La guerre de l’eau à Damas

 

 
11 janvier 2017..

La guerre de l’eau frappe durement Damas

La pénurie affecte 5 millions d’habitants. Régime et rebelles s’en rejettent la responsabilité
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Ce sont des scènes que les habitants de Damas s’étaient accoutumés à voir à la télévision : des files de civils faisant la queue devant un point d’eau à Alep pour remplir un bidon, au plus fort du conflit dans la ville du nord de la Syrie. Mais la guerre de l’eau a atteint la capitale.

Depuis le 22  décembre, les Damascènes sont à leur tour confrontés à l’attente et aux privations. Plus une goutte ne parvient de la région voisine de Wadi Barada, une enclave rebelle où se trouvent les principales sources d’eau qui alimentent la ville, depuis l’irruption de violents combats lancés par l’armée syrienne. Les affrontements se poursuivent malgré le cessez-le-feu parrainé par Moscou et Ankara. Régime et rebelles s’accusent mutuellement d’avoir provoqué la crise de l’eau.

La panique des premiers jours a laissé place à une résignation mêlée de colère. Dans certains quartiers de la capitale, les robinets restent désespérément à sec. Dans la plupart des faubourgs, l’eau est fournie quelques heures, mais pas tous les jours.  » Je n’ai jamais vu cela de ma vie, s’exclame Anas (le prénom a été changé), âgé d’une soixantaine d’années. Même avant la guerre, nous subissions de durs rationnements l’été, à cause de la sécheresse. Mais un peu d’eau parvenait chaque jour. « 

C’est une privation de plus pour Damas. Certes, relativement préservée des combats, malgré la chute régulière d’obus rebelles et malgré l’écho des bombardements de l’armée ou des affrontements dans les banlieues, la capitale syrienne est soumise, elle aussi, aux coupures d’électricité et à l’inflation galopante. Au cours des derniers jours, le prix des bouteilles d’eau potable s’est envolé.

 » Crime de guerre  »

Pour pallier les manques, l’eau est tirée des forages qui parsèment Damas. Les quelque 300 puits sont d’ordinaire exploités l’été. Face à l’urgence, les Nations unies, qui craignent une crise sanitaire, délivrent de l’eau à une cinquantaine d’écoles, tandis que le Comité international de la Croix-Rouge a distribué des citernes d’eau à des boulangeries ou des hôpitaux.

Le pouvoir accuse les insurgés, acculés par les combats, d’avoir empoisonné les réserves qui desservent Damas en y jetant du diesel. Mais pour les rebelles, qui contrôlent la zone rurale de Wadi Barada depuis 2012, ce sont les forces prorégime qui ont bombardé les infrastructures hydrauliques et sont responsables des privations. Qui a raison ?  » Ce qui intéresse les habitants de Damas, c’est qu’un retour à la normale soit possible « , soupire Anas.

L’ONU se garde de désigner un coupable.  » Il y a beaucoup d’allégations. Nous ne savons pas vraiment, car nous n’avons pas pu nous rendre sur place « , déclarait il y a quelques jours Jan Egeland, conseiller pour les affaires humanitaires de l’envoyé spécial de l’ONU sur la Syrie. Tout en rappelant quelques fondamentaux du droit international humanitaire :  » Le sabotage et la privation d’eau sont évidemment un crime de guerre « , alors qu’ils plongent les civils dans la détresse.

La crise à Damas frappe par son ampleur : elle touche près de 5,5  millions de personnes, dans la capitale et ses environs. Mais c’est loin d’être la première fois que l’eau se retrouve au cœur du conflit dans le pays, depuis 2011.

Dans de nombreuses régions, l’accès à cette ressource est défaillant : la destruction des infrastructures a réduit de moitié la capacité de production dans le pays. A Damas, l’afflux de nombreux déplacés a provoqué une pression supplémentaire. L’eau a aussi été utilisée comme arme de guerre, à Alep par exemple, de part et d’autre de la ligne de front, au détriment des civils. Avant les derniers mois de la violente offensive des forces prorégime pour reprendre les quartiers rebelles, des négociations avaient permis des arrangements ponctuels durant la longue guerre d’Alep.

A Damas, un accord tacite a longtemps prévalu entre les rebelles du Wadi Barada et le régime : pas d’assaut contre la zone insurgée, pas de coupures d’eau dans la capitale. Cet équilibre a toutefois été brisé à plusieurs reprises par les combattants anti-Assad, soit pour prévenir une attaque, soit pour négocier. Avant un retour à la normale.

