Représentant personnel du président de la République française pour la Syrie

L’AFS a le plaisir de vous communiquer l’information suivante:

L’actuel ambassadeur de France en Iran François Sénémaud, ancien directeur du renseignement à la DGSE, a été nommé aujourd’hui en Conseil des ministres représentant personnel du président de la République pour la Syrie, a annoncé le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux.

Le dossier de la Syrie, où la France a fermé son ambassade sans toutefois rompre formellement les relations diplomatiques, était piloté depuis 2014 au ministère des Affaires étrangères par Franck Gellet, 54 ans, qui vient d’être nommé ambassadeur de France au Qatar.

M. Sénémaud, 61 ans, devrait quitter ses fonctions à Téhéran en août, a indiqué M. Griveaux, qui a précisé que « nous ne rouvrons pas une ambassade en Syrie ». M. Sénémaud arrivait au terme de ses fonctions en Iran. « Nous ne rouvrons pas une ambassade en Syrie », même si le titre du diplomate sera « représentant personnel du président de la République, ambassadeur pour la Syrie », à compter du 27 août, a précisé le porte-parole du gouvernement français.

Le conseil d’administration de l’Association d’amitié France Syrie se félicite de cette décision qui n’est probablement pas étrangère aux actions que nous avons menées.

Nous espérons que DAMAS réagira favorablement en vue de renouer le dialogue avec la France.

Syrie: les tensions internationales montent d’un cran

AFS: La situation complexe en Syrie risque de se détériorer un peu plus chaque jour par le jeu dangereux des puissances internationales et régionales.

 AFP:

Chasseur syrien abattu par l’aviation américaine, affrontements inédits entre troupes gouvernementales et rebelles soutenus par les Etats-Unis, tir de missiles iraniens sur Deir Ezzor: les tensions sont montées d’un cran dans le conflit syrien en l’espace de quelques heures.
L’avion syrien a été abattu dimanche par la coalition internationale dirigée par Washington dans la province de Raqa (nord), où des affrontements inédits ont opposé l’armée aux Forces démocratiques syriennes (FDS, djihadistes) soutenues par les Etats-Unis.
L’incident constitue une escalade, alors que les troupes de l’armée syrienne se trouvent à la lisière de zones contrôlées par des forces soutenues par les Américains dans le nord et le sud de la Syrie.
Après avoir largement avancé dans le Nord, notamment avec la conquête d’Alep, l’armée syrienne progresse depuis mai dans le Centre et le Sud, et se dirige dorénavant vers l’Est.
Elle a chassé le groupe djihadiste Etat islamique (EI) de plusieurs zones dans la Badiya (désert) et atteint le 9 juin la frontière irakienne, encerclant quasiment des rebelles soutenus par Washington et basés au poste-frontière d’Al-Tanaf. Inquiets, les Etats-Unis ont déployé dans la foulée des batteries de lance-roquettes multiples.
La tension est encore montée d’un cran avec l’annonce dimanche par l’Iran de tirs de missiles de moyenne portée contre « des bases terroristes » dans la région de Deir Ezzor (est), essentiellement contrôlée par l’EI. Il s’agit selon les médias iraniens des premiers tirs en 30 ans – depuis la guerre Iran-Irak (1980-88) – de missiles de l’Iran hors de son territoire.
« L’aviation de la coalition internationale a visé cet après-midi un de nos avions de combat dans la région de Resafa, dans le sud de la province de Raqa, alors qu’il menait une mission contre le groupe terroriste Etat islamique », a indiqué l’armée syrienne, précisant que « l’avion a été abattu et le pilote est porté disparu » et parlant d' »agression flagrante ».
Washington a confirmé avoir abattu un avion syrien. « A 18H43 (17H43 GMT), un avion syrien de type SU-22 a largué des bombes près de combattants soutenus par la coalition au sud de Tabqa, et en vertu de nos règles d’engagement et de la légitime défense qui prévaut au sein de la coalition (anti-EI), il a été immédiatement abattu par un avion américain F/A-18E Super Hornet », a affirmé le commandement de la coalition dans un communiqué.
L’armée syrienne avait progressé ces dernières heures dans cette région et était arrivée aux portes de Resafa, à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de la ville de Raqa, principal fief de l’EI en Syrie.
« Le régime veut à travers la province de Raqa parvenir à la province pétrolière de Deir Ezzor », plus à l’est, explique Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).
« Le régime (…) ne veut pas que les forces soutenues par les Américains avancent plus au sud de Raqa », a-t-il ajouté, faisant état d’affrontements dans la nuit entre l’armée et les FDS dans deux villages, Chouwayhane et Jaaydine, à une quarantaine de kilomètres au sud de Raqa.
C’est la première fois que les deux forces rivales s’affrontent.
Les FDS, entrées le 6 juin à Raqa, se sont depuis emparées d’une poignée de quartiers et s’apprêtent à lancer la bataille cruciale du centre-ville.
La guerre en Syrie, qui a fait plus de 320.000 morts et ravagé le pays en six ans, s’est transformée en un conflit complexe avec la montée des jihadistes et l’implication de puissances régionales et internationales.
Engagé aux côtés de la Syrie, l’Iran a annoncé des tirs de missiles de moyenne portée contre des « terroristes » en Syrie.
Selon les Gardiens de la révolution, armée d’élite d’Iran, les missiles ont décollé dimanche de l’ouest de l’Iran pour frapper « des bases de terroristes » dans la région de Deir Ezzor, en représailles au double attentat (parlement et mausolée de l’imam Khomeyni, 17 morts) du 7 juin à Téhéran, qui a été revendiqué par l’EI.
Les médias iraniens ont évoqué six missiles.
Après le double attentat, les Gardiens avaient affirmé qu’ils « vengeraient le sang versé des innocents ».
Dans un communiqué, ils ont mis en garde dimanche les « terroristes et leurs protecteurs dans la région et hors de la région ». « En cas de répétition de ces attaques sataniques contre le peuple iranien, ils devront s’attendre à la colère révolutionnaire et aux flammes de la vengeance », préviennent-ils.
Les autorités iraniennes ont accusé l’Arabie saoudite, mais aussi les Etats-Unis, de soutenir les groupes djihadistes agissant contre l’Iran.

