Bilan de la conférence d’Astana du 24 janvier 2017

Bilan de la conférence d’Astana : une «première réussite» en vue d’une paix future en Syrie

Bilan de la conférence d'Astana : une «première réussite» en vue d'une paix future en SyrieSource: Reuters
La conférence d’Astana a permis de rassembler des parties qui s’étaient montrées jusqu’ici plus que réticentes à se rencontrer

L’opposition et le gouvernement syriens se sont enfin rencontrés sous le parrainage de la Russie, l’Iran et la Turquie. Outre la garantie du cessez-le-feu, la rencontre a ouvert la voie aux négociations qui auront lieu à Genève en février prochain.

La conférence d’Astana, réunissant le gouvernement syrien et les groupes d’opposition, sous le parrainage de la Turquie, la Russie et l’Iran, a pris fin ce mardi 24 janvier. Les trois pays l’ont qualifié de «succès» après avoir publié une déclaration commune par laquelle ils ont annoncé être parvenus à un accord pour «soutenir le cessez-le-feu en Syrie» et ainsi «ouvrir la voie aux discussions de Genève» qui auront lieu le 8 février prochain. «Il n’y a aucune solution militaire au conflit syrien, car celui-ci ne peut être résolu qu’à travers un processus politique», ont-ils ajouté.


Moscou, Téhéran et Ankara ont salué la volonté de ces derniers de «prendre part à la prochaine étape» des négociations à Genève. Afin de garantir la trêve, un mécanisme trilatéral sera mis en place dès le mois de février. Les groupes d’opposition armés seront d’ailleurs «invités à y jouer un rôle».

Le gouvernement syrien et l’opposition armée pour la première fois à la même table

C’était la toute première fois, depuis le début du conflit syrien, que l’opposition armée et le gouvernement se retrouvaient autour d’une même table d’une éventuelle sortie de crise en Syrie, sous le parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran. L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a salué «un événement comme il n’y en avait jamais eu jusque là», à l’occasion duquel «les représentants des groupes armés et le gouvernement syrien ont pu se parler». «Cela exigeait un vrai courage politique de s’asseoir dans la même pièce et d’écouter leurs demandes respectives», a-t-il souligné.

Cette rencontre exigeait un vrai courage politique

En effet, du côté de l’opposition armée, la tension était plus que palpable. «Notre délégation est venue du front pour obtenir quelque chose, sinon nous avons toujours entre nos mains les armes» avait prévenu Oussama Abou Zeid, un de leurs représentants, le lundi 23 au soir. Les groupes d’opposition ont également à plusieurs reprises accusé l’Iran de continuer les combats ou la Turquie d’être trop faible négociatrice et de ne pas soutenir leur voix.

Une «réussite» qui augure bien de la suite des négociations à Genève

Le chef de la délégation russe à Astana, Alexandre Lavrentiev, s’est félicité que les groupes d’opposition armés syriens aient compris que «Moscou n’est pas un ennemi». Tout d’abord «réticents» à travailler avec les Russes, ceux-ci se sont montrés «finalement plus ouverts», selon lui. La délégation russe a même annoncé avoir proposé un projet de constitution pour la Syrie aux représentants des groupes d’opposition armés afin d’«accélérer la résolution du conflit». Selon Moscou, ces derniers se seraient montrés «coopératifs» et prêts à participer aux négociations futures.

 S’il a admis qu’un «un compromis sur la question constitutionnelle n’a pas encore été atteint», Alexandre Lavrentiev a néanmoins souligné que «le nombre croissant de points de contact entre les forces gouvernementales et l’opposition sur le terrain» allaient permettre d’améliorer la situation humanitaire. Mais elle sera également «un élément crucial pour instaurer de la confiance à l’avenir», et permettre ainsi «de construire la paix».

Les contacts croissants entre forces gouvernementales et d’opposition permettent de restaurer la confiance

Washington, qui a fait preuve ces derniers mois d’un désengagement progressif dans le règlement du conflit syrien, a «salué ces actions visant à réduire les violences et les souffrances en Syrie», appelant à créer un «environnement plus propice à des discussions politiques inter-syriennes». De même, la Grande-Bretagne, qui ne prenait pas part aux pourparlers, a apprécié l’initiative. «Nous saluons tout processus à Astana qui pourrait mettre fin aux violences, améliorer l’accès humanitaire et nous faire revenir aux négociations de Genève sur la transition [politique] en Syrie», a écrit sur Twitter le représentant britannique pour la Syrie Gareth Bailey.

 Si la déclaration conjointe de Moscou, Téhéran et Ankara évoque une «première vraie réussite», elle précise néanmoins que l’essentiel restait à venir. «Il y aura des spéculations sur le fait que Astana est considéré comme un substitut du processus de Genève. Ce n’est pas vrai – Astana est complémentaire de Genève», a expliqué Alexandre Lavrentiev. Tenues sous l’égide de l’ONU, les discussions qui auront lieu à Genève devront, entre autres, régler d’épineuses questions, comme celles des prisonniers ou de la transition politique.
Bilan de la conférence d'Astana : une «première réussite» en vue d'une paix future en SyrieSource: Reuters
La conférence d’Astana a permis de rassembler des parties qui s’étaient montrées jusqu’ici plus que réticentes à se rencontrer

L’opposition et le gouvernement syriens se sont enfin rencontrés sous le parrainage de la Russie, l’Iran et la Turquie. Outre la garantie du cessez-le-feu, la rencontre a ouvert la voie aux négociations qui auront lieu à Genève en février prochain.

La conférence d’Astana, réunissant le gouvernement syrien et les groupes d’opposition, sous le parrainage de la Turquie, la Russie et l’Iran, a pris fin ce mardi 24 janvier. Les trois pays l’ont qualifié de «succès» après avoir publié une déclaration commune par laquelle ils ont annoncé être parvenus à un accord pour «soutenir le cessez-le-feu en Syrie» et ainsi «ouvrir la voie aux discussions de Genève» qui auront lieu le 8 février prochain. «Il n’y a aucune solution militaire au conflit syrien, car celui-ci ne peut être résolu qu’à travers un processus politique», ont-ils ajouté.

Affirmant leur volonté de distinguer les organisations terroristes des «groupes d’opposition armés», Moscou, Téhéran et Ankara ont salué la volonté de ces derniers de «prendre part à la prochaine étape» des négociations à Genève. Afin de garantir la trêve, un mécanisme trilatéral sera mis en place dès le mois de février. Les groupes d’opposition armés seront d’ailleurs «invités à y jouer un rôle».

Le gouvernement syrien et l’opposition armée pour la première fois à la même table

C’était la toute première fois, depuis le début du conflit syrien, que l’opposition armée et le gouvernement se retrouvaient autour d’une même table d’une éventuelle sortie de crise en Syrie, sous le parrainage de la Russie, de la Turquie et de l’Iran. L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a salué «un événement comme il n’y en avait jamais eu jusque là», à l’occasion duquel «les représentants des groupes armés et le gouvernement syrien ont pu se parler». «Cela exigeait un vrai courage politique de s’asseoir dans la même pièce et d’écouter leurs demandes respectives», a-t-il souligné.

Cette rencontre exigeait un vrai courage politique

En effet, du côté de l’opposition armée, la tension était plus que palpable. «Notre délégation est venue du front pour obtenir quelque chose, sinon nous avons toujours entre nos mains les armes» avait prévenu Oussama Abou Zeid, un de leurs représentants, le lundi 23 au soir. Les groupes d’opposition ont également à plusieurs reprises accusé l’Iran de continuer les combats ou la Turquie d’être trop faible négociatrice et de ne pas soutenir leur voix.