Négociations

Cette fois, la crise semble devoir durer tant que les combats se poursuivront dans la région de Wadi Barada, prise en étau entre l’armée syrienne et le Hezbollah libanais. Depuis vendredi 6  janvier, les annonces de visites d’équipes techniques mandatées par Damas, pour réparer les installations sur place, se sont succédé. Mais l’accès à cette poche, située à une quinzaine de kilomètres au nord-ouest de Damas, est impossible à cause de la violence des affrontements.Près de 10 000 personnes ont fui l’enclave rebelle. Selon une source onusienne, des négociations se sont poursuivies, lundi, entre belligérants, pour  » permettre la maintenance des infrastructures et parvenir à un accord dans la zone « .

Dans un entretien à des médias français qui accompagnaient la visite de parlementaires en Syrie le week-end du 7  janvier, le président Bachar Al-Assad a exclu l’idée d’une trêve :  » Le rôle de l’armée syrienne est de libérer ce secteur afin d’empêcher les terroristes d’user de – l’arme de – l’eau pour faire suffoquer la capitale.  » Alors que l’opposition dénonce des violations de la trêve, l’armée justifie la poursuite de l’offensive, malgré le cessez-le-feu, par la présence de combattants du Front Fatah Al-Cham (ex-Front Al-Nosra, émanation d’Al-Qaida),qui ne sont pas concernés par la trêve. Une présence démentie par les rebelles, mais dont fait état l’Observatoire syrien des droits de l’homme.

Pour le pouvoir, l’enjeu n’est pas seulement de sécuriser les sources d’eau qui alimentent la capitale, mais de venir à bout des poches rebelles autour de Damas. Un objectif que le régime est d’autant plus déterminé à atteindre qu’il est en position de force depuis la reconquête d’Alep, le 22  décembre, et que de nouvelles négociations doivent s’ouvrir à Astana, au Kazakhstan, parrainées par Moscou et Ankara.

Laure Stephan

© Le Monde

Palmyre reprise par Daech

  • par Georges Malbrunot Le Figaro
  • Mis à jour
  • Publié

 

Profitant de la mobilisation de l’armée à Alep, les djihadistes ont lancé un assaut surprise qui leur a permis de reprendre la ville.

Dix mois après en avoir été chassés, les djihadistes ont réussi dimanche à reprendre la cité antique de Palmyre dans le désert syrien, a reconnu Talal Barazi, le gouverneur de Homs dont dépend la ville. Les forces syriennes épaulées par l’aviation russe font tout pour reconquérir le site classé au patrimoine mondial de l’humanité, a-t-il ajouté.

Dimanche soir, les troupes de Bachar el-Assad s’étaient retirées au sud de Palmyre, dont l’État islamique s’était emparé le 23 mai 2015, avant d’en être expulsé le 25 mars dernier.

Cette reprise surprise souligne la grande mobilité, dont font preuve les djihadistes, et qui les rend capables de lancer des attaques puis de se retirer rapidement, surtout dans des zones désertiques, comme la région de Palmyre.

Profitant, selon nos informations, d’un repli des soldats russes et syriens d’une base voisine de Palmyre en milieu de semaine dernière, quelque 4000 combattants de Daech se sont rapprochés jeudi de la cité antique. Ils ont commencé par reprendre des champs gaziers et pétroliers alentour, avant de lancer samedi plusieurs assauts contre «la Perle du désert».

Un revers pour Damas

En riposte, durant la nuit de samedi à dimanche, l’aviation russe a effectué pas moins de 64 raids, contraignant les djihadistes à se retirer de Palmyre, quelques heures seulement après y avoir pénétré, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme, basé à Londres. Dans le même temps, Damas renvoyait des renforts dans cette ville du centre de la Syrie. Et dans la matinée de dimanche, des combats faisaient rage dans des vergers entourant l’oasis de Palmyre. «Les assaillants ont utilisé des voitures piégées avec des kamikazes, des véhicules blindés et de l’artillerie», précise un communiqué du ministère russe de la Défense. Selon Moscou, les raids aériens russes ont permis de tuer plus de 300 combattants de l’État islamique et de détruire 11 chars et 31 véhicules. Ce qui n’a pas empêché les djihadistes d’infliger un revers aux forces syriennes et à leurs alliés russes dans cette ville de Palmyre, symbole de la richesse culturelle syrienne, dont une partie a été détruite par les djihadistes durant leur première occupation du site en 2015.