Syrie : accord Russie-Turquie-Iran sur la création de zones sécurisées

 avec AFP
Signature, le 4 mai 2017 à Astana, d’un accord visant à créer des zones sécurisées en Syrie (AFP/Stanislav FILIPPOV)
La création de ces zones pourrait permettre d’instaurer un cessez-le-feu dans plusieurs régions syriennes. Mais le contenu de l’accord reste flou et ne fait pas l’unanimité. 

Les alliés du gouvernement Syrien, la Russie et l’Iran, ainsi que la Turquie, soutien des rebelles, ont adopté jeudi le dernier plan russe sur la Syrie. Il devrait permettre la création de zones sécurisées pour instaurer un cessez-le-feu dans plusieurs régions. Mais ni les émissaires du Gouvernement syrien, ni les rebelles présents à Astana, où les négociations se sont déroulées, n’ont approuvé ce plan.

Les rebelles et Damas n’approuvent pas

L’accord ne semblait pas susciter l’unanimité : un des membres de la délégation des rebelles a lancé un cri pour protester contre la signature du document par l’Iran, soutien du président Bachar al-Assad, et a quitté la salle.

Le plan russe est apparu au grand jour mardi pendant une conversation téléphonique entre le président russe et son homologue américain Donald Trump. Et, le lendemain, recevant le chef de l’Etat turc, Recep Tayyip Erdogan, dans la station balnéaire de Sotchi, sur les bords de la mer Noire, Vladimir Poutine avait déroulé son plan visant à «une plus grande pacification» de la Syrie, en guerre depuis six ans, et à «un renforcement du cessez-le-feu».

Pour cela, il s’agit de créer des «zones sécurisées» ou zones dites «de désescalade», un terme flou qui pourrait s’approcher de l’idée d’une zone tampon sans toutefois impliquer de déploiement massif de soldats pour assurer le cessez-le-feu.

Selon une version en arabe du projet obtenue par l’AFP, ces zones seront créées dans les territoires rebelles à Idleb (nord-ouest), dans la province centrale de Homs, dans l’enclave de la Ghouta (banlieue est de Damas) et dans la partie méridionale du pays. 

Des «zones sécurisées» seraient constituées de postes de contrôle et de centres de surveillance tenus conjointement par l’armée syrienne et les rebelles. Elles seraient mises en place autour des «zones de désescalade». Des unités militaires d’observateurs de pays non précisés, devraient aussi être déployées. Le président turc estime qu’elles permettraient de résoudre à «50%» le conflit syrien.

Astana, le pendant sécuritaire des pourparlers de Genève

Les négociations d’Astana sont présentées comme le pendant sécuritaire des pourparlers plus politiques sur l’avenir du pays qui se tiennent à Genève et demeurent dans l’impasse.
Les précédentes rencontres d’Astana s’étaient concentrées sur le renforcement d’une fragile trêve, instaurée en décembre entre l’armée syrienne et les groupes rebelles, mais menacée par des flambées régulières de violences.

Six ans de guerre en Syrie: le miroir de nos échecs

 

Deux chercheurs de sensibilité opposée, Jean-Pierre Filiu et Frédéric Pichon publient chacun un livre clair et argumenté. Ces deux ouvrages permettent de mieux comprendre ce pays ravagé par la guerre civile. Et nos propres erreurs

Il y a six ans, le 15 mars 2011, le pouvoir syrien de Bachar al-Assad réprimait violemment des manifestations d’opposants. Le début d’une atroce guerre, toujours pas terminée.

Une seule chose réunit Jean-Pierre Filiu et Frédéric Pichon : leur amour de la Syrie. En revanche, sur la guerre civile qui s’y déploie depuis six ans, leurs désaccords d’historiens et d’arabisants sont profonds. C’est dire si la lecture parallèle de leurs deux livres permet, non de se faire une opinion moyenne et insipide, mais d’aller plus loin dans la compréhension d’une situation tragique, en évitant l’écueil des anathèmes et des polémiques.

Depuis le premier jour, Jean-Pierre Filiu soutient activement ceux qu’ils appellent les « révolutionnaires », c’est-à-dire l’opposition modérée, au risque de privilégier son engagement personnel à la froide réflexion. Au risque, lui, de passer pour un soutien du régime, Frédéric Pichon se méfie des amis syriens de Filiu, par crainte de l’islamisme et attachement aux chrétiens d’Orient. Et si le premier approuve la politique anti-Assad de la France, le second y voit un « naufrage de la diplomatie française ».

Jean-Pierre Filiu n’en est pas à son premier livre sur la Syrie. Son Je vous écris d’Alep (Denoël, 2013) était un témoignage à chaud de la situation sur le terrain. En 2015, l’universitaire publie une BD (avec Cyrille Pomès) intitulée La Dame de Damas (Futuropolis, 2015), une manière pour lui de raconter cette « révolution » à un autre public. Avec Le miroir de Damas, Jean-Pierre Filiu en revient à l’histoire. Il entreprend de nous convaincre que « nous avons tous en nous une part de Syrie ». Si son livre part d’un cri de colère contre « l’indifférence » de « notre monde [qui] a abandonné la Syrie et son peuple à une horreur inimaginable », il nous montre comment « Damas nous tend aujourd’hui son miroir », tant « la descente aux enfers de la Syrie et de son peuple n’est ni un problème d’Arabes, ni le solde de querelles immémoriales ». C’est une histoire partagée que Filiu nous raconte dans ce livre savant mais très accessible.