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La délégation du gouvernement syrien n’était pas non plus en parfaite confiance lors de l’ouverture des discussions. L’ambassadeur syrien à l’ONU, Bachar Jaafari, avait déclaré, un peu plus tôt, qu’il était «extrêmement douloureux» pour la délégation de Damas de faire face aux groupes qui «ont commis des actes terroristes». Il a néanmoins concédé que «la politique requiert parfois d’avoir affaire à ses ennemis pour sauver son pays». Il a finalement qualifié la rencontre de «succès». «Finalement, nous avons atteint un consensus auquel chacun a souscrit», s’est-il réjoui.

Une «réussite» qui augure bien de la suite des négociations à Genève

Le chef de la délégation russe à Astana, Alexandre Lavrentiev, s’est félicité que les groupes d’opposition armés syriens aient compris que «Moscou n’est pas un ennemi». Tout d’abord «réticents» à travailler avec les Russes, ceux-ci se sont montrés «finalement plus ouverts», selon lui. La délégation russe a même annoncé avoir proposé un projet de constitution pour la Syrie aux représentants des groupes d’opposition armés afin d’«accélérer la résolution du conflit». Selon Moscou, ces derniers se seraient montrés «coopératifs» et prêts à participer aux négociations futures.

S’il a admis qu’un «un compromis sur la question constitutionnelle n’a pas encore été atteint», Alexandre Lavrentiev a néanmoins souligné que «le nombre croissant de points de contact entre les forces gouvernementales et l’opposition sur le terrain» allaient permettre d’améliorer la situation humanitaire. Mais elle sera également «un élément crucial pour instaurer de la confiance à l’avenir», et permettre ainsi «de construire la paix».

Les contacts croissants entre forces gouvernementales et d’opposition permettent de restaurer la confiance

Washington, qui a fait preuve ces derniers mois d’un désengagement progressif dans le règlement du conflit syrien, a «salué ces actions visant à réduire les violences et les souffrances en Syrie», appelant à créer un «environnement plus propice à des discussions politiques inter-syriennes». De même, la Grande-Bretagne, qui ne prenait pas part aux pourparlers, a apprécié l’initiative. «Nous saluons tout processus à Astana qui pourrait mettre fin aux violences, améliorer l’accès humanitaire et nous faire revenir aux négociations de Genève sur la transition [politique] en Syrie», a écrit sur Twitter le représentant britannique pour la Syrie Gareth Bailey.

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La guerre de l’eau à Damas

 

 
11 janvier 2017..

La guerre de l’eau frappe durement Damas

La pénurie affecte 5 millions d’habitants. Régime et rebelles s’en rejettent la responsabilité
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Ce sont des scènes que les habitants de Damas s’étaient accoutumés à voir à la télévision : des files de civils faisant la queue devant un point d’eau à Alep pour remplir un bidon, au plus fort du conflit dans la ville du nord de la Syrie. Mais la guerre de l’eau a atteint la capitale.

Depuis le 22  décembre, les Damascènes sont à leur tour confrontés à l’attente et aux privations. Plus une goutte ne parvient de la région voisine de Wadi Barada, une enclave rebelle où se trouvent les principales sources d’eau qui alimentent la ville, depuis l’irruption de violents combats lancés par l’armée syrienne. Les affrontements se poursuivent malgré le cessez-le-feu parrainé par Moscou et Ankara. Régime et rebelles s’accusent mutuellement d’avoir provoqué la crise de l’eau.

La panique des premiers jours a laissé place à une résignation mêlée de colère. Dans certains quartiers de la capitale, les robinets restent désespérément à sec. Dans la plupart des faubourgs, l’eau est fournie quelques heures, mais pas tous les jours.  » Je n’ai jamais vu cela de ma vie, s’exclame Anas (le prénom a été changé), âgé d’une soixantaine d’années. Même avant la guerre, nous subissions de durs rationnements l’été, à cause de la sécheresse. Mais un peu d’eau parvenait chaque jour. « 

C’est une privation de plus pour Damas. Certes, relativement préservée des combats, malgré la chute régulière d’obus rebelles et malgré l’écho des bombardements de l’armée ou des affrontements dans les banlieues, la capitale syrienne est soumise, elle aussi, aux coupures d’électricité et à l’inflation galopante. Au cours des derniers jours, le prix des bouteilles d’eau potable s’est envolé.

 » Crime de guerre  »

Pour pallier les manques, l’eau est tirée des forages qui parsèment Damas. Les quelque 300 puits sont d’ordinaire exploités l’été. Face à l’urgence, les Nations unies, qui craignent une crise sanitaire, délivrent de l’eau à une cinquantaine d’écoles, tandis que le Comité international de la Croix-Rouge a distribué des citernes d’eau à des boulangeries ou des hôpitaux.

Le pouvoir accuse les insurgés, acculés par les combats, d’avoir empoisonné les réserves qui desservent Damas en y jetant du diesel. Mais pour les rebelles, qui contrôlent la zone rurale de Wadi Barada depuis 2012, ce sont les forces prorégime qui ont bombardé les infrastructures hydrauliques et sont responsables des privations. Qui a raison ? » Ce qui intéresse les habitants de Damas, c’est qu’un retour à la normale soit possible « , soupire Anas.

L’ONU se garde de désigner un coupable.  » Il y a beaucoup d’allégations. Nous ne savons pas vraiment, car nous n’avons pas pu nous rendre sur place « , déclarait il y a quelques jours Jan Egeland, conseiller pour les affaires humanitaires de l’envoyé spécial de l’ONU sur la Syrie. Tout en rappelant quelques fondamentaux du droit international humanitaire :  » Le sabotage et la privation d’eau sont évidemment un crime de guerre « , alors qu’ils plongent les civils dans la détresse.

La crise à Damas frappe par son ampleur : elle touche près de 5,5  millions de personnes, dans la capitale et ses environs. Mais c’est loin d’être la première fois que l’eau se retrouve au cœur du conflit dans le pays, depuis 2011.

Dans de nombreuses régions, l’accès à cette ressource est défaillant : la destruction des infrastructures a réduit de moitié la capacité de production dans le pays. A Damas, l’afflux de nombreux déplacés a provoqué une pression supplémentaire. L’eau a aussi été utilisée comme arme de guerre, à Alep par exemple, de part et d’autre de la ligne de front, au détriment des civils. Avant les derniers mois de la violente offensive des forces prorégime pour reprendre les quartiers rebelles, des négociations avaient permis des arrangements ponctuels durant la longue guerre d’Alep.

A Damas, un accord tacite a longtemps prévalu entre les rebelles du Wadi Barada et le régime : pas d’assaut contre la zone insurgée, pas de coupures d’eau dans la capitale. Cet équilibre a toutefois été brisé à plusieurs reprises par les combattants anti-Assad, soit pour prévenir une attaque, soit pour négocier. Avant un retour à la normale.

Négociations

Cette fois, la crise semble devoir durer tant que les combats se poursuivront dans la région de Wadi Barada, prise en étau entre l’armée syrienne et le Hezbollah libanais. Depuis vendredi 6  janvier, les annonces de visites d’équipes techniques mandatées par Damas, pour réparer les installations sur place, se sont succédé. Mais l’accès à cette poche, située à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Damas, est impossible à cause de la violence des affrontements.Près de 10 000 personnes ont fui l’enclave rebelle. Selon une source onusienne, des négociations se sont poursuivies, lundi, entre belligérants, pour  » permettre la maintenance des infrastructures et parvenir à un accord dans la zone « .

Dans un entretien à des médias français qui accompagnaient la visite de parlementaires en Syrie le week-end du 7  janvier, le président Bachar Al-Assad a exclu l’idée d’une trêve :  » Le rôle de l’armée syrienne est de libérer ce secteur afin d’empêcher les terroristes d’user de – l’arme de – l’eau pour faire suffoquer la capitale.  » Alors que l’opposition dénonce des violations de la trêve, l’armée justifie la poursuite de l’offensive, malgré le cessez-le-feu, par la présence de combattants du Front Fatah Al-Cham (ex-Front Al-Nosra, émanation d’Al-Qaida),qui ne sont pas concernés par la trêve. Une présence démentie par les rebelles, mais dont fait état l’Observatoire syrien des droits de l’homme.