Le retour de Daech à Palmyre intervient alors que l’armée de Bachar el-Assad resserre l’étau sur les rebelles assiégés à Alep-Est, qu’elle contrôle désormais à 85 %. Des négociations sont en cours entre Russes, Américains et Turcs pour permettre l’évacuation des insurgés et des civils, pris au piège des violences. La pression exercée sur Alep a manifestement fait le jeu de Daech. «Il faudrait beaucoup d’hélicoptères pour arrêter les djihadistes dans le désert, or de nombreux appareils sont mobilisés à Alep-Est», observe un expert au Moyen-Orient.

Ce revers illustre une nouvelle fois les limites de la stratégie de reconquête de tous les territoires contrôlés par les rebelles de la part d’un pouvoir syrien, dont les capacités en hommes restent insuffisantes pour faire face durablement à ses nombreux ennemis

ALEP Est est a été reprise par l’armée Syrienne

alep

Le président syrien, Bachar Al-Assad, a affirmé qu’une victoire à Alep serait une étape essentielle vers la fin de la guerre. Ses troupes ont repris la plupart des quartiers rebelles de la deuxième ville du pays.
Par Aymeric Janier & Edouard Pflimlin checklist@lemonde.fr

 

Les rebelles perdent la vieille ville d’Alep, Assad confiant

 

 

Assiégés et acculés dans les derniers secteurs sous leur contrôle dans la partie orientale d’Alep, les rebelles syriens ont appelé mercredi à un cessez-le-feu immédiat de cinq jours et à l’évacuation des civils pris au piège du déluge de feu à Alep, dans le nord du pays. Un appel à la trêve a aussi été lancé par six Etats occidentaux, dont les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, qui ont dénoncé la « catastrophe humanitaire » dans l’est d’Alep, ainsi que « les actions du régime syrien » et de son allié russe, accusés d’empêcher l’acheminement des aides. Mais les appels à la trêve ont peu de chances d’être entendus par le régime du président Bachar Al-Assad, qui, fort de ses succès militaires, exclut un cessez-le-feu dans la ville, comme il le dit dans un entretien au journal syrien Al-Watan, proche du pouvoir, à paraître jeudi. « Sur le terrain, il n’y a pas de trêve » aujourd’hui, dit-il. « C’est vrai qu’Alep sera une victoire pour nous, mais, soyons réalistes, cela ne signifie pas la fin de la guerre. Mais ce sera une étape énorme vers la fin » du conflit.

Pour lui, une défaite des rebelles « marque un tournant dans la guerre », alors qu’Alep est le principal front du conflit qui a fait depuis mars 2011 plus de 300 000 morts et poussé à la fuite plus de la moitié de la population. Cinq ans et demi après le début du conflit, le régime est en bonne position pour enregistrer sa plus importante victoire en reprenant la totalité d’Alep, qui fut sa capitale économique, à la faveur d’une offensive dévastatrice lancée le 15 novembre. Appuyés par des combattants iraniens et du Hezbollah libanais, les soldats qui contrôlent les quartiers occidentaux d’Alep ont réussi à reprendre plus de 80 % des quartiers rebelles dans la partie est, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Mercredi, les prorégime ont remporté une victoire symbolique en reprenant la vieille ville, le cœur historique d’Alep, sans même combattre : les rebelles s’en sont retirés « de peur d’être assiégés », selon l’OSDH. L’armée et ses alliés occupent toute la partie à l’est de la célèbre citadelle, le monument emblématique d’Alep resté aux mains du régime.

 

Guerre en Syrie : qui sont les responsables de la tragédie ?

L’AFS soucieuse de respecter la pluralité des opinions sur les responsabilités en Syrie publie cet interview de Ziad Majed qui affiche clairement son parti-pris pour la rébellion armée syrienne même si elle a parti lié avec les djihadistes qui refusent toute idée d’une Syrie démocratique.

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Moscou et Damas ont annoncé avoir arrêté leurs raids aériens au-dessus d’Alep. Mais, pour le politologue franco-libanais Ziad Majed, il demeure que le régime de Damas et la Russie mènent un «lent génocide» dans les zones rebelles.

Source : Guerre en Syrie : qui sont les responsables de la tragédie ?

Pour Adonis, l’important, ce sont les aboutissements des révolutions et non leurs commencements.

dimanche 23 octobre 2016

Quelle est cette révolution qui prend pour ennemi une statue, un musée, ou une ethnie, cherchant à l’exterminer ?