Chemin de Damas. Tout débute avec Saint Paul et sa conversion « sur le chemin de Damas » : « C’est en Syrie que le christianisme a commencé à s’émanciper du judaïsme » et, là aussi, qu’a « grandi une chrétienté consciente d’elle-même au point de nourrir une ambition universelle ». Suivrons « les schismes d’Orient », « le premier empire de l’Islam », « les croisades et Saladin », la terreur mongole, puis le retour des Européens avec « les échelles du Levant » ou « la trahison des Alliés » au lendemain de la Première Guerre mondiale. L’auteur rappelle que ce « pays de Cham » est, dans l’eschatologie islamique, « la terre de la fin des temps », des concepts médiévaux repris par Daech.

Jean-Pierre Filiu insiste sur les erreurs et les crimes commis par les Français durant la période du mandat (1920-1946). Cette histoire est peu connue dans notre pays et il faut, par exemple, lire l’Histoire des Arabes d’Eugène Rogan (Tempus) pour mesurer l’ampleur des dégâts. « Comment ne pas retrouver dans ce triste feuilleton mandataire les échos de la conflagration actuelle ? », s’interroge Filiu, fidèle à sa méthode de « concordance des temps ». C’est, selon l’auteur, le refus obstiné de comprendre qu’il s’agit d’une révolution et l’accent, excessif à ses yeux, mis sur le sort des « minorités ». « Ce discours n’a pas pris une ride depuis les propagandistes du mandat [français] jusqu’aux thuriféraires d’Assad », dit-il.

S’il n’est pas cité, Frédéric Pichon fait évidemment partie de ceux dont Jean-Pierre Filiu dénonce les thèses. Jeune spécialiste de géopolitique, auteur d’une thèse sur le village chrétien de Maaloula, Pichon considère que la Syrie est « une guerre pour rien ». Au vu de l’échec de la « révolution » déclenchée en mars 2011 et de la « résilience » du régime, il est difficile de lui donner tort. Il place son livre sous les auspices de George Orwell, qui écrivait à propos de la guerre d’Espagne : « J’ai vu l’histoire s’écrire non pas en fonction de ce qui s’était passé, mais en fonction de ce qui aurait dû se passer ».

Progressive paralysie. Pour Frédéric Pichon, « la guerre régionale qui se joue en Syrie est devenue le symptôme de l’agonie d’un ordre international en même temps que la prémisse de celui qui vient. » Il diagnostique « la progressive paralysie de l’Occident, entravé dans ses actes mais aussi ses mots, donnant la pénible impression d’un monde qui lui échappe ». Il insiste sur « la dimension religieuse de ce conflit que les acteurs, à tort ou à raison, envisagent comme un élément essentiel, tandis que ce phénomène structurant est de plus en plus inconcevable dans nos sociétés qui vivent le crépuscule du religieux ».

Moins historique que celui de Filiu, le livre de Pichon décrit la situation actuelle, après la chute d’Alep-Est, en décembre dernier. Il revient toutefois sur les fondamentaux géopolitiques, sur lesquels s’est construit le régime baasiste depuis les années soixante. « Le système est confronté à deux contradictions majeures : celle du nombre et de l’espace », écrit-il. « Issu d’une communauté minoritaire, les Alaouites, et gouvernant avec d’autres groupes minoritaires, y compris la bourgeoisie sunnite, l’État baasiste manque d’un socle suffisant. Il lui est donc nécessaire de négocier quand c’est possible et de frapper brutalement quand il le faut, c’est-à-dire la plupart du temps ».

Finalement, note-t-il, « la contestation est venue de la plus grosse partie des mécontents, les populations des petits bourgs ruraux et des campagnes, véritablement sacrifiés sur l’autel des réformes économiques et ce paradoxalement alors que le Baas avait fondé ses succès et son arrivée au pouvoir sur cette ruralité ». En 2011, « c’est la Syrie périphérique qui se soulève brutalement ». Une thèse qui séduirait sans doute le géographe français Christophe Guilluy et sa « France périphérique »…

« Les révolutionnaires qui se sont soulevés en 2011 étaient persuadés de la chute imminente du régime Assad et ce fut sans doute leur plus grave erreur », juge Jean-Pierre Filiu. Un constat qui s’apparente finalement au « sursaut d’intelligibilité » revendiqué par Frédéric Pichon.

Le miroir de Damas », de Jean-Pierre Filiu, La Découverte, mars 2017, 14 euros.

Syrie, une guerre pour rien, de Frédéric Pichon, les éditions du Cerf, mars 2017, 16 euros.

 

Qatar-Russie : une lune de miel énergétique à l’ombre de la crise syrienne

Qatar-Russie : une lune de miel énergétique à l’ombre de la crise syrienne

Publié le par Caroline Galactéros  Administrateur de l’AFS, suivez ses articles sur son blog: Bouger les lignes  http://galacteros.over-blog.com

L'émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani, et le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine.

L’émir du Qatar, Tamim ben Hamad Al Thani, et le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine.

