaine Tillon Patronage laïque Jules Vallès,
72, avenue Félix Faure 75015 Paris, (M° Boucicaut)

l’Association d’Amitié France Syrie

vous convie à la conférence donnée par

Monsieur Fabrice Balanche,
géographe, spécialiste de la géographie politique de la Syrie,
du Liban et du Proche-Orient en général et Maître de conférences HDR à l’Université Lyon 2
et Chercheur associé au Washington Institute.

sur le thème :

« État des lieux en Syrie à la lumière des nouvelles donnes géopolitiques ».

 

L’entrée est libre dans la limite des places disponibles

Conférence de Pascal BUTTERLIN

Association Troubadours | Conférence  Pascal BUTTERLIN

Dans le cadre de notre partenariat avec

l’Association Troubadours

nous sommes heureux de vous annoncer la conférence de Pascal BUTTERLIN.

Il nous parlera de

« Les échanges entre le monde
mésopotamien et iranien entre 5000 et 2500 avant notre ère »

 

Nous comptons sur votre présence

 
 
 

A la Maison de la Vie Associative et Citoyenne 12e
181 Avenue Daumesnil 75012 Paris
♦ ♦ ♦
Jeudi 21 Mars 2019 à 19h