Adonis

Je pense que personne n’a marqué de réticence à défendre ou soutenir les mouvements arabes pour le changement. (…) Néanmoins, ce que je reproche à ces mouvements, c’est l’absence de projet, préalable à tout véritable changement, non pas seulement un renversement du pouvoir, mais une mutation de la société tout entière, de ses idées et de sa culture. Or nous avons constaté que cet éclatement, ce bouleversement, ne s’était structuré autour d’aucun discours culturel novateur, et que son caractère général était religieux. Nous avons également remarqué que son projet politique misait sur le retour inéluctable à des principes abandonnés, et qui sont, d’une manière ou d’une autre, des principes religieux.
Si nous excluons Le Caire et Tunis, il ne s’est pas déclenché de véritable mouvement populaire et organique, dans le sens d’un bouleversement résultant de causes internes. Les éclatements qui ont suivi étaient plus d’ordre externe qu’interne. Notons par ailleurs la transformation de ces mouvements en factions armées et violentes, ouvrant la brèche à l’intrusion d’éléments extérieurs, de mercenaires venus occuper le terrain. L’observation de ces détails est importante, si nous voulons établir leur relation avec l’histoire arabe. En résumé, le motif sous-jacent de ce bouleversement était le seul pouvoir, son but étant de changer le régime, sans porter aucun projet global. Or, tout au long de l’histoire des révolutions, nul n’a jamais été témoin d’un projet de libération survenant de l’extérieur ; les mouvements arabes sont donc basés sur le suivisme, d’une manière ou d’une autre. Et aujourd’hui, les pays arabes semblent être plus que jamais dépendants de l’extérieur.
(…) Si nous examinons l’histoire arabe et les textes religieux, le texte coranique en particulier, nous constatons que la conception islamique de l’homme et du monde, comme elle a prévalu et telle qu’elle s’est institutionnalisée, est fondée sur quelques éléments immuables : en premier lieu, Mohammed est le Prophète ultime, nul autre ne viendra après lui ; en second lieu, les faits et principes véhiculés par la prophétie mahométane, dans tout ce qui se rapporte au religieux et au spirituel, mais aussi les valeurs qui en découlent, c’est-à-dire la morale et l’éthique, sont des vérités immuables qui ne peuvent être contestées ; enfin, l’islam abolit ce qui le précède, et abolit donc obligatoirement ce qui le suit. Ainsi, l’individu ne peut s’arroger le droit d’amender, de modifier, d’ajouter ou de supprimer, et sa liberté se limite à obéir et à exécuter. Ce qui signifie que l’individu existe dans un monde clos, qui n’éprouve pas la nécessité d’une évolution. (…) Le temps, dans cette vision, n’inclut pas l’avenir, il ne consiste qu’en une perpétuelle pratique d’ancrage dans les racines qui sont à l’origine de notre formation intellectuelle et spirituelle. Par conséquent, nous ne pouvons déchiffrer aucune notion de progrès dans l’ensemble de l’histoire islamique. La liberté n’existe pas dans cette vision du monde, le concept même de liberté lui est étranger ; la liberté de l’individu se réduit à sa liberté d’être un musulman et de pratiquer l’islam, et précisément l’islam qui a toujours prévalu.
(…) L’important, ce sont les aboutissements des révolutions et non leurs commencements. Bien sûr, il existe des exceptions. Mais en Syrie, par exemple, un tiers de la population a émigré. Et quand un peuple persiste à s’expatrier, on ne peut continuer à le définir comme un peuple révolutionnaire. Ce peuple dont on parle et qu’on espère voir se révolter, ce n’est pas lui qui s’est révolté. La Syrie en est la preuve flagrante. Et pourtant nous sommes tous, moi-même tout autant et plus que tous, pour le changement des régimes. Mais nous devons comprendre ce qui se passe. En peu de mots, je peux affirmer que ce ne sont pas du tout les régimes qui ont été pris pour cible. Ils n’ont été qu’un prétexte, puisque l’objectif principal était de détruire le pays par l’intermédiaire des puissances étrangères. Ce qui se trame en Syrie s’est déjà produit ailleurs, avec la destruction du régime irakien, ou celle du régime libyen. Comment la conjonction des forces réactionnaires et des puissances étrangères pourraient-elles mener une révolution ? Y a-t-il jamais eu dans le monde, à quelque période de l’histoire que ce soit, une révolution qui ait été menée par des réactionnaires et des agents au service de l’étranger ?
(…) La politique américaine n’a nulle part démontré qu’elle avait soutenu des peuples réduits à l’impuissance, ou dont le destin avait été hypothéqué, pour les affranchir ou les aider à s’affranchir. L’Amérique reste le premier pays à avoir utilisé la bombe atomique contre des êtres humains. Et le système américain lui-même n’a-t-il pas été établi sur l’extermination de tout un peuple : les Amérindiens ? Et pourtant, les « rebelles » arabes sont épris de l’Amérique. Ce qui se passe dans le monde arabe est absurde. En Libye par exemple, et même si nous tous étions pour la chute de Kadhafi, qu’est-ce qui justifie la destruction d’un pays tout entier ? Il en va de même pour l’Irak et la Syrie. Quelle est cette révolution qui prend pour ennemi une statue, un musée, ou une ethnie comme les Yézidis, cherchant à l’exterminer ?
Aujourd’hui, dans la tourmente de la révolution, elle qui devrait s’ouvrir tel un champ de liberté et résonner comme un hymne à la libération des peuples, nous découvrons que le penseur est plus exposé au danger qu’il ne l’était du temps de la tyrannie. Comment cela est-il possible ? Si l’être qui pense n’est pas libre de se mouvoir, de clamer son opinion ou de transmettre sa pensée en période de révolution, comment serons-nous encore capables de penser ?