Il est parfois des couples improbables et discrets qui se forment à l’abri du tumulte du monde, sur la base d’intérêts tactiques bien compris voire de long terme. Ainsi en va -t-il de la Russie et du Qatar. L’idylle est aujourd’hui de nature d’abord énergétique, mais pourrait toucher demain l’industrie et la coopération militaires. A première vue, tout donne l’impression que la Russie sépare de manière étanche sa politique économique de sa politique diplomatique, dans la mesure où le Qatar et la Russie sont officiellement opposés sur le dossier syrien (le Qatar soutenant les Frères musulmans en Syrie, notamment le groupe Ahrar Al-Sham, quand la Russie défend mordicus le régime syrien alaouite, membre de l’axe chiite). Le présent article tend à montrer la complexité et les nuances qui viennent tempérer cette doxa et démontrent qu’il n’y a pas de réel hiatus entre la politique économique et la politique étrangère de Moscou mais une manœuvre stratégique fort habile, qui voit et vise loin.

Rosneft, Novatek, accord de coopération militaire … une corbeille de la mariée richement dotée

Quelques points de chronologie d’abord. Le 20 février, l’ambassadeur de Russie au Qatar, Nurmakhmad Kholov, a annoncé à l’agence russe Tass que « le Qatar investissait près de 2 milliards de dollars dans les activités de l’entreprise russe Novatek, plus important producteur indépendant de gaz de Russie ». Kholov a précisé que « la Russie et le Qatar ont réussi ces trois dernières années à obtenir de bons résultats en matière d’économie et d’échanges commerciaux grâce au travail conjoint de la commission intergouvernementale pour le commerce, l’économie, la science et la coopération technique » entre les deux pays. Avant de conclure : «Le Qatar exprime un grand intérêt pour les produits agricoles russes ainsi que pour les projets russes en matière de pétrochimie et de sources énergétiques, autant que dans le domaine de la construction ».

Ceci est dans la droite ligne de la privatisation du géant public russe du pétrole, Rosneft, qui a eu lieu au début du mois de décembre dernier. L’Etat russe qui possédait 50% de Rosneft, première entreprise pétrolière mondiale, en a cédé 19,5% du capital au fonds d’investissement Glencore ainsi qu’au fonds souverain du Qatar (dans une proportion que l’on ignore) pour un montant de 10,5 milliards de dollars, qui doivent servir au renflouement du budget russe vial’entreprise publique Rosneftegaz. Précisons que le Qatar est lui-même majoritaire au sein du fonds Glencore.

Précisions enfin, pour illustrer cette « lune de miel » qu’au delà de l’énergie, un embryon de coopération militaire existe entre les deux pays. Le 6 septembre 2016, Moscou et Doha ont en effet signé un accord militaire après une visite du ministre qatari de la Défense, Khalid bin Mohammad Al Attiyah à son homologue russe Sergueï Choïgou, lors du Forum international militaire et technique de Moscou « ARMÉE-2016 ». Cet accord faisait suite à la rencontre, en mai de la même année, du vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov avec l’émir Tamim ben Hamad al-Thanin. « Nous avons signé un accord de coopération militaire avec la Russie, mais il ne comprend pas l’achat d’armes », a indiqué Saoud Bin Abdallah al-Mahmoud, Ambassadeur du Qatar à Moscou. Comme l’explique le site Opex360, « s’agissant d’éventuels contrats d’armement, rien n’est fermé du côté de Doha, le diplomate ayant assuré que son gouvernement examinerait cette ‘possibilité’ ». Dans ce nouveau contexte marqué par les progrès en matière de coopération énergétique, il n’est pas à exclure que des armes russes soient vendues au Qatar dans les deux ans, d’autant plus qu’elles ont, au grand dam de Doha, démontré toute leur efficacité en Syrie et que Moscou engrange déjà de précieux contrats d’armement dans la région (nous ferons un point d’ici peu sur ces contrats tous azimuts).

Une vieille discorde entre la Russie et le Qatar, aggravée par la crise syrienne

Le passif entre Moscou et Doha est pourtant ancien. La Tchétchénie fut un premier motif de discorde. Au commencement de la décennie 2000, le Tchétchène Zelimkhan Iandarbiev, alors au Qatar, était accusé par la Russie de financer des rebelles tchétchènes liés à Al-Qaïda et d’avoir participé à l’organisation de la prise d’otages dans un théâtre moscovite en octobre 2002 qui s’était soldée par 129 morts. Mais Doha a refusé à la Russie son extradition. En février 2004, toujours en exil à Doha, Zelimkhan Iandarbiev trépassa après qu’une bombe placée dans sa voiture eut explosé. Comme l’explique le site Opex360, « les services russes (SVR et GRU) furent accusés d’avoir commis cet assassinat, qui sera, plus tard, à l’origine de la première loi anti-terroriste adoptée par l’Emirat. En tout cas, deux suspects de nationalité russe appartenant effectivement au GRU furent interpellés et jugés à Doha pour assassinat et trafic d’armes. Après avoir été torturés selon Moscou, les deux hommes furent condamnés à la prison à vie, avant d’être finalement transférés en Russie pour y accomplir leur peine. On y a perdu leur trace ».

La relation russo-quatarie se dégrade brutalement dès le début de la Guerre civile syrienne en 2011. Alors que la Russie joue des circonstances pour consolider son alliance avec le régime syrien (pour ne pas laisser les mains libres à Téhéran), et vole ouvertement à son secours en septembre 2015 en intervenant militairement (une première pour Moscou depuis l’invasion de l’Afghanistan en 1979), le Qatar, proche des Frères musulmans, est en fait dès le début de la Guerre syrienne à la manœuvre pour faire tomber le régime de Bachar al-Assad et installer, en coopération avec les Turcs – eux aussi très liés aux Frères musulmans – et en concurrence avec les wahhabites d’Arabie Saoudite, un régime sunnite à Damas sous la forme d’un “Etat islamique”. Les Frères musulmans financent et arment les rebelles syriens (moins le Front al-Nosra, émanation wahhabite d’Al-Qaïda, qu’Ahrar al-Sham et la coalition du Front islamique, dominés par les Frères musulmans et parrainés par Doha et Ankara).