Pour le pouvoir, l’enjeu n’est pas seulement de sécuriser les sources d’eau qui alimentent la capitale, mais de venir à bout des poches rebelles autour de Damas. Un objectif que le régime est d’autant plus déterminé à atteindre qu’il est en position de force depuis la reconquête d’Alep, le 22  décembre, et que de nouvelles négociations doivent s’ouvrir à Astana, au Kazakhstan, parrainées par Moscou et Ankara.

Laure Stephan

© Le Monde

ALEP Est est a été reprise par l’armée Syrienne

alep

Le président syrien, Bachar Al-Assad, a affirmé qu’une victoire à Alep serait une étape essentielle vers la fin de la guerre. Ses troupes ont repris la plupart des quartiers rebelles de la deuxième ville du pays.
Par Aymeric Janier & Edouard Pflimlin checklist@lemonde.fr

 

Les rebelles perdent la vieille ville d’Alep, Assad confiant

 

 

Assiégés et acculés dans les derniers secteurs sous leur contrôle dans la partie orientale d’Alep, les rebelles syriens ont appelé mercredi à un cessez-le-feu immédiat de cinq jours et à l’évacuation des civils pris au piège du déluge de feu à Alep, dans le nord du pays. Un appel à la trêve a aussi été lancé par six Etats occidentaux, dont les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, qui ont dénoncé la « catastrophe humanitaire » dans l’est d’Alep, ainsi que « les actions du régime syrien » et de son allié russe, accusés d’empêcher l’acheminement des aides. Mais les appels à la trêve ont peu de chances d’être entendus par le régime du président Bachar Al-Assad, qui, fort de ses succès militaires, exclut un cessez-le-feu dans la ville, comme il le dit dans un entretien au journal syrien Al-Watan, proche du pouvoir, à paraître jeudi. « Sur le terrain, il n’y a pas de trêve » aujourd’hui, dit-il. « C’est vrai qu’Alep sera une victoire pour nous, mais, soyons réalistes, cela ne signifie pas la fin de la guerre. Mais ce sera une étape énorme vers la fin » du conflit.

Pour lui, une défaite des rebelles « marque un tournant dans la guerre », alors qu’Alep est le principal front du conflit qui a fait depuis mars 2011 plus de 300 000 morts et poussé à la fuite plus de la moitié de la population. Cinq ans et demi après le début du conflit, le régime est en bonne position pour enregistrer sa plus importante victoire en reprenant la totalité d’Alep, qui fut sa capitale économique, à la faveur d’une offensive dévastatrice lancée le 15 novembre. Appuyés par des combattants iraniens et du Hezbollah libanais, les soldats qui contrôlent les quartiers occidentaux d’Alep ont réussi à reprendre plus de 80 % des quartiers rebelles dans la partie est, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Mercredi, les prorégime ont remporté une victoire symbolique en reprenant la vieille ville, le cœur historique d’Alep, sans même combattre : les rebelles s’en sont retirés « de peur d’être assiégés », selon l’OSDH. L’armée et ses alliés occupent toute la partie à l’est de la célèbre citadelle, le monument emblématique d’Alep resté aux mains du régime.

 

La guerre de la communication après l’échec sur les résolutions à l’ONU

Nous avons estimé intéressant de procéder à une analyse comparative de certains articles parus dernièrement sur l’échec de l’accord des membres du Conseils de sécurité sur l’adoption d’une résolution en vue d’un cessez le feu et des conséquences notamment sur les relations entre la France et la Russie.

Nous avons publié in extenso l’article du Monde à défaut d’avoir un lien renvoyant à cet article.

La diplomatie explosive de Riyad

 Un méchant vent de sable souffle sur l’Arabie saoudite. Il vient de l’Ouest. Le royaume inspire une défiance croissante à ses amis occidentaux. Le mariage, économique et militaire, entre Washington et Riyad reste un des piliers de  » l’équilibre  » géopolitique au Moyen-Orient. Mais il est chaque jour un peu plus chahuté. Glissement progressif vers une lente séparation ? Sans doute pas, ou pas encore. Détérioration sans précédent de l’ambiance entre la maison des Saoud et son protecteur américain ? Assurément. C’est l’une des évolutions stratégiques profondes dans la région.

Mercredi 12  octobre, le New York Times appelait l’administration Obama à cesser d’être complice des atrocités commises au Yémen. Avec l’appui politique et la logistique militaire des Etats-Unis, l’Arabie saoudite bombarde la capitale yéménite, Aden. Un tiers des raids, au moins, disent nombre d’observateurs internationaux, visent la population civile. Si les frappes menées par l’aviation russe contre la ville d’Alep en Syrie relèvent du  » crime de guerre « , il en va de même de celles conduites par nos amis saoudiens au Yémen.

Depuis un an et demi, Riyad s’efforce sans succès de réduire l’insurrection de tribus houthistes au Yémen, au prétexte qu’elles sont soutenues par la République islamique d’Iran – l’ennemie des Saoud. Washington a donné son aval à cette mini-guerre régionale. Mais la grogne monte aux Etats-Unis, au Congrès notamment, à mesure que défilent des images aussi insoutenables que celles d’Alep : corps déchiquetés dans les décombres d’immeubles fauchés par les bombes saoudiennes.

Quelques jours plus tôt, le même Congrès votait une loi d’exception destinée à permettre aux familles des victimes du 11  septembre 2001 de poursuivre Riyad, au motif que quinze des dix-neuf auteurs des attentats étaient des ressortissants saoudiens. Il n’y a pas si longtemps, le Congrès passait pour l’un des piliers de l’alliance amé-ricano-saoudienne. «  Les temps changent… « , chantait Bob Dylan. Sur fond d’autonomie énergétique de mieux en mieux assurée, les Etats-Unis mènent dans la région une politique que l’Arabie saoudite juge contraire à ses intérêts : renversement en  2003 de l’Irakien Saddam Hussein, qui tenait l’Iran en respect ; sympathie affichée à l’égard des  » printemps arabes  » ; passivité, au mieux, dans la lutte pour le renversement du Syrien Bachar Al-Assad, l’un des pions de l’expansionnisme perse en terres arabes ; enfin, rapprochement esquissé, justement, vers l’Iran, ce concurrent du royaume pour la prépondérance régionale.

Quelque chose s’est cassé dans l’union baroque conclue en  1945 entre Ibn Saoud et Franklin Roosevelt : j’assure ton pétrole, tu garantis ma sécurité. Mais quoi ? Réponse : le 11  septembre 2001 – et la lente prise de conscience du rôle joué par le royaume dans la dif-fusion d’une version radicale de l’islam, qui est l’une des matrices idéologiques du terrorisme djihadiste. Agrégé d’histoire, -ancien haut fonctionnaire, essayiste, Pierre Conesa décrypte fort bien cette histoire dans son dernier -livre : Dr Saoud et Mr Djihad, la -diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite (Robert Laffont, 306 p., 20  euros, préface d’Hubert -Védrine).

L’Arabie saoudite est née de l’alliance scellée à la fin du XVIIIe  siècle entre la famille des Saoud et celle des Al-Shaikh. Pour assurer leur domination militaire et politique sur le pays, les Saoud sont en quête de légitimité religieuse. La tribu des Al-Shaikh va la leur fournir : elle abrite en son sein l’un des plus grands -prédicateurs de l’époque, Abdel Wahab, partisan d’un retour à ce qu’il croit être l’islam des ori-gines. Cette version de l’islam – brutale, haineuse, into-lérante – sera le brevet de légitimité intérieure des Saoud et leur passeport de légitimité extérieure dans le monde arabo-musulman.