La guerre de la communication après l’échec sur les résolutions à l’ONU

Nous avons estimé intéressant de procéder à une analyse comparative de certains articles parus dernièrement sur l’échec de l’accord des membres du Conseils de sécurité sur l’adoption d’une résolution en vue d’un cessez le feu et des conséquences notamment sur les relations entre la France et la Russie.

Nous avons publié in extenso l’article du Monde à défaut d’avoir un lien renvoyant à cet article.

La diplomatie explosive de Riyad

 Un méchant vent de sable souffle sur l’Arabie saoudite. Il vient de l’Ouest. Le royaume inspire une défiance croissante à ses amis occidentaux. Le mariage, économique et militaire, entre Washington et Riyad reste un des piliers de  » l’équilibre  » géopolitique au Moyen-Orient. Mais il est chaque jour un peu plus chahuté. Glissement progressif vers une lente séparation ? Sans doute pas, ou pas encore. Détérioration sans précédent de l’ambiance entre la maison des Saoud et son protecteur américain ? Assurément. C’est l’une des évolutions stratégiques profondes dans la région.

Mercredi 12  octobre, le New York Times appelait l’administration Obama à cesser d’être complice des atrocités commises au Yémen. Avec l’appui politique et la logistique militaire des Etats-Unis, l’Arabie saoudite bombarde la capitale yéménite, Aden. Un tiers des raids, au moins, disent nombre d’observateurs internationaux, visent la population civile. Si les frappes menées par l’aviation russe contre la ville d’Alep en Syrie relèvent du  » crime de guerre « , il en va de même de celles conduites par nos amis saoudiens au Yémen.

Depuis un an et demi, Riyad s’efforce sans succès de réduire l’insurrection de tribus houthistes au Yémen, au prétexte qu’elles sont soutenues par la République islamique d’Iran – l’ennemie des Saoud. Washington a donné son aval à cette mini-guerre régionale. Mais la grogne monte aux Etats-Unis, au Congrès notamment, à mesure que défilent des images aussi insoutenables que celles d’Alep : corps déchiquetés dans les décombres d’immeubles fauchés par les bombes saoudiennes.

Quelques jours plus tôt, le même Congrès votait une loi d’exception destinée à permettre aux familles des victimes du 11  septembre 2001 de poursuivre Riyad, au motif que quinze des dix-neuf auteurs des attentats étaient des ressortissants saoudiens. Il n’y a pas si longtemps, le Congrès passait pour l’un des piliers de l’alliance amé-ricano-saoudienne. «  Les temps changent… « , chantait Bob Dylan. Sur fond d’autonomie énergétique de mieux en mieux assurée, les Etats-Unis mènent dans la région une politique que l’Arabie saoudite juge contraire à ses intérêts : renversement en  2003 de l’Irakien Saddam Hussein, qui tenait l’Iran en respect ; sympathie affichée à l’égard des  » printemps arabes  » ; passivité, au mieux, dans la lutte pour le renversement du Syrien Bachar Al-Assad, l’un des pions de l’expansionnisme perse en terres arabes ; enfin, rapprochement esquissé, justement, vers l’Iran, ce concurrent du royaume pour la prépondérance régionale.