En 2012, alors que les Occidentaux pensent que le régime de Bachar al-Assad va tomber en quelques semaines, le ministre qatari des Affaires étrangères Hamed Ibn Jassem aurait déclaré à l’ambassadeur russe auprès des Nations Unies : « Je vous mets en garde contre toute utilisation du veto sur la crise en Syrie; la Russie doit approuver la résolution, sinon elle perdra tous les pays arabes ». Mais l’intéressé, Vitali Tchourkine, qui vient de décéder brutalement, aurait alors rétorqué au Qatari : « Si vous me reparliez sur ce ton de nouveau, il n’y aurait plus une chose qui s’appelle le Qatar » avant de lancer directement au Premier ministre du Qatar : «Vous êtes ici au Conseil de sécurité en tant qu’invité, respectez-vous et reprenez votre taille initiale, d’ailleurs je ne m’adresserai plus à vous, je parle au nom de la grande Russie, et qu’avec les Grands ». Ces propos peu diplomatiques ont été bien sûr démentis par la Fédération de Russie, mais ils illustrent bien les certitudes de l’époque : les puissances sunnites du Moyen-Orient, fortes de leurs soutiens occidentaux, pensent alors réellement pouvoir parvenir à leurs fins en profitant des « Printemps arabes » pour écarter le très gênant Assad tandis que les Russes, cherchant à rattraper l’humiliation endurée en Libye – où ils n’ont pu empêcher les Occidentaux d’outrepasser leur mandat initial pour provoquer la chute du régime libyen et la fin terrifiante du Colonel Kadhafi -, se promettent alors de ne plus rien céder aux Occidentaux ou à leurs alliés du Golfe, tant sur le terrain diplomatique, en dégainant leur veto au Conseil de Sécurité que sur le terrain militaire, en volant directement à la rescousse d’Al-Assad dans sa guerre contre-insurrectionnelle l’opposant aux « rebelles » syriens.

Sur fond de crise syrienne, mais aussi de guerre du pétrole et du gaz, il faut donc convenir qu’aujourd’hui, en concluant ces accords avec Moscou, le Qatar, à l’instar de la Turquie l’été dernier, prend acte de la domination stratégique russe sur la région et « va à Canossa », tandis que Moscou consolide son approche diplomatique éminemment pragmatique et basée sur du « win-win » consistant à parler à tous – même à ses adversaires voire à ses ennemis – et à trouver avec chacun des bases d’accord diversifiées permettant d’exercer un effet de levier sur d’autres partenaires-concurrents (en l’espèce sur Téhéran qui ne peut que s’inquiéter fortement de l’actuel rapprochement Moscou-Doha)

La prophétie qatarie, partagée à l’époque par bien des analystes occidentaux – « vous allez voir, en protégeant Bachar al-Assad, les Russes vont se mettre à dos tous les pays de la région, particulièrement les puissances sunnites, et ils s’enliseront en Syrie comme les Soviétiques (ou les Américains…) en Afghanistan » – ne s’est pas révélée exacte. Contrairement à la France, qui, seule contre tous, semble encore vouloir pousser en Syrie les rebelles contre le régime – il faut lire la passionnante enquête de Georges Malbrunot du Figaro sur ce point –, les Qataris, comme les Turcs, ont pris acte de leur échec pour déstabiliser le régime de Bachar al-Assad et souhaitent désormais exercer leur influence autrement sur la région. Si le processus d’Astana n’a pas encore porté ses fruits politiques, il y a fort à parier que les Turcs, mais aussi les puissances du Golfe, font tout pour disposer en Syrie d’une zone d’influence qui comporte la région d’Idleb (aujourd’hui aux mains des rebelles, essentiellement djihadistes) mais aussi la région de l’extrême Nord du pays, symbolisée par la ville d’Al-Bab, récemment reprise à l’Etat islamique, où l’Armée turque aidée des rebelles syriens occupe, dans le cadre de l’opération « Bouclier de l’Euphrate », un espace stratégique et pourrait souhaiter s’étendre plus au sud vers Raqqa, moins au détriment du régime syrien (les Russes n’accepteraient pas) qu’au détriment des Kurdes du PYD, qui servent encore une fois, dans l’histoire du Levant, de variable d’ajustement régionale à l’usage des Russes comme des Américains… Une telle influence sunnite en Syrie ne gênerait d’ailleurs pas Moscou qui, contrairement à Damas ou Téhéran, ne souhaite pas un contrôle unitaire de l’ensemble de la Syrie. La Russie pourrait se satisfaire d’une solution fédérale avec une Syrie utile alaouite protégeant les intérêts stratégiques russes (base navale de Tartous et aérienne de Hmeimim).