Apprenti sorcierDonnant-donnant : les Saoud veulent assurer leur pouvoir temporel ; les oulémas wahhabites désirent propager leur interprétation de l’islam sunnite. Le prosélytisme religieux fait partie de l’ADN du royaume. Chaque fois que la famille régnante éprouve un besoin de relégitimation, elle fait des concessions aux oulémas. Au fil des ans, et de la hausse du prix du pétrole, ceux-là sont dotés des instruments d’une formidable diplomatie religieuse.

Elle est organisée en réseaux, -explique Conesa :  » Sans être totalement contrôlée au plus haut niveau de l’Etat « , elle est soutenue par lui,  » elle associe l’action publique et celle de fondations privées « . L’auteur décrit par le détail cette machine à distribuer des bourses, de l’argent, à construire des mosquées, payer des imams, faire de l’humanitaire, édifier des universités – l’ensemble au service d’un objectif : essaimer leur version de l’islam sunnite.

L’ambition des oulémas du royaume est planétaire : le monde arabe, l’Afrique, l’Asie et l’Europe de nos banlieues sont visés. Tout -allait bien tant que le wahhabisme servait, durant la guerre froide, à contrer le nationalisme arabe, tiers-mondiste et socialisant, ou, plus tard, les visées expansionnistes – réelles – de l’islam chiite révolutionnaire iranien, ou encore à entretenir la lutte contre l’URSS en Afghanistan. Mais, par une lente maturation souterraine, le wahhabisme va aussi être l’un des éléments de la folie meurtrière djihadiste. Apprenti sorcier, le royaume lui-même n’est pas épargné. Il a joué, il joue, avec le djihadisme pour s’opposer à ce qu’il perçoit comme une offensive de l’Iran chiite contre le monde sunnite.

Entre Washington, l’Europe et leur allié saoudien, les contrats d’armements sont toujours ver-tigineux, les relations financières aussi denses. Mais la responsabilité de Riyad dans la propagation du cancer wahhabite suscite une défiance croissante. Elle mine, doucement, la relation avec les Occidentaux.

par Alain Frachon

© Le Monde
-Comparer avec cet autre article publié par le blog Madaniya de René Naba

http://www.madaniya.info/2016/10/13/france-syrie-riposte-russe/

-et puis avec cet autre article publié dans Libération sous la signature notamment de Hala Kodmani.

 Alep : les intox des avocats de la Russie

Retrouvez cet article sur le site de Libération : http://www.liberation.fr/planete/2016/10/12/alep-les-intox-des-avocats-de-la-russie_1521580

Vous pourrez ainsi comparer et vous faire votre propre opinion. L’AFS quant à elle ne prend pas position à raison de son engagement de neutralité mais appelle à la cohérence politique de la France et des puissances occidentales pour arriver à une vrai dialogue pour sortir de cette guerre atroce.

Ces articles sont également à rapprocher de celui notre amie Caroline Galactéros dont la rigueur dans son analyse géopolitique n’est plus à démonter sachant qu’une telle analyse n’a pas oublié le massacre de la population d’ALEP-Est prise au piège des djihadistes. et des bombardements.

reprise du quartier farfara dans la vielle ville d’ Alep

Notre amie May Abdhulhak nous communique un lien sur la reprise du quartier farfara par l’armée syrienne.

Ce lien est accompagné du commentaire de la romancière Simone Lafleuriel-Zakri qui avait une maison à Alep où elle a longtemps vécu.

« Alep

Une première vidéo de notre quartier  dans la Vieille Ville et  face nord de  la citadelle et pour ceux qui connaissent près de la très belle demeure où se tenaient  les  bureaux de la protection de la Vieille Ville :et avec la vidéo de l’armée syrienne qui commence à nettoyer et visiter !

Mais difficile de reconnaitre exactement et partout  où on est exactement  !  Nous avons  essayé de  visionner  à plusieurs amies, mais on ne  reconnait que des bouts de ce qui nous était pourtant si familier: parfois  on retrouve un signe de cette partie basse du souk ! On se réjouit de retrouver notre  quartier ( mais   dans la la partie nord, nord-est,   et  vers le quartier du souk  des boutiques de trucs chinois, de jouets et  d’ustensiles de cuisine etc.. mais nous ne sommes pas sûrs ! Mais c’est trop triste aussi poignant pour nous tous …Mais nos  familles et tous nos proches et voisins avec qui on se  parle tous les jours sont plus tranquilles. Ils écoutent au loin les bombardement mais plus  loin que Kallaseh et  kallaseh adim et plus loin encore  vers Baïdin  ou Hollok et ces  quartiers informels  très populaires où on n’allait qu’avec des artisans de Kallaseh.

Dans ces quartiers où  j’allais souvent,  il  y avait les entrepôts des ferrailleurs et   Hollok avec des marchés de juste de la campagne derrière, à l’interface d’Alep la citadine et  ses environs mi paysanne mi-ouvrière et artisane  et  plein   d’étals  de fruits et légumes et une odeur de fraises  partout… «

Cliquez sur le lien ci-dessous pour visionner le reportage diffusé par la TV syrienne « zanoubia » le

https://www.facebook.com/Zanoubia.TV1/videos/341834236150044/

 

L’ONU exhorte Damas à autoriser l’aide humanitaire

Par AFP
L'envoyé spécial de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura à l'issue d'une réunion du groupe de travail sur l'aide humanitaire en Syrie, à Genève le 15 septembre 2016
L’envoyé spécial de l’Onu pour la Syrie Staffan de Mistura à l’issue d’une réunion du groupe de travail sur l’aide humanitaire en Syrie, à Genève le 15 septembre 2016Photo FABRICE COFFRINI. AFP

 L’ONU a exhorté jeudi Damas à autoriser «immédiatement» la distribution de l’aide humanitaire aux villes syriennes assiégées, qui reste bloquée malgré la prolongation de la trêve des combats pour 48 heures.

L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a exprimé sa frustration jeudi face à l’impossibilité de distribuer la nourriture aux centaines de milliers de Syriens qui l’attendent.

«Nous avons besoin de la permission finale. C’est quelque chose qui est nécessaire immédiatement», a déclaré M. de Mistura devant la presse à Genève. «C’est particulièrement regrettable, nous perdons du temps. La Russie est d’accord avec nous sur ce point», a-t-il ajouté.

Cet appel fait suite à celui du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, qui avait demandé mercredi à Washington et Moscou de contribuer à débloquer la livraison de l’aide humanitaire.

Le blocage concerne en particulier Alep, la grande ville divisée du nord, où l’impatience croît chez les 250.000 habitants qui y sont assiégés dans les quartiers rebelles depuis deux mois et qui manquent de tout.

«A quoi sert le prolongement de la trêve si nous restons assiégés?», s’écrie Abou Ibrahim, un habitant du secteur qui n’a pas reçu d’aide internationale depuis le 7 juillet. «Avant, nous mourrions des bombardements, aujourd’hui nous allons mourir de faim», se lamente cet homme de 53 ans.

Les armes se sont pourtant tues à Alep comme sur les autres fronts depuis l’entrée en vigueur, lundi soir, de la trêve décidée par les Etats-Unis et la Russie.

D’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), «aucun mort parmi les civils ou les combattants n’étaient à déplorer depuis lundi» dans les zones concernées par la trêve, c’est-à-dire excluant celles où sont actifs les groupes jihadistes.

Constatant la baisse notable des violences, le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov se sont mis d’accord mercredi pour renouveler le cessez-le-feu pour 48 heures supplémentaires, jusqu’à vendredi soir, comme le préconise l’accord qu’ils ont négocié.