Quelque chose s’est cassé dans l’union baroque conclue en  1945 entre Ibn Saoud et Franklin Roosevelt : j’assure ton pétrole, tu garantis ma sécurité. Mais quoi ? Réponse : le 11  septembre 2001 – et la lente prise de conscience du rôle joué par le royaume dans la dif-fusion d’une version radicale de l’islam, qui est l’une des matrices idéologiques du terrorisme djihadiste. Agrégé d’histoire, -ancien haut fonctionnaire, essayiste, Pierre Conesa décrypte fort bien cette histoire dans son dernier -livre : Dr Saoud et Mr Djihad, la -diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite (Robert Laffont, 306 p., 20  euros, préface d’Hubert -Védrine).

L’Arabie saoudite est née de l’alliance scellée à la fin du XVIIIe  siècle entre la famille des Saoud et celle des Al-Shaikh. Pour assurer leur domination militaire et politique sur le pays, les Saoud sont en quête de légitimité religieuse. La tribu des Al-Shaikh va la leur fournir : elle abrite en son sein l’un des plus grands -prédicateurs de l’époque, Abdel Wahab, partisan d’un retour à ce qu’il croit être l’islam des ori-gines. Cette version de l’islam – brutale, haineuse, into-lérante – sera le brevet de légitimité intérieure des Saoud et leur passeport de légitimité extérieure dans le monde arabo-musulman.

Apprenti sorcierDonnant-donnant : les Saoud veulent assurer leur pouvoir temporel ; les oulémas wahhabites désirent propager leur interprétation de l’islam sunnite. Le prosélytisme religieux fait partie de l’ADN du royaume. Chaque fois que la famille régnante éprouve un besoin de relégitimation, elle fait des concessions aux oulémas. Au fil des ans, et de la hausse du prix du pétrole, ceux-là sont dotés des instruments d’une formidable diplomatie religieuse.

Elle est organisée en réseaux, -explique Conesa :  » Sans être totalement contrôlée au plus haut niveau de l’Etat « , elle est soutenue par lui,  » elle associe l’action publique et celle de fondations privées « . L’auteur décrit par le détail cette machine à distribuer des bourses, de l’argent, à construire des mosquées, payer des imams, faire de l’humanitaire, édifier des universités – l’ensemble au service d’un objectif : essaimer leur version de l’islam sunnite.

L’ambition des oulémas du royaume est planétaire : le monde arabe, l’Afrique, l’Asie et l’Europe de nos banlieues sont visés. Tout -allait bien tant que le wahhabisme servait, durant la guerre froide, à contrer le nationalisme arabe, tiers-mondiste et socialisant, ou, plus tard, les visées expansionnistes – réelles – de l’islam chiite révolutionnaire iranien, ou encore à entretenir la lutte contre l’URSS en Afghanistan. Mais, par une lente maturation souterraine, le wahhabisme va aussi être l’un des éléments de la folie meurtrière djihadiste. Apprenti sorcier, le royaume lui-même n’est pas épargné. Il a joué, il joue, avec le djihadisme pour s’opposer à ce qu’il perçoit comme une offensive de l’Iran chiite contre le monde sunnite.

Entre Washington, l’Europe et leur allié saoudien, les contrats d’armements sont toujours ver-tigineux, les relations financières aussi denses. Mais la responsabilité de Riyad dans la propagation du cancer wahhabite suscite une défiance croissante. Elle mine, doucement, la relation avec les Occidentaux.

par Alain Frachon

© Le Monde
-Comparer avec cet autre article publié par le blog Madaniya de René Naba

http://www.madaniya.info/2016/10/13/france-syrie-riposte-russe/

-et puis avec cet autre article publié dans Libération sous la signature notamment de Hala Kodmani.

 Alep : les intox des avocats de la Russie

Retrouvez cet article sur le site de Libération : http://www.liberation.fr/planete/2016/10/12/alep-les-intox-des-avocats-de-la-russie_1521580

Vous pourrez ainsi comparer et vous faire votre propre opinion. L’AFS quant à elle ne prend pas position à raison de son engagement de neutralité mais appelle à la cohérence politique de la France et des puissances occidentales pour arriver à une vrai dialogue pour sortir de cette guerre atroce.

Ces articles sont également à rapprocher de celui notre amie Caroline Galactéros dont la rigueur dans son analyse géopolitique n’est plus à démonter sachant qu’une telle analyse n’a pas oublié le massacre de la population d’ALEP-Est prise au piège des djihadistes. et des bombardements.

La décision de Vladimir Poutine humilie la diplomatie française

Caroline Galactéros au Dîner annuel de l'AFS du 1er octobre 2016

Caroline Galactéros au Dîner annuel de l’AFS du 1er octobre 2016

Nous vous conseillons de lire l’article publié par notre amie Caroline Galactéros, membre de l’Association d’Amitié France-Syrie qui analyse d’une manière lucide et sévère la position diplomatique de la France.