Pour comprendre les raisonnements russe, turc et qatari, il faut s’intéresser aux enjeux gaziers et pétroliers. Non que la Syrie soit un producteur important d’hydrocarbures. Les réserves onshore au Nord et à l’Est du pays n’ont rien d’exceptionnel. Quant aux possibles réserves off-shore, elles se situent au large de Lattaquié, sous contrôle des Alaouites : les sociétés russes placent déjà leurs pions pour les exploiter ultérieurement. L’enjeu est moins dans la production d’hydrocarbures que dans le transport d’hydrocarbures des riches régions du Moyen-Orient (Iran, Qatar, Arabie Saoudite) vers l’Europe. Pour le dire en une phrase, les puissances sunnites, en s’alliant aux Occidentaux, pensaient pouvoir doubler les Russes dans l’approvisionnement en hydrocarbures du Sud de l’Europe avec la Turquie servant de « hub » énergétique à cette opération d’envergure. Une Syrie sous contrôle sunnite aurait facilité un tel projet… et introduit une sévère concurrence pour les Russes sur le marché européen des hydrocarbures. Mais ce rêve sunnite a vécu. Le 9 août dernier, le président turc Recep Erdogan qui, pour asseoir son pouvoir autocratique, a besoin de l’influence russe pour contrebalancer celle des Américains, est lui aussi « allé à Canossa » en rencontrant Poutine à Saint-Pétersbourg (cf. l’excellente analyse de Jean-François Colosimo dans une interview au Figaro). Le lendemain, Vladimir Poutine se rendait à Istanbul et les deux présidents relançaient le projet de gazoduc « Turkish Stream », qui permet aux Russes de passer par la Turquie (et de contourner l’Ukraine !) pour vendre du gaz à l’Europe via le sud du continent. En investissant dans Rosneft et dans Novatek, les Qataris comprennent à leur tour qu’ils ne peuvent avoir sérieusement accès au marché européen sans l’aval de Moscou. Une aubaine financière pour le président russe friant de l’argent qatari pour assainir ses finances publiques et réduire le déficit public du pays (même si la dette publique russe n’atteint que 20% du PIB quand la nôtre frôle les 100%…).

Je prends la liberté de citer longuement le Général (2S) Jean-Bernard Pinatel qui résume parfaitement, dans Atlantico, la nouvelle donne géostratégique : « Trois pays – la Russie, l’Iran et le Qatar – possèdent 50% des réserves mondiales de gaz naturel. Les trois sont désormais alliés économiquement et stratégiquement, ce qui marque l’échec de la stratégie de l’Union européenne de diversification de ses sources d’approvisionnement de gaz naturel inspirée et voulue par les Etats-Unis et l’Otan. En effet, la Russie est déjà le premier fournisseur de l’Union européenne avec 40% des importations, qui représentent 20% de la consommation totale de gaz de l’Union européenne. Compte tenu de la hausse de la consommation dans l’Union européenne et de l’épuisement du gisement gazier en Mer du Nord, cette dépendance énergétique de l’UE vis-à-vis de la Russie devrait fortement s’accroître dans les prochaines années. La Commission européenne estimait en effet que, d’ici 2040, 70% des besoins énergétiques de l’UE devraient être assurés par les importations, contre 50% aujourd’hui. Cette dépendance était inacceptable pour les stratèges américains pour lesquels la création d’une Eurasie annoncerait la fin de leur suprématie mondiale et l’arrivée d’un troisième grand acteur sur la scène mondiale qui perturberait leur tête-à-tête d’adversaire-partenaire avec la Chine.Pour les stratèges américains et les atlantistes européens, le Qatar, avec 24300 milliards de m3 de réserves prouvées qui lui assurent 154 ans de production au rythme actuel, était la solution. A condition toutefois de construire un gazoduc, car la liquéfaction et le transport en bateau via le détroit d’Ormuz et le canal de Suez rendaient le gaz qatari non concurrentiel avec le gaz russe. Selon des informations du journal libanais Al-Akhbar publiées en 2012, les Qataris avaient établi un plan, approuvé par l’administration Obama et l’UE visant à construire un gazoduc vers l’Europe via la Syrie. Ce gazoduc terrestre aurait traversé l’Arabie Saoudite, puis la Jordanie, en évitant l’Irak pour arriver à Homs en Syrie, d’où il aurait bifurqué dans trois directions : Lattaquié sur la côte syrienne, Tripoli au nord du Liban, et une troisième branche via la Turquie vers l’Europe. Mais Bachar El-Assad refusait d’autoriser ce transit ».

J’avais moi-même publié un article dans la Revue des Affaires sur les enjeux énergétiques de la Guerre de Syrie. Ce que j’entrevoyais commence de se réaliser et nous voyons les prémisses d’une politique énergétique moyen-orientale directement pilotée par Moscou. Alors qu’avant 2011, deux projets de gazoducs entraient en concurrence – un “tracé chiite” permettant d’exporter le gaz iranien via la Syrie et un “gazoduc sunnite” permettant d’exporter le gaz qatari via la Turquie – la Russie a joué un jeu à la fois ferme (via ses Soukhoï…) et souple (en ne fermant pas la voie d’une influence sunnite dans une future Syrie fédérale) de sorte à devenir le pivot central et l’honest broker du Levant pour que le gaz tant iranien que qatari transite vers l’Europe sans déposséder Moscou via le futur gazoduc russo-turc Turkish Stream, la Syrie marquant dans ce périple gazier une étape essentielle.

La Russie, acteur régional et global de coordination et de médiation.

Quid de la suite ? Tandis que la Guerre de Syrie commence de se stabiliser avec une zone chiite formée par la Syrie utile et une percée vers l’Est à Deir Ezzor, une zone sunnite et une zone kurde servant de levier à l’influence croisée américano-russe, des compromis politiques pourraient être trouvés peu à peu à Astana où les véritables négociations de paix devraient supplanter celles de Genève sur le fond du dossier. Dans le même temps, une coordination des différents acteurs régionaux (Iran, Turquie, Qatar, Arabie Saoudite) se matérialise sous les auspices de la Russie qui, négocie parallèlement son action à un niveau supérieur de gouvernance avec les Etats-Unis, eux-mêmes désireux de conserver leur « leadership from behind » – en matière de non-interventionnisme, Trump pourrait paradoxalement agir en continuité avec la politique de B. Obama -, et avec la Chine qui, elle, devrait jouer à l’avenir un rôle essentiel au Moyen-Orient via son projet de « Nouvelle route de la Soie ». Un projet pharaonique qui constitue l’armature de ce que je nommerai le « pivot vers l’Ouest » chinois en miroir du « pivot vers l’Est » américain.