L’armée russe a cependant accusé jeudi les États-Unis de ne pas remplir leur part des engagements prévus par l’accord en ne faisant pas assez pression sur les rebelles pour qu’ils prennent leurs distances avec les jihadistes.

«Il semble que l’objectif d’+écran de fumée verbal» de Washington soit de cacher le fait qu’il ne remplit pas sa part des engagements, en premier lieu sur la séparation des rebelles modérés d’avec les terroristes», a accusé le porte-parole du ministère de la Défense.

– «On veut du carburant» –

Selon l’ONU, une quarantaine de camions transportant de l’aide destinée à 80.000 habitants d’Alep restaient bloqués à la frontière turco-syrienne.

«Dès que nous aurons le feu vert, nous enverrons 20 camions, puis 20 autres le jour d’après», a précisé David Swanson, un porte-parole de l’agence de l’ONU Ocha, à Gaziantep (Turquie). «Le voyage n’est que de 70 km mais, étant donné qu’il s’agit d’une zone de combats et que les routes sont en mauvais état, cela devrait prendre quatre à cinq heures», a-t-il ajouté, en jugeant «très improbable» que les convois puissent partir jeudi.

Pour entrer dans Alep, les camions doivent emprunter la route du Castello, un axe au nord de la ville qui doit être «démilitarisé» avant tout passage de convois.

Or jeudi, l’armée syrienne se trouvait toujours sur cette route alors que, selon les Russes, elle aurait dû s’en retirer à 09H00 locales (06H00 GMT).

Son maintien s’explique, selon l’OSDH, par la présence de combattants rebelles à proximité.

Moscou, allié du régime, a par ailleurs prévenu que des obus de mortier lancés par les rebelles sur la route faisaient peser une menace sur le retrait des troupes» syriennes.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a signalé que l’arrivée de l’aide était un «test» clé de la solidité de l’accord russo-américain. «Sinon l’annonce d’un cessez-le-feu ne sera pas crédible», a-t-il prévenu.

«On ne veut pas juste l’arrêt des bombes. On veut des légumes et de carburant», a déclaré à l’AFP Moustapha Morjane, un habitant de 30 ans du quartier rebelle d’Alep de Zabdiyé. «Comment cuisiner pour nos enfants si nous n’avons pas de carburant?».

La trêve a été obtenue après des semaines de discussions entre Washington et Moscou, soutiens respectifs de la rébellion et du régime. Elle vise à favoriser une reprise du processus de négociation pour mettre fin au conflit qui a fait plus de 300.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés depuis mars 2011, selon l’OSDH.

La rébellion, affaiblie sur le terrain, n’a pas donné son accord formel à la trêve.

Comme lors de la précédente trêve fin février, les groupes jihadistes comme l’organisation Etat islamique (EI) et Front Fateh al-Cham (ex-Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda) sont exclus du cessez-le-feu.

AFP

Le régime syrien approuve l’accord conclu entre les Etats-Unis et la Russie

DIPLOMATIE

Le régime syrien approuve l’accord conclu entre les Etats-Unis et la Russie

Par LIBERATION, avec AFP (mis à jour le )
Le secrétaire d'Etat américain John Kerry (g) et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, se serrent la main à l'issue d'une conférence de presse sur le conflit syrien, le 9 septembre 2016 à Genève
Le secrétaire d’Etat américain John Kerry (g) et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, se serrent la main à l’issue d’une conférence de presse sur le conflit syrien, le 9 septembre 2016 à Genève Photo FABRICE COFFRINI. AFP

Le plan visant à instaurer une trêve dans ce pays déchiré par cinq ans de guerre pourrait déboucher sur une coopération militaire contre les rebelles jihadistes.

Le gouvernement de Damas a approuvé ce samedi l’accord de trêve russo-américain qui doit entrer en vigueur lundi entre régime et rebelles, a rapporté l’agence officielle Sana. «Le gouvernement syrien a approuvé l’accord russo-américain (…) dont l’un des objectifs est de parvenir à une solution politique à la crise en Syrie», a indiqué l’agence, précisant qu’il «y aura une cessation des hostilités dans la ville d’Alep pour des raisons humanitaires».

Russes et Américains, qui soutiennent des camps adverses dans la guerre en Syrie, ont convenu vendredi soir d’un plan visant à instaurer une trêve dans ce pays déchiré par cinq ans de guerre. Au terme d’une journée marathon à Genève vendredi, le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov ont fixé le début de la trêve à lundi matin. Elle coïncidera avec le début de l’Aïd el-Adha, la fête musulmane du sacrifice.

«Les Etats-Unis et la Russie annoncent un plan qui, nous l’espérons, permettra de réduire la violence» et d’ouvrir la voie «à une paix négociée et à une transition politique en Syrie», a déclaré John Kerry, flanqué de Sergueï Lavrov, selon lequel Moscou «a mis au courant le gouvernement syrien de cet accord et il est prêt à le respecter».

Relance d’un plan déjà adopté fin 2015

L’accord prouve que Russes et Américains ont pu trouver un terrain d’entente malgré de profonds différends dans leur approche du conflit qui a provoqué la mort de plus de 290 000 personnes et la fuite de millions d’autres depuis mars 2011. Moscou est un allié du régime du président syrien Bachar al-Assad, Washington soutient les rebelles modérés.

Les deux puissances cherchent à relancer un plan de paix adopté fin 2015 par la communauté internationale et qui comprend un cessez-le-feu durable, une aide humanitaire importante et un processus de transition politique entre le régime syrien et l’opposition modérée.

Or, a détaillé Sergueï Lavrov, le plan russo-américain annoncé vendredi«permet de mettre en place une coordination efficace pour lutter contre le terrorisme, avant tout à Alep, et permet de renforcer le cessez-le-feu. Tout cela crée les conditions pour un retour au processus politique». Alep, la grande ville du nord, connaît une situation humanitaire effroyable. Les quartiers Est de la ville et principal front du conflit, contrôlés par les rebelles, sont assiégés pour la deuxième fois en deux mois.

La France juge «crucial» que l’accord soit respecté

S’il a salué l’accord, Staffan de Mistura, l’envoyé spécial de l’ONU, a dit«attendre de toutes les parties qu’elles facilitent les efforts des Nations unies visant à livrer de l’aide humanitaire aux populations qui en ont besoin, y compris celles qui vivent dans les zones assiégées». «Les Nations unies espèrent que la volonté politique qui a mené à cet accord est durable», a-t-il ajouté.

L’opposition syrienne a également salué, par la voix de Bassma Kodmani, membre du Haut comité des négociations (HCN), l’accord «s’il venait à être appliqué». Elle espère qu’il marquera «le début de la fin du supplice des civils».

La France, elle, juge «crucial que cet accord soit pleinement mis en œuvre et respecté, en particulier par le régime et ses soutiens», selon un communiqué du ministre des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault.«Les bombardements aériens et les attaques contre les civils doivent cesser, l’accès humanitaire doit être assuré au bénéfice de toutes les populations assiégées et le martyre d’Alep doit cesser», y lit-on.

Vers une collaboration militaire

Un autre volet, militaire celui-ci, est également compris dans l’accord russo-américain. Si la trêve dure «une semaine», les forces américaines accepteront de collaborer en Syrie avec l’armée russe, a expliqué John Kerry, une coopération réclamée de longue date par Moscou et sur laquelle les deux pays travaillent depuis des mois.

«Les Etats-Unis acceptent de faire un pas supplémentaire car nous pensons que la Russie et mon collègue (Sergueï Lavrov, ndlr) ont la capacité de faire pression sur le régime Assad pour mettre fin à ce conflit et venir à la table des négociations», a-t-il dit. Sergueï Lavrov a toutefois reconnu qu’il n’était pas en mesure de garantir «à 100%» la réussite de ce nouveau plan.