Dans le cadre de la poursuite de la recherche de la vérité sur la guerre en Syrie, et sur les responsabilités, nous nous efforçons de publier des analyses les plus objectives pour permettre à nos adhérents et sympathisants de suivre et de comprendre l’évolution de la situation en Syrie d’une complexité extrême.

Lors de notre dernier dîner annuel, le 1er octobre 2016 l’intervention de Caroline Galactéros avait été chaleureusement applaudie par nos amis Syriens d’opinions diverses.

Source : FIGAROVOX – « La décision de Vladimir Poutine humilie la diplomatie française » – Bouger les lignes.

reprise du quartier farfara dans la vielle ville d’ Alep

Notre amie May Abdhulhak nous communique un lien sur la reprise du quartier farfara par l’armée syrienne.

Ce lien est accompagné du commentaire de la romancière Simone Lafleuriel-Zakri qui avait une maison à Alep où elle a longtemps vécu.

« Alep

Une première vidéo de notre quartier  dans la Vieille Ville et  face nord de  la citadelle et pour ceux qui connaissent près de la très belle demeure où se tenaient  les  bureaux de la protection de la Vieille Ville :et avec la vidéo de l’armée syrienne qui commence à nettoyer et visiter !

Mais difficile de reconnaitre exactement et partout  où on est exactement  !  Nous avons  essayé de  visionner  à plusieurs amies, mais on ne  reconnait que des bouts de ce qui nous était pourtant si familier: parfois  on retrouve un signe de cette partie basse du souk ! On se réjouit de retrouver notre  quartier ( mais   dans la la partie nord, nord-est,   et  vers le quartier du souk  des boutiques de trucs chinois, de jouets et  d’ustensiles de cuisine etc.. mais nous ne sommes pas sûrs ! Mais c’est trop triste aussi poignant pour nous tous …Mais nos  familles et tous nos proches et voisins avec qui on se  parle tous les jours sont plus tranquilles. Ils écoutent au loin les bombardement mais plus  loin que Kallaseh et  kallaseh adim et plus loin encore  vers Baïdin  ou Hollok et ces  quartiers informels  très populaires où on n’allait qu’avec des artisans de Kallaseh.

Dans ces quartiers où  j’allais souvent,  il  y avait les entrepôts des ferrailleurs et   Hollok avec des marchés de juste de la campagne derrière, à l’interface d’Alep la citadine et  ses environs mi paysanne mi-ouvrière et artisane  et  plein   d’étals  de fruits et légumes et une odeur de fraises  partout… « 

Cliquez sur le lien ci-dessous pour visionner le reportage diffusé par la TV syrienne « zanoubia » le

https://www.facebook.com/Zanoubia.TV1/videos/341834236150044/

 

L’archevêque d’Alep

L’archevêque d’Alep : « Si crimes de guerre il y a, ils sont perpétrés des deux côtés »

Mgr Jean-Clément Jeanbart, joint par téléphone dans la partie de la ville syrienne aux mains du régime de Bachar el-Assad, confie sa colère et son désarroi.

PROPOS RECUEILLIS PAR

Modifié le – Publié le | Le Point.fr
L'archevêque d'Alep Jean-Clément Jeanbart.

L’archevêque d’Alep Jean-Clément Jeanbart. © Le Point/ NICOLAS MESSYASZ

L’ONU exhorte Damas à autoriser l’aide humanitaire

Par AFP
L'envoyé spécial de l'Onu pour la Syrie Staffan de Mistura à l'issue d'une réunion du groupe de travail sur l'aide humanitaire en Syrie, à Genève le 15 septembre 2016
L’envoyé spécial de l’Onu pour la Syrie Staffan de Mistura à l’issue d’une réunion du groupe de travail sur l’aide humanitaire en Syrie, à Genève le 15 septembre 2016Photo FABRICE COFFRINI. AFP

 L’ONU a exhorté jeudi Damas à autoriser «immédiatement» la distribution de l’aide humanitaire aux villes syriennes assiégées, qui reste bloquée malgré la prolongation de la trêve des combats pour 48 heures.

L’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a exprimé sa frustration jeudi face à l’impossibilité de distribuer la nourriture aux centaines de milliers de Syriens qui l’attendent.