En-deça de de ce “grand jeu” stratégique, les yeux du tacticien Poutine se tournent vers la Libye où la Russie déploie discrètement son jeu diplomatique et là encore énergétique. Alors que le désormais Maréchal Haftar, maître de la Cyrénaïque et concurrent du soi-disant « gouvernement d’Union nationale » qui règne sur la Tripolitaine, a pu faire main-basse sur les installations pétrolières du Golfe de Syrte, on apprend que Rosneft passera un accord avec laNational Oil Corporation libyenne dont le PDG, Mustafa Sanalla, a rencontré Igor Sechin, son homologue de Rosneft, à Londres lors de la Conférence internationale de l’énergie le 20 février dernier. Un “signal faible” intéressant dont je vous conterai les tenants et les aboutissants prévisibles d’ici peu…

La rébellion s’effondre à Alep-Est

Le Monde du 29 novembre 2016

La rébellion s’effondre à Alep

L’armée syrienne et ses milices tiennent désormais près d’un tiers de la partie insurgée de l’ancienne capitale économique de la Syrie. La chute de la ville marquerait un tournant dans le conflit

 

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Jamais, sans doute, le désespoir des -civils n’avait été aussi grand dans les quartiers rebelles d’Alep. Dans ces faubourgs assiégés, les bombardements menés par les forces du régime syrien et ses alliés sont dévastateurs, depuis leur nouvelle offensive lancée il y a quinze jours. Depuis samedi 26  novembre, plusieurs positions rebelles se sont effondrées sans véritable résistance. Alors que l’armée syrienne et ses milices tiennent désormais près d’un tiers de la partie insurgée, et que le désastre humanitaire s’aggrave, de nombreux habitants pressentent que le sort de l’est d’Alep est scellé.

 » Si les bombardements se poursuivent avec la même intensité, et que le régime maintienne sa tactique de siège, la chute d’Alep va s’accélérer « , juge Bassam Al-Ahmad, un militant des droits de l’homme exilé en Turquie, qui recense les exactions commises par les acteurs du conflit syrien. Ville symbole, ancienne -capitale économique de la Syrie avant que son activité industrielle soit anéantie par les combats, Alep est aujourd’hui l’épicentre de la guerre. Divisée en deux depuis 2012, entre quartiers loyalistes à l’ouest et faubourgs rebelles à l’est, séparés par une ligne de démarcation qui traverse la vieille ville, la cité revêt aussi une place à part en raison de l’importance de sa population : 1,5  million d’habitants, dont la plupart résident aujourd’hui dans la zone gouvernementale.

Le pouvoir de Bachar Al-Assad ne s’est jamais résigné à la perte des quartiers de l’est d’Alep, qui comptaient parmi les plus défavorisés de la ville. Avant d’être en mesure de lancer les offensives d’ampleur qui se sont succédé depuis le début de l’année, grâce au puissant soutien aérien apporté par Moscou, les forces loyalistes n’avaient eu de cesse de cibler, au moyen de bombes barils, la partie orientale de la ville. Des frappes qui ont entraîné de vastes destructions sans réellement affaiblir, alors, une rébellion bien armée, composée en grande partie de combattants locaux, et divisée en plusieurs groupes sou-tenus, selon leur bannière, par des parrains régionaux – Qatar, Arabie saoudite, Turquie – ou internationaux, Etats-Unis en tête.

 » Mais, aujourd’hui, les combattants de l’opposition sont isolés, estime Elias Farhat, analyste militaire et ancien porte-parole de l’armée libanaise. Leurs tentatives pour briser le siège de l’est d’Alep – imposé en juillet, brièvement levé en août, puis à nouveau en vigueur depuis septembre – ont toutes échoué. Chaque perte humaine est cruciale : leurs effectifs ne peuvent plus être reformés, pas plus que leur stock d’armes ne peut être regarni. « 

Idlib,  » tombeau  » des rebelles ?Pour les combattants anti-Assad, perdre Alep signerait une défaite majeure, la plus grave peut-être depuis la chute des principaux quartiers rebelles d’Homs en  2012, ville que l’opposition avait surnommée la  » capitale de la révolution « . Sans minimiser l’importance des revers essuyés depuis samedi, quand les forces prorégime se sont emparées du vaste quartier d’Hananu ainsi que d’autres faubourgs voisins, des groupes rebelles – comme Jabha Chamia ( » le Front syrien « ), cité par l’agence Reuters – assurent que la -bataille s’annonce féroce dans les zones qu’ils contrôlent encore, pour l’essentiel dans le sud-est d’Alep. D’autres, en revanche, insistent sur la pression à laquelle ils sont soumis. L’offensive du régime est menée par des milliers de combattants financés par -Téhéran – les hommes du Hezbollah libanais et les miliciens chiites irakiens en tête – aux côtés de l’armée syrienne, qui a déployé dans la région d’Alep ses unités d’élite.

Le rapport de forces s’était déjà profon-dément modifié en faveur du régime depuis que la Russie avait volé au secours de son  » protégé « , en septembre  2015. Mais la chute d’Alep pourrait marquer un tournant décisif, car l’opposition armée, qui s’est aussi -affaiblie dans les alentours de Damas, perdrait ainsi le principal champ de bataille qui lui permettait de peser militairement. Les quelque 8 000 rebelles d’Alep risqueraient alors de se retrouver cantonnés dans la province voisine d’Idlib.