En pratique, outre la lutte contre l’organisation Etat islamique (EI), les deux parties sont convenues de renforcer leur action contre toutes les forces jihadistes, notamment le Front Fateh al-Cham, l’ex-Front al-Nosra lié à al-Qaïda. La coopération passera en particulier, si la trêve tient, par un partage d’informations pour des frappes aériennes, ce à quoi Washington s’était jusqu’à présent refusé.

Sergueï Lavrov a annoncé la création d’un «centre conjoint» russo-américain destiné à coordonner ces frappes, «dans lequel des militaires et des représentants des services secrets russes et américains s’occuperont des questions pratiques: distinguer les terroristes de l’opposition modérée».

Mais, dans un communiqué, le Pentagone a souligné que les engagements inscrits dans l’accord «doivent être totalement respectés avant toute coopération militaire potentielle».

LIBERATION avec AFP

Dîner Annuel du 1er octobre 2016

Association d’Amitié France-Syrie

L’Association d’Amitié France-Syrie et l’Association Médicale Franco-Syrienne

ont le plaisir de vous convier au

DINER ANNUEL COMMUN

qui aura lieu au 

Restaurant AL DAR SAINT-MICHEL

8/10, rue Fréderic Sauton 75005 PARIS

Métro : Maubert-Mutualité

Bus : n° 86, 47 et 38

Samedi 1er octobre 2016

à 20 heures

Nous vous attendons encore plus nombreux cette année avec votre famille et vos amis à cette soirée conviviale d’amitié franco-syrienne.

Madame Caroline Galactéros, spécialiste de géopolitique et d’intelligence stratégique, sera notre invitée d’honneur qui fera une courte intervention sur la situation en Syrie.

Prix par personne : 55.00 €


BULLETIN-REPONSE

DINER ANNUEL 2016

A retourner avant le 24 septembre 2016 accompagné du chèque correspondant à

Association d’Amitié France-Syrie

17, rue du Colisée

75008 Paris

Nom et prénom ………………………………………………………………………….

Adresse : …………………………………………………………………………………

Nombre de personnes : ………………………………………………………………….

Ci-joint chèque de ……………………………………………………………………….

 

Le gouvernement américain arme les jihadistes à Idleb

Poursuivant notre quête de vérité sur la guerre en Syrie nous publions le témoignage de Randa Kassis qui ne saurait être soupçonnée de soutenir le gouvernement du Président Assad.

Randa Kassis est une femme politique syrienne, elle est co-présidente de la délégation des syriens laïques aux pourparlers de paix pour la Syrie à Genève. Présidente de l’initiative d’Astana pour la paix en Syrie, Présidente du mouvement de la société pluraliste. Elle accorde un entretien exclusif à l’Observatoire de l’islamisation sur son essai co écrit avec Alexandre del Valle, Comprendre le chaos syrien (éditions du Toucan, juin 2016) :

L'Artilleur.

Randa Kassis et Alexandre Del Valle.

L’OI: Vous avancez dans Comprendre le chaos syrien que l’attentat du 18 juillet 2012 au cœur du siège de la sécurité nationale syrienne à Damas, est le fruit de la CIA, sur quels éléments vous appuyiez-vous ?

R.Kassis : Selon mes informations que je ne peux pas révéler, l’attentat était dirigé et effectué avec le support de  la CIA afin de décapiter le régime syrien. Durant la même période plusieurs généraux comme Tlass, Moufleh et quelques autres ont fait défection de l’armée. Des brigades dites de « l’armée libre » ont débuté une offensive près de Damas.

Le Front islamique qui fédère des bataillons salafistes, regroupe plus de 60 000 hommes, est financé par nos alliés saoudiens et qataris, quel type d’islam veut-il faire triompher ?

Les pétromonarchies, spécialement l’Arabie Saoudite ne veut que propager et faire régner le wahhabisme et pas seulement sur le Moyen Orient. Ils souhaitent peser en Syrie pour des raisons non seulement idéologiques mais aussi pour des raisons stratégiques afin d’endiguer l’influence d’un Iran qui est en train de reprendre une place centrale dans la région. Tandis que le Qatar a une tendance qui penche plutôt vers les frères musulmans. Dans tous les cas, l’Islam politique est le symbole de l’obscurantisme et de la barbarie dans toutes ses tendances. 

Des brigades turkmènes opèreraient en Syrie avec l’appuie de la Turquie, pouvez-vous nous en dire plus sur elles ?

La Turquie d’Erdogan rêve de restaurer l’empire Ottoman. Erdogan appuie les turkmènes et ouvre ses frontières à tous ces combattants pour rejoindre la bataille d’Alep. Effectivement, ces combattants avec d’autres jihadistes ont réussi à briser partiellement l’encerclement au sud Alep.

Dans quelles brigades armées se retrouvent les Frères Musulmans, très présents dans la région ?

Ils sont présents surtout dans l’Armée de la conquête, Jaysh Al Moudjahidin… De toute façon, les Frères musulmans soutiennent plusieurs brigades islamistes et tentent d’être partout. l’alliance de ces brigades changent sans arrêt et elles dépendent de leurs mentors financiers et leurs desiderata.

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Randa Kassis au Sommet de Genève pour les Droits de l’homme et la démocratie, février 2013.

Qui compose la Coalition nationale syrienne soutenue par la France et les Etats-Unis dans les négociations onusiennes consacrées au règlement du conflit ?

La C.N.S est composée principalement de frères musulmans et soutenue par la Turquie et le Qatar.

Le HCN ou la plateforme de Riyad est composé de la C.N.S, du C.N.C.D et d’autres personnalités avec les combattants de la brigade Jaiysh Al Islam, Ahrar Al Sham, etc… qui ne forment pas une force homogène. Mais nous pouvons dire que le volet politique du HCN a tendance à défendre tous les islamistes ou jihadistes (pour moi, un islamiste signifie un jihadiste potentiel). Rien ne m’étonne de la part de ces « politiques » du HCN puisqu’ils sont des pantins de pétromonarchies et la Turquie.

Je dois préciser que cette délégation qui participe aux pourparlers de paix pour la Syrie à Genève n’est pas la seule. Notre délégation des syriens laïques participe également.

La « Plateforme de Riyad », initiative saoudienne,  pousse un « Haut Comité des Négociations » censé représenter la diversité de l’opposition syrienne. Les Etats-Unis et la France y voient un interlocuteur privilégié, qu’en pensez-vous ?

Malheureusement, la France qui a choisi par ses politiques d’être du côté des islamistes en s’alignant sur la position saoudienne pour des raisons économiques ou intérêts personnels, voit le HCN le seul interlocuteur de l’opposition syrienne. Tandis que les Etats-Unis qui ne font que répéter leurs erreurs espèrent toujours de maitriser ces islamistes. Pour moi, c’est une erreur majeure qui ne fait que renforcer l’islam politique dans la région. 

Vous êtes à l’initiative des accords d’Astana, quel est votre plan de sortie de crise ?

Nous avons élaboré un plan pragmatique pour un changement progressif en Syrie sans toucher aux institutions d’Etat. Ce plan correspond aux accords de Vienne, c’est à dire, la demande d’un changement de la constitution, instaurer un gouvernement civil partagé par une opposition réaliste et une partie du régime, préserver l’armée syrienne qui est une armée nationale, et la décentralisation de la Syrie qui sera la seule garantie pour ses minorités religieuses et ethniques. Un état fédéral en Syrie pourrait être le seul rempart contre la propagation des islamistes et contre une nouvelle dictature. quand je parle d’une fédération en Syrie, je parle d’un modèle fédéral qui puisse être adapté à la société Syrienne.