«Nous avons besoin de la permission finale. C’est quelque chose qui est nécessaire immédiatement», a déclaré M. de Mistura devant la presse à Genève. «C’est particulièrement regrettable, nous perdons du temps. La Russie est d’accord avec nous sur ce point», a-t-il ajouté.

Cet appel fait suite à celui du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, qui avait demandé mercredi à Washington et Moscou de contribuer à débloquer la livraison de l’aide humanitaire.

Le blocage concerne en particulier Alep, la grande ville divisée du nord, où l’impatience croît chez les 250.000 habitants qui y sont assiégés dans les quartiers rebelles depuis deux mois et qui manquent de tout.

«A quoi sert le prolongement de la trêve si nous restons assiégés?», s’écrie Abou Ibrahim, un habitant du secteur qui n’a pas reçu d’aide internationale depuis le 7 juillet. «Avant, nous mourrions des bombardements, aujourd’hui nous allons mourir de faim», se lamente cet homme de 53 ans.

Les armes se sont pourtant tues à Alep comme sur les autres fronts depuis l’entrée en vigueur, lundi soir, de la trêve décidée par les Etats-Unis et la Russie.

D’après l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), «aucun mort parmi les civils ou les combattants n’étaient à déplorer depuis lundi» dans les zones concernées par la trêve, c’est-à-dire excluant celles où sont actifs les groupes jihadistes.

Constatant la baisse notable des violences, le secrétaire d’Etat américain John Kerry et son homologue russe Sergueï Lavrov se sont mis d’accord mercredi pour renouveler le cessez-le-feu pour 48 heures supplémentaires, jusqu’à vendredi soir, comme le préconise l’accord qu’ils ont négocié.

L’armée russe a cependant accusé jeudi les États-Unis de ne pas remplir leur part des engagements prévus par l’accord en ne faisant pas assez pression sur les rebelles pour qu’ils prennent leurs distances avec les jihadistes.

«Il semble que l’objectif d’+écran de fumée verbal» de Washington soit de cacher le fait qu’il ne remplit pas sa part des engagements, en premier lieu sur la séparation des rebelles modérés d’avec les terroristes», a accusé le porte-parole du ministère de la Défense.

– «On veut du carburant» –

Selon l’ONU, une quarantaine de camions transportant de l’aide destinée à 80.000 habitants d’Alep restaient bloqués à la frontière turco-syrienne.

«Dès que nous aurons le feu vert, nous enverrons 20 camions, puis 20 autres le jour d’après», a précisé David Swanson, un porte-parole de l’agence de l’ONU Ocha, à Gaziantep (Turquie). «Le voyage n’est que de 70 km mais, étant donné qu’il s’agit d’une zone de combats et que les routes sont en mauvais état, cela devrait prendre quatre à cinq heures», a-t-il ajouté, en jugeant «très improbable» que les convois puissent partir jeudi.

Pour entrer dans Alep, les camions doivent emprunter la route du Castello, un axe au nord de la ville qui doit être «démilitarisé» avant tout passage de convois.

Or jeudi, l’armée syrienne se trouvait toujours sur cette route alors que, selon les Russes, elle aurait dû s’en retirer à 09H00 locales (06H00 GMT).

Son maintien s’explique, selon l’OSDH, par la présence de combattants rebelles à proximité.

Moscou, allié du régime, a par ailleurs prévenu que des obus de mortier lancés par les rebelles sur la route faisaient peser une menace sur le retrait des troupes» syriennes.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a signalé que l’arrivée de l’aide était un «test» clé de la solidité de l’accord russo-américain. «Sinon l’annonce d’un cessez-le-feu ne sera pas crédible», a-t-il prévenu.

«On ne veut pas juste l’arrêt des bombes. On veut des légumes et de carburant», a déclaré à l’AFP Moustapha Morjane, un habitant de 30 ans du quartier rebelle d’Alep de Zabdiyé. «Comment cuisiner pour nos enfants si nous n’avons pas de carburant?».

La trêve a été obtenue après des semaines de discussions entre Washington et Moscou, soutiens respectifs de la rébellion et du régime. Elle vise à favoriser une reprise du processus de négociation pour mettre fin au conflit qui a fait plus de 300.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés depuis mars 2011, selon l’OSDH.

La rébellion, affaiblie sur le terrain, n’a pas donné son accord formel à la trêve.

Comme lors de la précédente trêve fin février, les groupes jihadistes comme l’organisation Etat islamique (EI) et Front Fateh al-Cham (ex-Front Al-Nosra, branche syrienne d’Al-Qaïda) sont exclus du cessez-le-feu.

AFP