Celle-ci est devenue un fief de l’Armée de la conquête, une alliance rebelle dominée par l’ex-Front Al-Nosra affilié à Al-Qaida et le mouvement salafiste Ahrar Al-Cham, qui s’en était emparé au printemps 2015. C’est aussi le lieu vers lequel ont été conduits les combattants chassés de plusieurs poches rebelles – dans les régions de Damas ou d’Homs – au terme d' » accords  » locaux négociés avec le régime. Cette province, depuis laquelle des renforts étaient parvenus vers les quartiers insurgés d’Alep, en août, est aujourd’hui la cible d’intenses bombardements russes. Des caciques du régime de Damas ont promis qu’Idlib serait le  » tombeau «  des rebelles.

 » Occasions manquées « L’accélération de l’offensive à Alep est due, selon plusieurs observateurs, au vide diplomatique international ouvert par la transition présidentielle en cours aux Etats-Unis. La seconde ville de Syrie est devenue, au fil du temps, l’un des principaux théâtres de la guerre par procuration que se livrent les puissances étrangères en Syrie.

Certains analystes, pro ou antirégime, relaient aussi la thèse d’un abandon par la Turquie des insoumis d’Alep, en vertu d’une entente supposée avec l’Iran et la Russie, en contrepartie d’un feu vert donné à ses opérations contre les Kurdes. Ankara a longtemps joué un rôle essentiel dans le conflit syrien, en laissant passer à ses frontières les armes destinées à la rébellion.

Assiégée, affaiblie par le fiasco de sa contre-offensive à l’ouest d’Alep en novembre, divisée par de récents affrontements internes, l’opposition armée a vu sa capacité d’agir diminuer. Pour Elias Farhat, l’isolement des rebelles d’Alep-Est s’explique aussi par les  » occasions manquées «  par les combattants anti-Assad.  » Ils se sont opposés aux différentes initiatives : celle de Staffan de Mistura – l’envoyé spécial de l’ONU pour la Syrie – pour obtenir le départ des djihadistes du Front Fatah Al-Cham – l’ex-Front Al-Nosra – , celle de Damas et de Moscou, qui avaient proposé des couloirs de sortie – pour les civils assiégés – , estime l’ancien militaire libanais. Les djihadistes ont imposé une ligne jusqu’au-boutiste. « Les appels à la reddition ou au départ de certaines factions s’apparentaient, aux yeux des rebelles, modérés ou radicaux, à une défaite. Au-delà des djihadistes, puissants mais minoritaires, cible affichée des raids aériens russes, Moscou n’a pas hésité à pilonner les infrastructures de santé et l’ensemble de la zone rebelle, faisant de nombreuses victimes civiles.

Avec les succès militaires engrangés par le régime, le destin des quelque 250 000 habitants d’Alep-Est est en train de se jouer. Plusieurs milliers ont fui vers des zones sous contrôle gouvernemental ou tenues par les forces kurdes. De nombreux autres se sont déplacés à l’intérieur de la poche rebelle, en quête d’un lieu moins exposé aux bombardements et aux combats de rue.

 » Ce sont les civils qui paient le prix le plus élevé de la bataille, déplore Bassam Al-Ahmad, consultant pour la Fédération internationale des droits de l’homme. Ils sont utilisés comme des instruments. Le régime dit les évacuer pour leur sécurité, l’opposition dit les protéger et les Kurdes sont dans le même discours. «  Il estime que le  » déplacement forcé «  de civils par le régime a déjà commencé.

Amnesty International s’inquiète du risque de  » représailles «  qui pèse sur les habitants. L’organisation cite un activiste local, selon lequel des familles vivant dans les quartiers d’Hananu et de Jabal Badro, repris par les forces prorégime, sont terrées  » dans leurs maisons et ont peur de se déplacer à cause de la présence partout de soldats du gouvernement syrien « . Les médias d’Etat ont pour leur part filmé des opérations d’évacuation de civils vers des  » lieux sûrs «  mais inconnus, et le pouvoir syrien – comme Moscou – a accusé à de multiples reprises les groupes rebelles de tenir en otage les habitants. Le sort des Alépins de l’est de la ville est d’autant plus dramatique que les stocks de nourriture sont quasi épuisés, et que les moyens des secouristes locaux se sont amenuisés.

Laure Stephan Le Monde

USA et Russie trouvent un accord sur la Syrie

Accord sur la trêve.

  • Par Le Figaro.fr avec Reuters et AFP
  • Mis à jour
  • Publié

Les Etats-Unis et la Russie ont salué un accord majeur samedi visant à remettre en route le processus de paix en Syrie, notamment en instaurant une trêve dès lundi soir, en ménageant un accès aux opérations humanitaires et en visant conjointement des groupes islamistes. « Aujourd’hui, Sergueï Lavrov et moi, au nom de notre président et notre pays, appelons tous les acteurs syriens à soutenir le plan auxquels sont parvenus les Etats-Unis et la Russe, pour (…) mettre un terme le plus vite possible à ce conflit catastrophique par un processus politique », a dit le secrétaire d’Etat américain, John Kerry.

Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a déclaré qu’en dépit d’une méfiance persistante, les deux camps ont mis au point cinq documents permettant une coordination du combat contre le terrorisme et une reprise de la trêve abandonnée sous une forme améliorée. Il a également dit que ce plan « permet de mettre en place une coordination efficace pour lutter contre le terrorisme, avant tout à Alep, et permet de renforcer le cessez-le-feu. Tout cela crée les conditions pour un retour au processus politique ».

S’il a salué l’accord, Staffan de Mistura, l’envoyé spécial de l’ONU, a dit « attendre de toutes les parties qu’elles facilitent les efforts des Nations unies visant à livrer de l’aide humanitaire aux populations qui en ont besoin, y compris celles qui vivent dans les zones assiégées ».

« Les Nations unies espèrent que la volonté politique qui a mené à cet accord est durable », a-t-il ajouté.

Une « cessation des hostilités » avait été mise en place par Moscou et Washington le 27 février dans tout l’ouest de la Syrie.