L’accord de coopération militaire en Syrie contre les groupes djihadistes, que le gouvernement américain a conclu avec Vladimir Poutine fin juillet, ne sonne-t-il pas le glas de l’aventurisme diplomatique des membres de l’Otan ?

L’Otan n’a jamais souhaité collaborer militairement avec la Russie concernant les groupes djihadistes. Les Etats-Unis n’ont pas encore défini qui sont les groupes terroristes sur le terrain sans compter l’EI. Le gouvernement américain arme jusqu’a aujourd’hui des rebelles jihadistes à Idleb qui sont en liaison avec le Front Al Nosra. Ce dernier était un sujet à discuter entre les deux parties (Russes et Américains) puisque les Etats-Unis ne veulent pas les combattre malgré la présence du Front Al Nosra sur la liste des groupes rebelles reconnus par l’ONU comme terroristes. Malheureusement les Etats Unis comptent sur les éventuelles victoires sur le terrain de ces groupes rebelles afin de contrebalancer l’influence Russe et Iranienne .

La bataille de Raqqa.

La course pour Raqqa et le grand échec des Sunnites en Syrie

Publié le par Caroline Galactéros

Carte de la Guerre civile syrienne avec notamment les batailles de Manjib (au Nord-Est d'Alep) et de Tabqa (à la pointe Sud du lac Assad).

Carte de la Guerre civile syrienne avec notamment les batailles de Manjib (au Nord-Est d’Alep) et de Tabqa (à la pointe Sud du lac Assad).

 

Les choses bougent rapidement en Syrie alors que les deux coalitions principales, derrière les Etats-Unis et la Russie, commencent à envisager une avancée vers Raqqa, siège syrien de l’Etat islamique. En quelques mois, force est de constater que c’est surtout du côté occidental que les cartes ont été rebattues en s’appuyant désormais principalement sur les forces kurdes largement majoritaires au sein du Front Démocratique Syrien (FDS) et non plus sur les « rebelles modérés », formule généreuse pour décrire le vaste camaïeu de vert foncé que forme le camp islamiste sunnite en Syrie, appuyé par le Qatar, l’Arabie Saoudite et la Turquie. Dans le nouveau grand jeu syrien, les Sunnites parraissent les grands perdants.

Quelques points factuels.

Du côté du régime syrien, l’Iran, son principal soutien au sol, augmente considérablement son aide. Désormais, ce n’est plus seulement la Force Al-Qods – le corps d’élite des Gardiens de la Révolution – qui intervient en Syrie, mais également les troupes régulières de l’Armée iranienne, commandées en Syrie par le Général Mohsen Ridaii. Parmi les diverses forces iraniennes et les brigades chiites venus d’Irak, du Liban, d’Afghanistan et du Pakistan, cette force de soutien à l’armée régulière syrienne compterait près de 80 000 hommes répartis sur les différents théâtres d’opération. Les enjeux sont en effet de taille pour le régime de Bachar el-Assad :

  • Le régime est attaqué au Nord, notamment à Alep, par le Front Al-Nosra, branche d’Al-Qaïda en Syrie, qui dispose par de savantes entourloupes, des armes fournies par les Américains et les puissances sunnites aux « rebelles modérés ». L’avenir de la bataille d’Alep, capitale économique du pays – et seconde grande ville, avec Idleb, sur laquelle misent les rebelles sunnites – sera probablement un tournant de la guerre. Si la ville d’Alep a largement été libérée par l’Armée syrienne, de sorte à couper notamment l’accès à la Turquie par le Nord pour les rebelles, le Front Al-Nosra poursuit sans trève ses offensives tout autour de la ville, infligeant des pertes au régime. Néanmoins, Bachar el Assad pourrait prendre l’avantage car les Américains semblent de plus en plus conscients du nouveau rapport de force qui s’établit en faveur de Damas au détriment du camp des“ rebelles”, désormais clairement dominé par Al-Qaïda. Ainsi, Le Figaro reprend la déclaration duministère russe des Affaires étrangères selon laquelle « le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le secrétaire d’Etat américain John Kerry ont évoqué ce mercredi au téléphone la nécessité « d’actions communes décisives » contre le Front Al-Nosra. La discussion concernait la situation en Syrie, plus particulièrement le besoin d’actions communes décisives contre le Front Al-Nosra, comme la partie russe l’a constamment proposé». En soi, il n’y a là rien d’étonnant. Si les Etats-Unis et les Occidentaux ont eu au départ des relations très troubles avec le Front Al-Nosra, Washington considère depuis quelques temps officiellement l’officine d’Al-Qaïda comme un groupe terroriste, d’ailleurs exclu du « cessez-le-feu » conclu à la toute fin du mois de février 2016. En revanche, envisager une collaboration avec Moscou (une campagne commune de frappes aériennes avait d’ailleurs été proposée pour le 25 mai par Vladimir Poutine, essuyant une nouvelle fin de non recevoir américaine) reviendrait à admettre pour Washington la nécessité d’envisager des actions renforçant le pouvoir de Damas. La position américaine, volontairement encore très floue pour entretenir un certain chaos et préserver les apparences, a dans les faits sensiblement évolué sous la pression constante de Moscou.
  • Le régime a libéré, fin mars 2016, la cité antique de Palmyre au cœur du désert syrien, comptant bien poursuivre son avancée vers l’Est (région où les exploitations pétrolières sont nombreuses) pour rejoindre finalement Deir ez-Zor, ville du régime assiégée par l’Etat islamique depuis le début du conflit. Une reprise de cette large zone vers l’Est couperait largement les liaisons de l’Etat islamique entre la Syrie et l’Irak et montrerait la capacité de Bachar el-Assad à sortir de la « Syrie utile » à l’Ouest pour contrôler une partie de l’immensité désertique sunnite, loin des côtes. Néanmoins, cette avancée vers l’Est marque le pas. Entre Palmyre, deux points stratégiques restent à « reprendre » : Arak d’abord, puis As-Sukhnah. Gênée notamment par les champs de mines laissés par Daech, l’armée syrienne piétine devant Arak. Les prochaines semaines diront si le régime parvient à avancer vers Deir ez-Zor.
  • Mais aujourd’hui, d’après le correspondant à Beyrouth de RFI, c’est directement vers Raqqa que l’Armée syrienne a lancé une offensive. Dans un premier temps, Damas compte reprendre la ville intermédiaire de Tabqa, près du lac artificiel d’El-Assad situé sur l’Euphrate. C’est d’ailleurs le barrage de Tabqa qui a permis la création de ce lac dans les années 1970 avec l’aide des Soviétiques. Pour l’Armée syrienne, cette ville est essentielle : en plus de comporter un aéroport, elle se situe sur la route qui relie Raqqa à Alep. Si l’Armée syrienne s’emparaît de Tabqa, le fief de l’Etat islamique aurait beaucoup de mal à rejoindre la frontière turque par laquelle transitent armes, djihadistes et pétrole. Paul Khalifeh explique ainsi que « l’armée syrienne est appuyée, dans cette offensive, par les unités d’élite appelées les « aigles du désert », entraînées par les Russes, et qui ont joué un rôle important dans la reconquête de Palmyre, en mars dernier (…) Cette bataille avait fait 700 morts dans les rangs de la garnison, dont des centaines de soldats massacrés après la chute de l’aéroport. En prévision de cette bataille, planifiée depuis longtemps, l’armée syrienne avait pris le contrôle des hauteurs surplombant les vastes espaces désertiques menant jusqu’à Tabqa ». Si l’Etat syrien est aujourd’hui poussé à accélérer la cadence de ses opérations, c’est aussi pour réagir à l’offensive du Front démocratique syrien (FDS) dominé par les Kurdes et soutenu par les Américains et qui tentent eux aussi d’avancer vers le Sud pour rejoindre en premier le lac El-Assad. Ce mouvement est toutefois ralenti par leurs difficulté pour reprendre la ville de Manbij au Nord (nous y revenons dans le paragraphe suivant). A l’heure où j’écris ces lignes, le quotidien L’Orient le Jour révèle que l’armée syrienne serait à 30 kilomètres de l’aéroport proche de Tabqa et à 24 km du lac El-Assad (Tabqa étant à une cinquantaine de km à l’Ouest de Raqqa).

Le Front démocratique syrien avance vers le Sud depuis plusieurs mois, mais le mouvement semble bien s’accélérer. Une difficulté considérable attend néanmoins le camp américain : les FDS sont très largement composés des forces YPG kurdes, branche armée du parti kurde PYD partisan d’une Syrie fédérale au sein de laquelle les trois cantons kurdes de Djézireh, d’Afrin, de Kobané disposeraient d’une très large autonomie, sur le modèle du Kurdistan irakien, et seraient réunis sous l’entité de « Rojava ». Le PYD contrôle déjà très largement ces trois cantons et ne souhaite aucunement déborder dans ses offensives au Sud vers des zones non peuplées par les Kurdes. Même s’ils le souhaitaient, poussés par les Américains, la chose serait malaisée dans la mesure où les guerres de contre-insurrection se font lentement avec le soutien progressif des populations civiles (cf. les thèses du stratège français David Galula). Or, les populations civiles sunnites ne souhaitent pas être libérées par des Kurdes ! En particulier à Raqqa, grande ville sunnite, les Kurdes se heurteraient à un fort ressentiment de la population locale, ce qui rendrait très difficile le contrôle de cette ville où, en réaction, les djihadistes pourraient compter sur un soutien beaucoup plus fort. Les Américains poussent au développement du rôle des Arabes et des Syriaques au sein des FDS, mais le rapport de force en faveur des Kurdes demeure largement inchangé. En témoigne les combats à l’Ouest de Kobané, dans cette bande de terre entre Alep et la frontière turque encore contrôlée par l’Etat islamique, créant une enclave entre les deux cantons kurdes d’Afrin et de Kobané. Evidemment, les Kurdes souhaiteraient reprendre ce territoire pour relier enfin ces deux territoires et constituer le grand Rojava (Kobané et Djézireh sont déjà reliés) tout le long de la frontière turque. Mais dans cette enclave entre les deux territoires kurdes, la population est majoritairement sunnite et turkmène, ce qui limite l’avancée des FDS. Les Américains ont promis que, pour cette offensive-ci, les FDS seront davantage composées d’Arabes que de Kurdes, mais Ankara et la population civile restent sceptiques à raison. Si les Kurdes en général ne souhaitent pas contrôler de territoire non-kurde, celui-ci a un statut stratégique très différent : les YPG kurdes qui dominent globalement les FDS accepteront-ils de ne pas contrôler un territoire qui les intéresse particulièrement et pour lequel ils ont consenti de grands sacrifices depuis le début de la guerre civile ? En même temps, les FDS ont tout intérêt à occuper ce territoire qui priverait Daech de tout accès à la frontière turque, notamment si les FDS reprennent les villes de Manbij et de Jarabulus, toutes deux encore aux mains des islamistes. Manbij est aujourd’hui complètement encerclée, mais les djihadistes de l’Etat islamique font preuve d’une résistance particulièrement forte. On s’attend néanmoins à ce la ville tombe sous peu. Quant à l’avancée vers Raqqa, le problème posé sera le même : plus les FDS iront au sud, plus les populations civiles seront hostiles aux Kurdes et risqueront de soutenir les djihadistes. Problème insoluble, car ce sont les Kurdes qui se battent le mieux contre l’Etat islamique !

Les Kurdes de Syrie et les Américains ne sont donc pas tout à fait sur la même ligne, d’autant que les premiers désapprouvent le jeu des seconds avec les « rebelles » islamistes dans les provinces d’Idleb et d’Alep. Nous avions écrit un article sur cet épisode grotesque et cynique il y a quelques semaines, quand on a vu un groupe rebelle islamiste, Fursan al-Haq, soutenu activement par la CIA affronter près d’Alep les FDS soutenu par les Kurdes. TTU – lettre d’informations stratégiques et de défense – est allé encore plus loin en révélant récemment que, « alors que le Congrès américain avait interdit toute aide en matériel à ce groupe en décembre 2014, la découverte que la moitié des missiles TOW aient été trouvés en possession du Front Al-Nosra, lié à Al-Qaida, laissait supposer que la CIA avait poursuivi sa coopération avec ce groupe pour tenir en échec l’offensive russe ». Dans le même ordre d’idée, L’Orient le Jourrévèle que « 3 000 tonnes d’armes et de munitions auraient été livrées depuis le mois de décembre 2015 (par les Américains aux rebelles islamistes, ndlr). Un premier cargo serait parti de Bulgarie le 5 décembre pour Constanza, en Roumanie, puis arrivé à Aqaba dix jours plus tard avec à son bord 81 containers, dont 994 tonnes de mitrailleuses AK-47 et PKM mais aussi de calibres 12,7 mm et 14,5 mm pour véhicules, ainsi que 864 tonnes de missiles antichars russes Fagot et Factoria, et de lance-roquettes RPG-7, destinés à être acheminés par la route jusqu’en Syrie en traversant le territoire jordanien. Un second cargo aurait quitté la Bulgarie le 28 mars avec à son bord 2 007 tonnes d’armements et 162 tonnes d’explosifs. Une opération dont le manque de discrétion frise la caricature, puisque l’achat de ces matériels à la Bulgarie et leur transport par des sociétés américaines avaient fait l’objet d’un appel d’offres publié sur le site FedBizGov.org en septembre dernier ! ». TTU estime finalement que, « après avoir échoué à monter une armée de volontaires syriens luttant à la fois contre les forces loyalistes et djihadistes, le Pentagone a perdu la fidélité du YPG kurde rallié à Moscou ». Nous avions consacré un dossier entier à la question kurde pour montrer à quel point ceux-ci étaient historiquement proches des Russes et faisaient l’objet de toute leur sollicitude. Le PYD kurde est en effet la branche syrienne du PKK turc, soutenu par Moscou pour entraver les actions d’Ankara. Mais ce n’est pas tout : à quelques rares exceptions près, les Kurdes syriens et le régime de Damas ne sont en rien ennemis, voire sont parfois tactiquement alliés. Un positionnement kurde qui est donc très éloigné de la position américaine de départ et qui est également très rarement évoqué dans les médias.

C’est précisément à cette aune que deux grands enseignements se dégagent :

  • Moscou n’a jamais eu autant de cartes en main pour imposer sa place sur l’échiquier géostratégique en Syrie. Non seulement la Fédération de Russie soutient l’axe chiite qui pourrait très progressivement avancer à Alep, vers Raqqa et Deir ez-Zor, mais elle exerce également une influence considérable auprès des Kurdes en jouant des différends entre ces derniers et les Américains, mis en défaut par leur attitude ambigüe entre les Forces démocratiques syriennes et ce qui reste de « rebelles ».
  • C’est le second enseignement des dernières évolutions du conflit syrien : les puissances sunnites n’ont jamais été aussi affaiblies. Le Qatar, la Turquie et l’Arabie Saoudite avaient dépensé force d’argent et d’énergie pour cacher aux Occidentaux la véritable nature des « rebelles modérés ». Acculés par les forces du régime, les rebelles apparaissent aujourd’hui pour ce qu’ils sont : des djihadistes tenus sur le terrain par le Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, dont même les Etats-Unis sont obligés de s’éloigner peu à peu pour ne pas aggraver leur sort en révélant davantage encore leur jeu d’alliance avec ceux qui firent tomber les tours du World Trade Center en 2001. Duplicité et cynisme s’accommodent mal de la transparence médiatique…